Souffrez-vous d’illectronisme ou d’e-exclusion ?

Vous lisez cet article depuis votre PC ou bien votre smartphone ? Alors vous n’êtes pas un « illettré numérique » ! Saviez-vous qu’en France selon un récent rapport de INSEE (1), une personne sur trois souffre de ne pas savoir utiliser Internet. Il s’agit d’un constat alarmant : la fracture numérique s’accentue, créant des inégalités bien plus importantes qu’on ne le penserait. Si vous demandez autour de vous « souffrez-vous d’illectronisme ou d’e-exclusion ? », bien peu vous répondront par l’affirmative. Et pourtant, au quotidien, près d’un quart des Français ne disposent pas des compétences numériques de base. À l’ère des technologies de l’information et de la communication (TIC) et des procédures dématérialisées, quelles sont les conséquences et comment faire pour s’en sortir ?

Souffrez-vous d'illectronisme ou d'e-exclusion ? - Le blog du hérisson
©N. Duprez CD78

Qu’est-ce que l’illectronisme ?

Être illettré numérique en 2020, c’est le quotidien de 11 millions de Français ! Il s’agit là d’un phénomène clivant ayant pris une réelle ampleur depuis une vingtaine d’années. L’apparition d’Internet et son recours systématique au quotidien n’ont ouvert à aucun apprentissage spécifique tout au long de la vie. Ceci est bien regrettable alors que le Web est partout et d’autant plus que la dématérialisation des services avance au triple galop. Les e-illettrés accusent un retard culturel numérique tel, qu’une bonne part d’entre eux abandonnent simplement toute démarche en ligne. Ils n’ont souvent plus de lien social.

On définit le degré d’usage d’Internet en fonction des principales compétences numériques :

  • s’informer,
  • communiquer,
  • savoir résoudre un problème,
  • utiliser un logiciel.

Un usager sur trois manque d’au moins une, voire de toutes ces compétences de base. On peut alors facilement comprendre l’isolement qui les touche. La perte d’autonomie, partielle ou totale peut amener jusqu’à l’exclusion. De nos jours, le Web permet d’accéder à tous les volets de la vie pratique : communication, démarches administratives, recherche d’emploi, gestion des comptes bancaires, information, etc. Les plus « débrouillards » se hasardent, sans réelle connaissance, à utiliser un PC connecté lorsqu’ils le peuvent. De manière inéluctable, ils viennent gonfler les chiffres des victimes d’arnaques en ligne de plus en plus nombreuses.

Qui sont les 23 % de Français touchés par l’illectronisme ?

Imaginer vivre sans utiliser Internet peut sembler impossible. Pourtant, c’est le lot d’une personne sur six en 2020. Qui sont les personnes concernées ?

La population vieillissante non connectée

Parmi les onze millions de Français touchés, les personnes âgées sont particulièrement concernées. La plupart du temps, on constate qu’elles n’ont pas suivi la révolution internet. Bien souvent en fin de vie active à l’avènement du Web, nos aînés n’ont pas bénéficié des formations professionnelles idoines. Très nombreux dans ce cas, ces derniers ne possèdent aucune compétence clé.

Des jeunes incompétents face au monde du Web

Bien plus étonnant, et contrairement à l’usage intensif de leur smartphone et des écrans qu’on leur connaît : les jeunes paraissent au second rang des illettrés numériques. 12 % n’ont aucune culture numérique leur permettant de disposer de compétences pour s’informer, résoudre un problème, utiliser un logiciel, etc. À l’ère de la culture numérique pour tous au quotidien, leur propre usage se limite la plupart du temps aux réseaux sociaux et certaines applications. Ainsi, pour leur recherche d’informations et leur insertion professionnelle par exemple, les jeunes sont eux aussi sans ressource face à leur écran.

Les non diplômés et les illettrés

En troisième place et parmi les plus nombreux : les adultes non diplômés. 46 % d’entre eux ne parviendraient pas à réaliser une tâche en ligne et l’abandonneraient. Conserver un travail face à de telles difficultés s’avère être très complexe. Pour les demandeurs d’emploi, prospecter est impossible. Ce phénomène, couplé à l’illettrisme classique (7 % de la population), est un fléau pour toute une frange de la population française. Les SDF et les migrants (ne maîtrisant souvent pas la langue) viennent s’ajouter aux personnes en situation d’exclusion sociale.

Les difficultés de maîtrise des compétences numériques sont donc en lien avec l’usage propre du Web. Toutefois, un pouvoir d’achat faible ou nul n’est pas totalement étranger au phénomène. En effet, 5 millions de Français ne disposent pas d’ordinateur, et 500 000 n’ont pas d’accès à Internet dans les zones blanches.

Cette e-exclusion accroît la fracture sociale et donc la précarité. Elle tend aussi à conforter l’incapacité des personnes touchées par l’inhabileté, voire l’incapacité numérique.

La lutte contre l’illectronisme : grande cause nationale en puissance

Des solutions existent pour agir contre cette forme d’exclusion. Depuis plusieurs années, des acteurs de terrain de la sphère sociale et solidaire se mobilisent pour trouver des solutions. Aider les victimes d’illectronisme se révèle être un défi d’Éducation. L’utilisation des outils créés nécessite des forces vives sur le terrain afin d’orienter les bénéficiaires de ces formations. Ainsi, des formations gratuites sont réalisées par des associations caritatives. On compte parmi elles Emmaüs et le Secours Catholique par exemple. Quelques municipalités et des Caisses d’allocations familiales ont aussi mis en place des ateliers pour leurs usagers. Il y est question d’acquérir les savoirs de base.

Il existe également un grand nombre de cours et tutoriels en ligne. On pense ici aux ateliers numériques de Google pour découvrir la technologie de l’information. Ces enseignements permettent de mieux connaître le Web, mais aussi de maîtriser les outils bureautiques Google. Créer une messagerie et l’utiliser sont des gestes simples, et pourtant pas si naturels ! Sans cela, la vie est bien compliquée de nos jours dans un monde hyperconnecté.

Des ressources existent aussi pour dénoncer les actes de cybercriminalité. Le site Web cybermalveillance.gouv.fr remplit cette mission. On peut toutefois regretter qu’il ne soit qu’en ligne et non assorti d’un numéro de téléphone gratuit pour les victimes illettrées numériques.

Relever le défi éducatif du numérique reviendrait bien évidemment aux Décideurs, au moins pour les jeunes et les catégories les plus fragiles. Il s’agit ici de donner les moyens à tous les citoyens d’assumer leur devoir, notamment face aux procédures en ligne, et ce, dans la dignité.

Ne nous alertons pas pour autant, la France est dans la moyenne européenne et mondiale. Nos voisins sont donc tout autant que nous en difficulté. Les leviers sont nombreux contre la fracture numérique ! Comme toujours, une prise de conscience est nécessaire pour aborder l’avenir dans l’action et avec optimisme.

Virginie Perromat-Malikité

(1) Rapport INSEE sur l’illectronisme : https://www.insee.fr/fr/statistiques/4241397 , en date du 30/10/2019

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