Violence faite aux femmes : l’année d’un combat international

L’année 2019 a été marquée par la triste actualité de la violence faite aux femmes et des féminicides, en France et à travers le monde. Dans l’Hexagone, plus de 100 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint et environ 220 000 femmes sont victimes de violences physiques ou sexuelles. Le 3 septembre, le Grenelle contre les violences conjugales, était lancé par le gouvernement, qui s’est achevé le 25 novembre, jour international de la lutte contre les violences envers les femmes. Pour inciter les dirigeants à agir, plusieurs marches ont été organisées partout en France, mais aussi au niveau international.

Violences faites aux femmes - Le blog du hérisson

De l’Europe à l’Amérique contre la violence faite aux femmes

Une marée violette à Paris

Le 22 novembre, plus de 49 000 personnes ont défilé dans la capitale pour dénoncer le « mépris et « l’inaction » de l‘Etat  face à ce phénomène grandissant. Le collectif féministe « #NousToutes », à l’origine de cette manifestation, a été soutenu par beaucoup de jeunes, de célébrités, mais aussi plusieurs familles de victimes. Pour l’occasion, de nombreuses pancartes violettes ont arpenté les rues parisiennes, depuis la place de l’Opéra jusqu’à Nation. La vague violette de Paris a aussi été l’occasion de demander au gouvernement de présenter des mesures fortes, lors de la clôture du Grenelle contre les violences faites aux femmes. Le plan d’action annoncé par le Premier ministre, a cependant, été jugé insuffisant, par les associations de défense des femmes

Pourquoi la couleur violette ? Origine et symboles.

Le violet est la couleur de la lutte féminine depuis la fin du 19e siècle. C’est au départ, une provocation pour casser les codes couleurs associés aux femmes : le rose et autres tons pastel. La révolte a commencé en 1903 avec les suffragettes en Grande-Bretagne, qui militent pour le vote des femmes. Elles mèneront un combat acharné pendant plus de 15 ans, allant à l’encontre de la royauté et de la reine Victoria. Un grand nombre d’entre elles perdra la vie ou sera emprisonné, en raison de leurs engagements et des actions menées. Elles réussiront à avoir gain de cause en 1918, où les femmes de plus de 30 ans pourront voter. Dans les années 70, le violet perdure et reste la couleur des mouvements féministes. Le violet a également pour but de représenter l’égalité homme/femme : mélangez du rose bonbon et du bleu ciel, vous obtiendrez du violet ! 

Le violet contre Trump

En 2017, cette couleur a été largement mise en avant lors des marches pour  lutter contre les violences faites aux femmes aux États-Unis. Au lendemain de l’investiture de Donald Trump, sexiste reconnu, les rues des grandes villes américaines ont été envahies par plus de 3 millions de manifestants pour défendre les droits des femmes. En effet, le président conservateur élu, remet en cause notamment, le droit à l’avortement. Cette année là, cette marche aura eu un impact international fort ; des millions de personnes ont suivi le mouvement et ont milité pour leurs droits et contre la violence faite aux femmes, à travers le monde. 

Des souliers rouges à Bruxelles

Fin novembre 2019, les associations féministes belges ont aussi appelé à manifester, pour dénoncer les féminicides ; plus de 10 000 personnes se sont mobilisées dans la capitale belge. Des souliers rouge sang ont été déposés sur la place Polaert, symbolisant les femmes mortes suite à des violences conjugales. Les collectifs de défenses des femmes demandent aux dirigeants, une « gestion plus efficace de toutes les formes de violences visant les femmes ». En effet, le gouvernement belge est composé de plusieurs niveaux et il semblerait que les actions menées pour lutter contre ces violences, ne soient ni coordonnées ni cohérentes. Les associations demandent un plan national clair et budgétisé afin de pouvoir agir efficacement, notamment auprès des victimes. Les mesures prises actuellement, sont trop faibles et dispersées à chacun des niveaux gouvernementaux (fédéral, régional, communal, etc.). Il serait donc nécessaire d’harmoniser les décisions au niveau national. Il est important de souligner que la Belgique est au-dessus de la moyenne européenne, en terme de violences conjugales, proportionnellement à la taille du pays ; on compte plus de 98 féminicides en 2017. Lors de la journée internationale contre les violences faites aux femmes, les partis politiques belges ont fait une proposition de loi afin que le terme féminicide, soit inscrit dans le code pénal. C‘est un pas en avant, il faut espérer que des actions concrètes suivront.

L’hymne des féministes chiliennes

En Amérique du Sud, la colère des femmes chiliennes a été largement partagée sur les réseaux sociaux internationaux. Le collectif féministe « Las Tesis », mené par 4 jeunes femmes est à l’origine de plusieurs rassemblements pour défendre les droits des femmes. Le 20 novembre, une vingtaine de femmes bloquent un axe de Valparaiso en chantant et dansant un hymne contre les violeurs et les préjugés sur les femmes violées. Elles portent un bandeau noir sur les yeux, un foulard rouge autour du cou et leur chorégraphie pointe du doigt les agresseurs. Le 5 décembre, l’hymne résonne de nouveau lors d’une grande manifestation contre les violences faites aux femmes à Santiago du Chili, réunissant entre 4 000 et 6 000 militantes ; « ce n’était pas ma faute, ni où j’étais ni comment j’étais habillée, les violeurs, c’est vous ». Les paroles fortes et le rythme entraînant ont été repris dans de nombreuses villes : Barcelone, Mexico, Paris, Bogota, etc. Depuis le 18 octobre, le Chili traverse une autre crise sociale sans précédent, le peuple manifeste pour une société moins inégalitaire. Cette mobilisation historique a rassemblé plus d’un million de personnes dans la rue. Malgré les annonces du président milliardaire chilien, les manifestants ne sont pas convaincus et continuent la mobilisation. L’ensemble du peuple chilien demande le départ du président, pour enfin abolir ce gouvernement patriarcal hérité de la dictature de Pinochet. Ils exigent du changement et sont prêts à lutter pour sortir le pays cette inégalité sociale.

Selon une enquête de la Commission Économique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes, plus de 3 500 femmes ont perdu la vie suite à des violences sexistes dans 25 pays ; cela donne un aperçu global de la situation dans cette partie du monde.

L’hommage à l’École Polytechnique de Montréal

Le 6 décembre dernier, l’École Polytechnique de Montréal, commémorait les 30 ans du féminicide de masse, où 14 personnes ont perdu la vie simplement parce qu’elles étaient des femmes. Un homme de 25 ans, est entré dans l’école puis dans une classe du 2e étage avec une carabine et a demandé aux hommes de sortir. Il a abattu de sang-froid, les 9 femmes restées dans la classe. Il a continué son carnage avec d’autres femmes qu’il croisait dans les couloirs, puis s’est donné la mort. Il avait laissé une lettre expliquant son geste, avec une liste de 19 noms de féministes qu’il voulait tuer. 

Le féminicide non reconnu

La police n’avait pas rendu cette lettre publique au moment des faits, il avait été seulement précisé que le tireur était fou. Cependant, il était très clairement défini que cette tuerie était liée au genre. Deux ans plus tard, l’OMS reconnaîtra le mot féminicide et cet événement sera déclaré comme tel. C’est seulement en 2019, que la plaque commémorative reconnaissant le caractère antiféministe a été inaugurée, avec la phrase suivante « quatorze femmes ont été assassinées lors d’un attentat antiféministe ». Quelques heures avant la commémoration, les autorités ont arrêté un homme de 70 ans, qui vouait un culte au tueur de l’École Polytechnique.

Les Incels : un mouvement dangereux

Depuis ce tragique événement, l’Amérique du Nord a connu d’autres féminicides, perpétrés notamment par des Incels : la contraction en anglais d’Involuntary Celibates (célibataires involontaires). Cette communauté d’hommes, encourage la violence faite aux femmes parce qu’elles ne s’intéressent pas à eux. Leur plateforme a été fermée en 2017 et rassemblait plus de 40 000 membres. Ils continuent cependant leurs échanges sur un autre site et affirment que ce n’est que le début de leurs actions. L’ensemble de ces événements, nous montre qu’il est impératif d’agir pour protéger et accompagner toutes ces femmes ainsi que leurs familles. Les gouvernements ont le devoir de proposer des lois pour contrer ce fléau et ainsi, faire émerger une population plus sereine.

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©Saint Hoax / Artiste syrien

L’égalité homme/femme : la lenteur des progrès

Sans surprise, certains pays dans le monde sont bien plus avancés sur les droits des femmes et les égalités entre les sexes que d’autres. Selon un rapport de la Banque Mondiale, entre 2008 et 2018, seulement 6 pays sur 187 étudiés, ont fait évoluer leur législation en faveur du droit des femmes. La France fait partie du classement avec la Suède, le Danemark, la Belgique, le Luxembourg et la Lettonie. D‘autre part, la mise en place de protections juridiques contre le harcèlement sexuel au travail, au sein de 35 pays, a permis de protéger 2 milliards de femmes en plus, en une décennie. En queue de peloton, on retrouve le Proche et Moyen-Orient avec l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, le Qatar qui n’ont adopté aucunes lois ni mesures depuis 10 ans pour améliorer les chances des femmes ou lutter contre les violences faites aux femmes. La moyenne mondiale conclut que les femmes ne se voient accorder que les trois-quarts des droits reconnus aux hommes. Des progrès ont été réalisés, mais les écarts de droits entre les hommes et les femmes restent encore trop importants, même dans les pays les plus développés. Le chemin à parcourir reste encore long.

Le droit des femmes : quels objectifs pour 2020 ?

L’année 2020 sera, une année décisive quant à l’évaluation des progrès réalisés en matière de droit des femmes, par la communauté internationale. En effet, cette nouvelle décennie marquera le 25e anniversaire de la déclaration et du programme d’action de Beijing. Adopté en 1995, ce programme projette un monde où l’égalité homme/femme n’est pas une utopie, mais une réalité. Un monde où chaque femme, chaque fille peut exercer ses libertés et connaît tous ses droits. Il constitue encore aujourd’hui, une source d’inspiration et d’orientation majeure. Ce processus progressiste a permis de rassembler les activistes féministes du monde entier et ainsi créer des mouvements d’ampleur internationale. En 2020, nous fêterons également les 10 ans de l’ONU Femmes, créé pour accélérer l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes. ONU Femmes travaille avec les états membres des Nation Unies et participe à l’élaboration des lois, des programmes et services afin que des normes soient respectées. Le 8 mars, nous célébrerons la journée internationale de la femme sous le thème « je suis de la génération égalité : levez-vous pour les droits des femmes », qui coïncide avec la nouvelle campagne pluri-générationnelle d’ONU Femmes « génération égalité ».

Tous ces événements laissent imaginer que les femmes seront mises à l’honneur en 2020 ! Il faut espérer que les gouvernements prendront leurs responsabilités pour construire des sociétés égalitaires. En parallèle, on peut compter sur le courage et la détermination de chaque femme du monde, pour faire valoir ses droits et continuer la lutte contre la violence faite aux femmes.

Manon L.

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