La méthanisation des déchets : le biogaz en plein essor

À l’image des éoliennes et des panneaux solaires, saviez-vous que le gaz pouvait être aussi une énergie renouvelable ? Grâce à la méthanisation des déchets, on obtient du biogaz ou du biométhane. A priori ce combustible a tout bon, il est issu du recyclage des déchets et participe à la réduction des gaz à effet de serre. C’est pourquoi il commence à se développer sur le territoire et provoque ainsi l’engouement des collectivités et des agriculteurs. Néanmoins ce procédé suscite l’inquiétude quant à son impact environnemental.

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Usine de méthanisation ©Canva

Qu’est-ce que la méthanisation des déchets ?

La méthanisation est un processus naturel de dégradation, sans oxygène, des déchets organiques tels que :

  • les substrats de végétaux issus des déchets ménagers, des collectivités (tonte de gazon, boue…), des stations d’épuration et de l’industrie agroalimentaire ;
  • les déjections animales principalement issues du secteur agricole. 

L’installation se compose d’un digesteur (cuve) dans lequel les déchets sont stockés et transformés, sous l’action des bactéries, grâce à une température comprise entre 38 °C et 55 °C. Un digestat (ou biomasse) se forme, à l’issue de cette dégradation, en un résidu solide et liquide pouvant servir d’engrais. Cette fermentation libère également du biogaz : principalement du méthane (CH4) et du dioxyde de carbone (CO2). Ce gaz est brûlé pour fournir de l’électricité, de la chaleur ainsi que du carburant (bioGNV).

La méthanisation, une énergie renouvelable attractive

La méthanisation en France est un projet phare de la loi relative à la transition énergétique de 2015. Cette technologie s’inscrit pleinement dans une démarche écologique pour laquelle le pays vise 10 % de gaz renouvelable d’ici 2030. Il y a actuellement 3 autres technologies de gaz vert en France : la gazéification, la culture des micro-algues et la méthanisation. Cependant, la méthanisation des déchets est la seule à être assez mature pour pouvoir l’exploiter. 

Ce procédé présente des atouts majeurs :

  • contribue à réduire la dépendance énergétique de la France aux importations de gaz ;
  • réduit l’utilisation des gaz fossiles ;
  • permet une meilleure gestion des déchets ;
  • produit du carburant vert (quasiment pas de particules fines et deux fois moins cher que le diesel) ;
  • participe à la création d’emplois ;
  • permet une meilleure rémunération des agriculteurs ;
  • dynamise l’économie circulaire (énergie produite par les acteurs locaux et redistribuée localement).

Autre point clé : il contribue à lutter contre le réchauffement climatique car il propose une solution pour que le méthane, issu de l’élevage, ne s’évapore plus dans l’atmosphère. Il est ainsi contenu dans les cuves, destiné à être transformé en biogaz puis réinjecté dans le réseau afin d’alimenter les collectivités. À terme, les foyers des particuliers seront aussi approvisionnés.

La méthanisation, une technologie contestée

Mais alors qu’est-ce qui ne va pas avec cette énergie renouvelable ? Ce système est tellement alléchant qu’il se développe très vite, notamment grâce au soutien des pouvoirs publics. Cependant, l’engouement pour le gaz vert fait grincer des dents. Le nombre d’opposants en France ne cesse d’augmenter. Plusieurs projets ont d’ailleurs été suspendus suite aux contestations de riverains et d’associations qui pointent du doigt de potentielles dérives.

• L’industrialisation de la méthanisation

Cette énergie peut être vertueuse si elle est raisonnée et destinée aux petites exploitations ainsi qu’aux collectivités. Or, des associations appellent à ne pas reproduire le cas de l’Allemagne où cette technologie est très développée et a des répercussions néfastes sur l’environnement. C’est ainsi que les gros producteurs de biogaz ont écrasé les petits exploitants agricoles. Ces usines sont devenues plus rémunératrices que l’élevage, le digesteur sert donc uniquement à produire du gaz pour le vendre. Les cuves doivent être alimentées en grande quantité, les terres sont accaparées et dédiées à la méthanisation.

• Risque en matière de sécurité

Un défaut dans l’installation des usines pourrait causer des fuites importantes.
Le méthane, puissant gaz à effet de serre, s’il n’est pas encore brûlé, se retrouverait libéré dans l’atmosphère.
L’ammoniac (NH3), un autre gaz présent dans le digestat mais en petite quantité, pourrait aussi s’échapper des cuves en cas d’explosion. Au contact de l’air, il se transformerait en protoxyde d’azote (N2O), un gaz beaucoup plus nocif que le CO2. Sans oublier les risques de libération d’organismes pathogènes qui provoqueraient une pollution des sols.

• Désagréments pour les riverains

Les riverains se plaignent également du risque de prolifération des mouches et des mauvaises odeurs.
Faut-il pour autant abandonner le déploiement de cette énergie verte ? Il y aurait, d’après les opposants, des points de vigilance importants. Privilégier les projets locaux, sur une surface réduite, pour limiter les transports de biomasse et interdire les cultures dédiées. Ils demandent également la mise en place de contrôles stricts par des intervenants formés afin de maîtriser les risques sanitaires. Un appel à une concertation réfléchie avant d’amplifier le développement du biogaz.

Audrey Marie

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