Environnement

Comment saisir le monde des chauves-souris ?

Les chauves-souris figurent parmi les animaux les plus méconnus de la planète et ont une mauvaise réputation générale. Surnommées les « reines de la nuit », elles font l’objet d’études scientifiques très poussées, notamment depuis la pandémie de 2019. La question est la suivante : comment saisir le monde des chauves-souris pour écarter les stéréotypes dominants et leur donner enfin une image positive ?

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La chauve-souris : définition et caractéristiques physiques étonnantes

Au départ, la nomination de « chauve-souris » serait une erreur de traduction faite dans la Rome Antique. Appelée « cawa sorix » qui veut dire « chouette-souris », la racine latine « cawa » a été remplacée par « calva » qui signifie « chauve ».

C’est un mammifère hybride qui regroupe environ 1 400 espèces dans le monde. Discrète et sensible, elle apparaît à la tombée de la nuit pour se nourrir puis elle revient à son point de départ quand le soleil refait surface. Chaque année, une femelle donne naissance à un seul petit. Elle prend soin de lui entre trois semaines et un mois. De novembre à mars, elles sont toutes en hibernation sur une période d’environ 180 jours.

Elle fait partie de la famille des chiroptères (chiro- pour la main et -ptère pour l’aile). Contrairement aux apparences, la petite créature n’a pas de lien de parenté avec la souris car ce n’est pas un rongeur. Reconnaissable immédiatement par ses ailes, elle est très aguerrie au vol.

Plus à l’aise dans les airs que sur terre, elle utilise ses ailes amples grâce à une membrane souple présente entre ses doigts et reliée au reste du corps. Celle-ci porte le nom de patagium. Avec ces formes demi-circulaires sur les parties inférieures des ailes, l’air capturé permet d’effectuer une précision de vol beaucoup plus fine que celle des oiseaux : ce qui lui permet de ne jamais manquer (ou presque) sa cible lorsqu’elle est en chasse.

L’autre particularité des ailes est leur capacité à envelopper le corps en entier. Lorsqu’elles sont en repos, elles fournissent de la chaleur et protègent les parties vulnérables. Pour en savoir plus, lisez cet article sur ces grandes mains ailées.

Penchée la tête en bas, elle trouve aussi un moyen efficace d’échapper aux prédateurs. Quand elle s’accroche aux branches des arbres ou aux parois rocheuses, elle reste parfaitement immobile. Dans cette position, elle ne dépense aucune énergie. Avec ses pattes retournées à 180 degrés, la force de traction exercée par son poids sur les tendons permet de maintenir les griffes sans risque de chute. Le temps de récupération est d’environ 20 heures mais il peut être allongé ou raccourci en fonction des besoins.

Quant à la tête, nous observons un visage enfoncé ou allongé avec de longues oreilles pointues suivant les espèces. Elle possède une ouïe et un odorat très développés qui lui sont très utiles lorsqu’elle se déplace. La vision est beaucoup moins sollicitée mais elle fonctionne normalement. En émettant des cris, elle est capable d’évaluer la position exacte de ses proies, des obstacles et des prédateurs. Il s’agit du principe d’écholocation qui assure l’essentiel de sa survie. Nous retrouvons aussi cette particularité chez le dauphin.

Malgré cet aspect effrayant, les caractéristiques physiques et morphologiques de l’animal sont à la fois étonnantes et fascinantes mais l’une des raisons qui pousse les scientifiques à saisir le monde des chauves-souris se trouve dans son organisme.

Une chauve-souris et son petit - Le blog du hérisson
Une femelle et son petit

Les limites entre la réalité scientifique et la fiction populaire

La chauve-souris n’a pas toujours eu une image positive dans le monde des hommes. Vénérée pour sa fortune et sa prospérité en Asie et en Amérique du Sud, elle est interprétée comme un symbole diabolique dans les régions occidentales chrétiennes.

En s’appuyant sur l’imaginaire populaire, les clichés et les caricatures suscitent l’effroi et la peur, au point de devenir une coupable idéale. Il suffit simplement de penser au personnage de Dracula ou de les voir s’accrocher aux cheveux pour le comprendre jusqu’à ce qu’un justicier masqué vienne redorer le blason de la petite bête. Malgré cela, il faut revenir à la réalité et ne pas se concentrer exclusivement sur la fiction.

Aux yeux des scientifiques, l’animal est inoffensif pour les êtres-humains mais si ces derniers se retrouvent en contact étroit avec elle, le risque de contracter une maladie est bien présent.

Des équipes de chercheurs en virologie, basées en Thaïlande, ont découvert qu’elle peut abriter plusieurs centaines de virus. Une soixantaine d’entre eux sont potentiellement contagieux à l’homme. Le plus connu est la rage dont le dernier cas a été actualisé en 2019 sur le territoire métropolitain. Consultez ce rapport sur la rage et sa transmission à l’Homme pour en savoir plus.

Cela se confirme depuis que l’homme empiète de plus en plus sur son habitat naturel. L’apparition et la découverte de virus dans l’organisme humain sont intimement liés avec la colonisation de leurs territoires. En conséquence, la petite créature serait la principale suspecte de la transmission de plusieurs maladies depuis ces quarante dernières années dans le monde.

Plus récemment, la rhinolophe ou dite « fer à cheval » serait à l’origine de l’épidémie de Covid, en 2019. D’après des recherches effectuées dans une banque biologique située à New-York City, la ressemblance de ses cavités nasales avec celles de l’homme pourrait expliquer pourquoi le virus a réussi à se loger et infecter plusieurs millions d’êtres humains aussi rapidement.

Actuellement, les scientifiques s’interrogent sur les maladies qui ne déclenchent pas de symptômes chez les chauves-souris. Les questions autour des capacités de survie et d’adaptation sont alors soulevées : certains voient en elles la solution pour créer un remède contre les virus d’aujourd’hui et ceux du futur.

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Les superpouvoirs de la chauve-souris

► Un système immunitaire continuellement en alerte

À la Duke NUS Medical School, le spécialiste Linfa Wang explique que la faiblesse des charges virales présentes chez les chauves-souris est due à une proaction de leur système immunitaire. Autrement dit, la stratégie de défense est déjà activée avant-même qu’un nouveau virus ne rentre dans l’organisme.

Nous pouvons dire, d’une certaine manière, qu’elles jouent le rôle de sentinelle dans le repérage d’un nouveau virus. Si plusieurs d’entre elles en mourraient, cela voudrait dire qu’il pourrait être un ennemi encore plus destructeur pour l’homme.

► Des mutations génétiques causées par le vol

Depuis des millions d’années, les chauves-souris ont colonisé tous les continents sauf l’Antarctique grâce au vol. Emma Tilling, zoologiste et généticienne à l’université de Dublin, défend la théorie que leur moyen de locomotion aurait déclenché des mutations dans une partie des gènes de leur système immunitaire. En conséquence, le vol rendrait la chauve-souris invulnérable aux virus.

La transformation du code génétique s’expliquerait également par les inflammations pouvant être provoquées pendant le vol. En réaction, le petit chiroptère aurait trouvé le moyen de les combattre avec une technique de refroidissement régulant la température du corps.

D’autre part, c’est la seule espèce animale à avoir développé le vol battu. Des pointes à 160 km/h ont été relevées par des experts au Brésil. En plein effort, l’énergie dépensée est trois plus importante qu’un mammifère terrestre de la même taille, avec plus de 1 000 battements d’ailes par minute. Ce qui provoque indéniablement des inflammations musculaires.

Certains scientifiques sont convaincus que le vol est la cause principale de la hausse des défenses immunitaires chez les chauves-souris mais cela reste encore très difficile à démontrer pour le moment.

► Un être vivant qui se joue du temps qui passe

Outre la recherche de remèdes pour éradiquer les maladies chez l’homme, cette petite beauté inspire de nouveaux traitements et pourrait révéler un secret longtemps gardé. En observant de près les grands murins, les spécialistes ont découvert que la qualité de leurs chromosomes n’a quasiment pas bougé après plusieurs années. L’attention est portée sur ce que l’on appelle le télomère qui se trouve à l’extrémité du chromosome.

Quand il se raccourcit, la dégradation de la cellule favorise le processus du vieillissement. En comparaison avec ceux de l’homme, les télomères des grands murins restent intacts. C’est pour cela qu’il est difficile d’estimer leur âge car ils ne semblent pas subir les effets du temps.

Un spécimen aurait même franchi la barre des 40 ans, entre sa première et sa seconde capture, sans aucune différence physique. La modification d’une partie du génome pourrait être à l’origine de cette longévité extraordinaire mais les interrogations restent encore nombreuses.

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Une petite créature qui participe au renouvellement de la biodiversité

Dans la majorité des pays, ces petites bêtes sont des actrices écologiques très efficaces. Elles contribuent au renouvellement de la biodiversité végétale et animale, à l’exception de quelques-unes qui ont une préférence pour l’hémoglobine. Nous distinguons deux catégories principales : les insectivores et les frugivores.

Parmi les chauves-souris se nourrissant d’insectes, ces dernières sont capables de manger un tiers de leur poids en une seule nuit. Le moustique est leur proie préférée : elles peuvent les gober par milliers grâce à leur système d’écholocation. C’est une aubaine pour les hommes qui ne trouvent pas le moyen de s’en débarrasser car ce sont les prédatrices naturelles des moustiques.

Chez d’autres espèces comme les roussettes d’Egypte, celles-ci sont friandes de fruits, de fleurs et de pollen. Le guano, riche en graines et composés organiques, favorise la régénération de la couverture générale, perpétuant ainsi le cycle naturel.

Aussi terrifiant que cela puisse paraître, trois catégories sont répertoriées comme étant hématophages. Autrement dit, elles se nourrissent de sang :

  • Le vampire commun ;
  • Le vampire à pattes velues ;
  • Le vampire à ailes blanches.

Toutes vivent en Amérique Centrale et en Amérique du Sud. L’une d’entre elles aurait consommé du sang humain car ce dernier a un apport plus conséquent en protéines contrairement à celui des oiseaux. Ce phénomène a été observé au Brésil mais il reste très rare.

Toutefois, il ne faut pas prendre cela à la légère. Si vous avez la moindre suspicion de griffe ou de morsure, suivez les recommandations suivantes :

  • Nettoyez la peau avec de l’eau et du savon ;
  • Frottez entre 10 et 15 minutes avant de rincer ;
  • Adressez-vous au plus vite à un médecin ou un établissement de santé.

Les méthodes à adopter pour saisir le monde des chauves-souris et les respecter

Sur le territoire national, les lois de protection de ces êtres vivants sont très claires. Ils sont tous protégés depuis 1976 et les directives sont appuyées par un arrêté ministériel datant de 2007, interdisant toute opération pouvant nuire à leur devenir. Les mesures sont encore plus coercitives au niveau international et européen.

Pour admirer et saisir le monde des chauves-souris, il est capital de les respecter et de soutenir leur bien-être. Malgré leur très grand nombre, leur qualité de vie régresse car les besoins primaires ne sont plus correctement assurés, y compris en Europe. En raison des activités humaines, leur existence est particulièrement menacée :

  • Elles voient leur habitat détruit ou modifié.
  • Elles sont exposées à des produits chimiques (pesticides, antiparasites, etc.).
  • Elles sont tuées par les chats domestiques, les éoliennes et les voitures durant leur déplacement.
  • Elles subissent des nuisances qui les dérangent pendant la période de reproduction.

Au Canada, beaucoup sont atteintes du syndrome du museau blanc qui les décime par centaines. Il se présente sous la forme d’un champignon qui absorbe les graisses pendant leur hibernation dans les grottes et les cavernes. Il n’existe pas de traitement contre ce type d’infection et l’homme peut également favoriser sa propagation au sein même de leur habitat. Certaines précautions sont donc à prendre si vous vous rendez dans les régions d’Amérique du Nord.

En France, la SFEPM (Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères) met en place une campagne de conservation pour les accueillir dans des bâtiments et des jardins privés ou publics. Elle donne toutes les conditions et les recommandations nécessaires si vous souhaitez promouvoir leur retour. Pour en savoir plus, consultez les détails de l’opération qui vont vous permettre de les aider.

Dans le cas où la petite bête se retrouve à l’intérieur de votre domicile, il ne faut surtout pas céder à la panique. Vous trouverez les bons gestes à suivre afin de lui accorder un traitement, surtout lorsqu’elle se retrouve en difficulté.

Sauvetage d'une chauve-souris - Le blog du hérisson
Sauvetage d’une chauve-souris

À présent, vous savez comment saisir le monde des chauves-souris. Elles peuvent être des alliées pour l’homme, en suivant leur mode de vie et en épargnant leur territoire. Ce sont des êtres vivants à part entière qui méritent notre attention car ils pourraient être la solution aux différents virus d’aujourd’hui et de demain. Vous aurez également le loisir de les observer à la fin du mois d’Août, pendant la nuit internationale qui leur est consacrée. Ne laissez pas ces reines nocturnes s’éteindre et participez à leur renaissance !

Yves-Marie Hameaux

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