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SDF : une réalité inentendable

La vie des personnes SDF (sans domicile fixe) est une réalité inentendable. Pourquoi cette lutte sociale devrait être une priorité pour tout le monde ? C’est le sujet qui sera développé au cours de cet article.

SDF : une réalité inentendable - Le blog du hérisson

SDF : causes et conséquences

De multiples causes peuvent mener une personne à vivre dans la rue : rejet familial, fuite du domicile familial à cause de violences, licenciement, loyer impayé, sortie de prison, hospitalisation, déplacement géographique et surement de nombreuses autres raisons.

En outre, l’INSEE mentionne que 86 % des personnes SDF ont vécu un évènement intrafamilial douloureux dans leur enfance, ce qui n’est pas négligeable.

Il est également important de noter que de nombreuses personnes dans cette situation n’ont jamais eu de logement (43 % des personnes sans abris déclarent ne jamais avoir occupé de logement indépendant).

Il est également important de regarder cette question sous un oeil intersectionnel et comprendre que le combat des personnes sans abris en rejoint d’autres : par exemple, certaines personnes sans domicile fixe le sont à cause de l’homophobie ou de la transphobie de leur famille, famille qui les a alors rejeté du domicile familial à l’annonce de leur coming-out ; ainsi, au Royaume-Uni, 24 % des personnes sans abris seraient de jeunes LGBTQIA+ rejetés par leur famille.
Les conséquences de la vie dans la rue sont également consternantes : psychologiquement, on peut imaginer qu’un sentiment de marginalité peut naître, ce qui peut être extrêmement difficile à gérer.
Matériellement parlant, il y a d’innombrables conséquences au fait d’être SDF : manque d’accès à l’hygiène, subir les grands froids de l’hiver, les fortes canicules en été (cette conséquence qui est souvent peu réfléchie et évoquée, risque de s’accroître avec la problématique du réchauffement climatique), manque de nourriture.

La santé mentale des personnes sans abris est également extrêmement préoccupante, même alarmante : selon les études statistiques de l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) 8,8 % des personnes sans domicile fixe souffrent de troubles psychotiques, 29 % de troubles dépressifs, 15,2 % de troubles anxieux, 37,8 % des personnes sans abris ont fait une tentative de suicide dans leur vie, sans compter un certain taux d’addiction notamment à l’alcool qui serait de 20 % d’après une étude réalisée il y a de nombreuses années en 2009 (un taux inférieur aux stéréotypes qui peuvent exister vis à vis de cette population). Certaines estimations sont encore plus alarmantes.

Mais que nous disent ces chiffres ? Troubles psychiatriques dans la population SDF : cause ou conséquence ? Bien que les conditions de vie délétères des personnes qui vivent dans la rue puissent largement laisser suggérer une aggravation des symptômes de leur pathologie voire une pathologie conséquente de cette vie sans abris, il faut clairement y voir également parfois une cause.
En effet, en parlant d’intersectionnalité des luttes, les maladies psychiatriques sont souvent sources d’ostracisme social, d’incompréhension et d’intolérance ; ainsi certaines personnes atteintes de pathologies mentales finissent par perdre contact avec leur famille, et par se marginaliser totalement du monde social, et peuvent finir par devenir sans abris.
Toutefois, il est primordial de ne pas envisager la question des SDF uniquement sous cet angle, ce serait réducteur.

Instrumentalisation, cause oubliée et clichés

La cause des personnes SDF est une cause difficile qui attire les vautours d’extrême-droite qui utilisent cet enfer à des fins racistes, mais qui est aussi souvent occultée dans de nombreuses sphères, et sans compter que de nombreux stéréotypes (voire une véritable haine) pèsent sur les personnes sans abri.

Mais comment l’extrême-droite instrumentalise-t-elle le sort de ces personnes qui n’ont pas de toit ? L’extrême-droite se souvient comme par enchantement de l’existence des personnes SDF pour justifier une aide prioritaire envers nos bons SDF français plutôt qu’envers les migrants par exemple.
Infâme et ignoble, c’est bien la signature des partis politiques situés à la droite de la droite, ainsi, en 2018 (mais aussi à d’autres occasions), dans la ville de Toulouse, des identitaires (mouvement d’extrême-droite) offrent des sandwichs de porc aux personnes sans abris : loin d’une réelle empathie et d’une prise de conscience de l’oppression que subissent les personnes sans domicile fixe, il s’agit donc d’une énième provocation islamophobe et antisémite, afin que les personnes SDF de ces confessions ne bénéficient pas de ce repas.
Le slogan Et nos SDF ? en est même devenu un cliché pour représenter l’extrême-droite et son instrumentalisation vis à vis de ce sujet extrêmement grave.

Le sujet des SDF bien que soucieux de certains programmes politiques, comme celui lors des élections législatives du Nouveau Front Populaire, reste tout de même une cause oubliée. Comme pour bien d’autres sujets de société, comment peut-on encore tolérer ou minimiser le fait que certains d’entre nous n’aient pas de logement et toutes les conséquences qui s’ensuivent ? Cette problématique est clairement un problème social majeur.

Il y a également des clichés tenaces à propos des personnes sans abris, comme leur addiction à l’alcool qui serait systématique, le fait qu’elles auraient forcément choisi de vivre dans la rue (un quart des personnes SDF occupent un emploi, ce qui n’est pas rien, souvent un emploi précaire ; 9 % des personnes sans abris étrangères occupent plusieurs emplois et 6 % de français). Certaines personnes refusent d’aider les personnes SDF car elles iraient s’acheter de l’alcool avec cet argent et ce ne serait donc pas les aider, ces stéréotypes sociaux à l’encontre des personnes vivant dans la rue sont largement préoccupants.

Les femmes à la rue

Si il y a bien une problématique spécifique au sain de la problématique du sort des personnes sans domicile fixe, c’est bien celle des femmes SDF ! Viols, violences en tout genre, exploitation sexuelle, c’est le quotidien de 3 000 femmes en France actuellement.

Saviez vous que 100 % des femmes déclarent avoir subi un viol après avoir vécut un an à la rue ? Saviez vous qu’en réalité 40 % des personnes SDF sont des femmes ? Le vécu des femmes SDF est poignant car ces femmes là sont au croisement de l’oppression et de l’ostracisme que subissent les personnes sans abris, et du sexisme vécu de manière systémique par toutes les femmes de la société.
Notons également que 50 % des femmes à la rue sont d’origine étrangère, il s’agit alors de femmes ayant fui leur pays, et qui sont extrêmement vulnérables à l’exploitation domestique et sexuelle.

Un nombre important de femmes sans abris le sont par fuite d’un climat familial violent, de violences sexuelles (qu’elles soient vécues dans l’enfance, ou bien pendant leur parcours migratoire notamment lorsqu’il s’agit de femmes d’origine étrangère) ; c’est la double peine, une fois à la rue, ces femmes sont de nouveau surexposées à ces violences-là.
Beaucoup d’entre elles refusent un hébergement mixte, car elles ont conscience du danger de la violence masculine par l’entremise de leur vécu; à contrario, d’autres femmes dans cette situation acceptent un toit contre des services sexuels et tombent entre les mains sans scrupule de proxénète : oui c’est la terrible réalité de plusieurs milliers de femmes en 2025.

Les femmes à la rue n’ont droit à aucun répit, ni même pour dormir, ces femmes se cachent et usent quotidiennement de stratégies pour fuir la violence sexiste des hommes : elles se cachent dans des parkings, dans des caves, et parfois essayent de se fondre dans le décor dans les aéroports, se faisant alors passer pour des voyageuses ; tous les procédés sont bons pour fuir ces violences insoutenables !

Si ces femmes sont extrêmement exposées au risque d’Infection Sexuellement Transmissible (IST), elles encourent également un autre risque : certaines femmes cisgenres enceintes font partie de cette population qui n’a pas de toit, pire encore, certaines femmes cisgenres accouchent dans la rue, et peut-être summum de l’horreur, certaines femmes élèvent un enfant dans la rue.

La sénatrice Agnès Evrèn qui s’est penchée sur cette problématique nous dit ceci :

La rue abîme, elle blesse et elle tue également et toutes ces femmes ont été désignées pendant toutes nos auditions comme invisibles, ou comme la face cachée de la rue (…) parce qu’il faut savoir, la rue c’est la cour des miracles et évidemment elles sont une proie pour tous les autres. La sénatrice a également dit à propos de ces femmes : une vraie spirale de précarité et de violence.

Ces difficultés vécues par les femmes SDF qui ont été énoncées dans cet article sont non-exhaustives.

Les personnes SDF sont victimes de divers difficultés, violences et stéréotypes, c’est une réalité inentendable ; cette lutte sociale devrait être une priorité pour tout le monde car il est inenvisageable qu’en 2025, dans une république censée protéger les droits humains fondamentaux et prôner l’égalité, des personnes vivent encore sans toit au-dessus de la tête.

Victoire Jouffre

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