Incendies en Australie : une Française témoigne

Depuis le mois de septembre 2019, l’Australie est en proie à de terribles incendies. Si le pays est habitué aux feux durant la période estivale, cette année les conditions climatiques ont conduit à une catastrophe sans précédent. La sécheresse a été particulièrement précoce, dès le printemps. À cela s’ajoutent des records de températures frôlant les 50 °C dans certaines régions, combinés à des vents violents. Les conditions idéales pour que tout s’embrase ! Installée à Sydney depuis six mois, je me trouve au plus près des événements. Quatre mois après le début des incendies en Australie : une Française témoigne et fait le bilan.

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L’étendue du désastre en Australie : les chiffres

Les derniers chiffres parlent d’eux même. C’est un véritable drame humain et écologique qui est en train de se produire :

  • depuis septembre 2019, 10 millions d’hectares ont brûlé dans le Sud Est de l’Australie, soit une superficie plus étendue que celle du Portugal ;
  • plus de 2 000 maisons ont été détruites et des milliers de personnes ont été évacuées et déplacées ;
  • 28 personnes ont péri dans les incendies ;
  • on estime à 1,25 milliards le nombre d’animaux tués. La ministre de l’environnement, Sussan Ley, a annoncé que dans certaines régions les koalas devront être classés espèce en danger.

Le début de l’année 2020 apporte un peu de répit… temporairement

• Les incendies sont en voie d’être maîtrisés

Depuis le 12 janvier, grâce à une météo plus clémente, les incendies perdent en puissance. C’est en effet avec soulagement que dimanche dernier, nous avons vu la pluie tomber et les températures baisser de près de 10 °C.

Ces averses sont d’autant plus bienvenues que la veille, le 11 janvier, le pire scénario se réalisait : deux feux de brousse se sont rejoints en Nouvelles Galles du Sud, l’État de Sydney, créant un méga feu d’une surface quatre fois plus grande que la ville de New York. Un vrai cauchemar pour les pompiers, incapables de maîtriser un tel brasier. Heureusement, grâce à la pluie tant attendue, les opérations de confinement ont permis de contrôler ce méga feu. Ici, on n’espère même plus éteindre les incendies. L’objectif est de les contenir, pour qu’ils ne s’étendent pas.

Des épisodes d’averses et d’orages doivent se succéder ces jours-ci. Pourtant, la partie n’est pas encore gagnée. Le 16 janvier il y avait encore 88 feux actifs en Nouvelles Galles du Sud, dont 39 non maîtrisés. De nombreuses semaines de fortes chaleurs sont encore attendues. L’été austral doit durer jusqu’au début du mois de mars.

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• La pluie… Bénédiction ou malédiction ?

Selon le Bureau Australien de Météorologie, les fortes pluies risquent de provoquer des inondations. 50 à 80 mm de précipitations sont attendus pour la fin de la semaine, sous forme de violentes averses et d’orages. Les arbres et la végétation ayant été calcinés et décimés par les incendies, plus rien ne retient la terre. Des glissements de terrains et des chutes d’arbres sont à craindre. Après la sécheresse et les incendies, les inondations ! Le réchauffement climatique entraîne des épisodes météorologiques extrêmes. Aujourd’hui, à Sydney, il pleut sans discontinuer depuis des heures. Malgré cela, on sent encore des odeurs de fumée. La pluie pourtant intense ne semble pas suffisante pour éteindre les feux.

• Les mesures prises par le gouvernement

Le premier ministre Scott Morrison est très critiqué dans sa gestion de la crise par les Australiens. Il lui est reproché d’avoir pris cette catastrophe à la légère et d’avoir tardé à agir. Seulement 8 mois après son élection, les derniers sondages indiquent que près de 60 % des Australiens ne sont pas satisfaits du gouvernement. Le premier ministre a finalement annoncé la mobilisation de 3 000 réservistes de l’armée pour venir en aide aux pompiers. Des navires de la marine et des hélicoptères de combat ont été mobilisés pour des opérations de sauvetage. Scott Morrison a également promis plus de 2 milliards de dollars d’aides (1,2 milliards d’euros) sur deux ans.

Incendies en Australie : quel impact sur le quotidien des habitants de Sydney ?

À Sydney, la vie poursuit son cours. Hormis les pics de pollution de l’air, les restrictions d’eau et les campagnes de soutien aux sinistrés, aux pompiers et aux animaux, rien n’a changé.

• Une vie normale, malgré les incendies

Les incendies sont assez éloignés de Sydney. On ne se sent pas directement menacés. Les services de lutte contre les incendies ont pour principal objectif de protéger Sydney et les grandes agglomérations. Il est peu probable que les feux se propagent jusqu’à nous. Alors on vit normalement, on profite de l’été et des magnifiques plages de Sydney. On ne vit pas du tout dans l’angoisse et la crainte.

Ce n’est que lorsque l’on prévoit de se déplacer, pour les vacances par exemple, qu’on est vigilants. On consulte les sites internet officiels pour vérifier la localisation des feux, les alertes et les zones à éviter. Certaines destinations ne sont malheureusement plus envisageables car trop dangereuses, inaccessibles, ou tout simplement disparues sous les cendres.

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Niveaux du système d’alerte des incendies – NSW rural fire service

• La pollution de l’air

Certains jours, les vents étendent sur la ville une nappe de fumée toxique. Les incendies sont pourtant loin de Sydney, mais l’ampleur de ces feux entraîne de gigantesques nuages de fumées. Ces jours-là, il y a une forte odeur de brûlé et l’air est irrespirable. On ressent des irritations dans la gorge les yeux piquent et on a très mal à la tête. Le ciel est jaune, de petits fragments de cendres volent dans le ciel et se déposent un peu partout. Le soleil, rouge vif, est voilé. Un vrai décor apocalyptique !

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Vue de Sydney sous la fumée ©Marie-Maud Laden

Le taux de particules très fines, les PM2.5, explose. Le niveau de pollution de l’air a été jugé plusieurs fois très dangereux. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) préconise un taux maximum de 25 µg/m3 de PM2.5 par 24 heures. Début décembre, Sydney enregistrait un taux record de plus 123 µg/m3 ! C’est un vrai souci de santé publique. Selon les scientifiques de l’Université Macquarie de Sydney, cette pollution est dangereuse pour la population est peut provoquer des troubles respiratoires et des crises d’asthme. Lors des pics de pollution, les urgences des hôpitaux sont assaillies par de nombreuses personnes en détresse respiratoire.

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Ciel jaune à Sydney ©Marie-Maud Laden

Alors on s’organise. On achète des masques en se demandant s’ils sont bien efficaces. Les enfants sont confinés dans les écoles et les crèches : pas de récréation. Certains parents se cotisent pour acheter des purificateurs d’air pour les salles de classes de leurs enfants. On ne sort plus, on annule toutes les activités en extérieur. Pas évident de faire comprendre ça aux enfants, alors qu’on est en plein été ! Heureusement que ce scénario ne se produit pas tous les jours. Depuis Noël, Sydney a été relativement épargnée par les fumées… jusqu’à la prochaine fois…

• Les restrictions d’utilisation de l’eau

La sécheresse est telle que des règles très strictes s’appliquent pour économiser l’eau. Depuis début décembre l’État de Nouvelles Galles du Sud est passé au niveau 2 des restrictions. On ne peut arroser les jardins qu’avec un arrosoir, interdiction d’utiliser les tuyaux d’arrosage. Le remplissage des piscines n’est possible qu’avec un permis. Les voitures doivent être lavées avec un seau, sans utiliser de tuyau. Les habitants sont invités à limiter leurs douches à 4 minutes, etc… Conscientes des enjeux, de nombreuses personnes respectent ces restrictions. Les jardins sont secs, assoiffés et les pelouses jaunes. D’autres, en revanche, semblent ne pas se sentir concernées : il est fréquent de voir des gens arroser leur gazon à midi avec un asperseur… J’ai également constaté que des municipalités arrosent les espaces publics à 14 heures.

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Instructions pour les restrictions d’eau niveau 2

Les incendies en Australie ont suscité un incroyable élan de solidarité

Grâce aux médias et aux réseaux sociaux, qui ont relayé la catastrophe aux quatre coins du monde, depuis début décembre la population mondiale est très touchée par l’ampleur de ce désastre humain et écologique. Les réactions sont multiples.

• Les collectes de nourriture et de biens de première nécessité

Des milliers de personnes ont perdu leurs logements et se retrouvent démunies. De nombreuses associations ont alors organisé des collectes de denrées non périssables et de matériel pour les aider. Le Surf Club de Bondi Beach a ainsi mobilisé des centaines de bénévoles. En seulement cinq jours, ils ont expédié 24 camions remplis de produits de première nécessité, notamment des denrées non périssables, des masques P2 pour se protéger de la fumée, des générateurs et de l’eau, dans plus de 14 localisations sinistrées. Un bel exemple de solidarité !

• Les collectes de fonds

Plusieurs cagnottes ont été créées et des millions de personnes dans le monde ont fait des dons. À ce jour, plus de 200 millions de dollars, soit près de 130 millions d’euros, ont été collectés ! Ces fonds sont utilisés pour venir en aide aux familles sinistrées, aux services de lutte contre les incendies et aux animaux blessés.

• La mobilisation de la société australienne

Tous les acteurs de l’économie australienne participent à cet élan de solidarité pour aider les sinistrés. Ces derniers bénéficient de délais pour payer les contraventions et peuvent demander des arrangements avec leurs banques. La quasi-totalité des marques et des commerces annoncent reverser un pourcentage de leurs chiffres aux associations. Ainsi, en achetant, le consommateur contribue à aider. C’en est à un tel point, qu’on ne peut s’empêcher de penser que ce drame est maintenant détourné dans un but marketing…

Les Australiens sont choqués par l’ampleur du désastre et dirigent volontiers leur colère contre le gouvernement. Cependant, ils semblent se contenter de participer aux collectes de nourriture ou aux cagnottes. Pourtant, la population paraît reconnaître que ces incendies et inondations sont causés par le réchauffement climatique. L’industrie du charbon, et donc la production d’énergie, est pointée du doigt. Or, en tant qu’expatriée ici, je ne peux m’empêcher de remarquer que les Australiens ne semblent pas changer leurs habitudes pour autant et continuent de gaspiller l’énergie : climatisation réglée sur 18 °C tout l’été, même lorsqu’il ne fait que 22 °C à l’extérieur, voitures polluantes, gaspillage de l’eau, maisons très mal isolées, etc. Le lien de cause à effet n’a pas encore été fait dans les esprits. Mais peut-être il y a-t-il un espoir : cette catastrophe aura-t-elle pour effet de réveiller un peu les consciences ?

Cet épisode d’incendies en Australie n’est pas terminé. L’accalmie n’est que temporaire. Le pays n’est en effet pas encore entré dans la période qui correspond d’habitude à la haute saison des incendies, généralement au mois de février. Dans son rapport paru au début du mois de janvier 2020, l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) a annoncé que 2019 détenait le record de la 2ème année la plus chaude dans le monde et le record de l’année la plus chaude en Australie. Elle prévoit des températures encore plus élevées pour 2020 et les années suivantes… Des mesures concrètes et urgentes semblent s’imposer. Mais avec un premier ministre conservateur peu porté sur les questions environnementales, la tâche risque de ne pas être aisée pour l’Australie. Scott Morrison a toujours nié l’impact de l’exploitation du charbon sur le réchauffement climatique et est peu enclin à réduire les émissions de CO2 de son pays, tout en soutenant ouvertement la très polluante mais lucrative industrie du charbon australienne

Inga Penverne
(Résidente française à Sydney, Australie)

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