Textiles en microfibres plastiques : L’URGENCE !

Nos vêtements sont à l’origine des microfibres plastiques qui sont rejetées, avec l’eau de rinçage de nos machines, directement dans les océans. Les stations d’épuration n’arrivent pas à filtrer ces microplastiques en totalité et beaucoup se retrouvent dans les cours d’eau, les mers et les océans. La production de textiles en microfibres plastiques ne cesse d’augmenter et face à cette situation il y a urgence ! Saviez-vous que ces tissus que nous portons ne font pas que nous vêtir : on les mange, on les boit et on les respire. Il est temps de passer nos penderies à la loupe.

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Cet article est rédigé en écriture inclusive

Les textiles synthétiques relâchent des microfibres plastiques

• Lavage en machine | Dans l’œil du hublot

Les fibres microplastiques font référence à des particules dérivées du pétrole qui peuvent mesurer de 5 millimètres à quelques micromètres. Nos vêtements en matière synthétique comme le polyester, l’acrylique ou encore le nylon créent de la pollution marine. Comment ? En relâchant des fibres de tissus qui partent avec les eaux de lavage de nos machines. Elles sont difficiles à filtrer et les stations d’épuration ne sont assez bien équipées pour éviter qu’une grande quantité ne se retrouve dans les océans.

À mesure que les industries du textile prospèrent et que nos habitudes de consommation de vêtements explosent, les océans s’engorgent de ces microfibres plastiques. Souvent invisibles à l’œil nu, elles sont difficiles à intercepter et leur proportion par rapport aux autres détritus augmente de façon alarmante !

• Des chiffres clés pour comprendre l’urgence de la situation

En 2019, l’organisation canadienne Ocean Wise publiait une étude permettant de chiffrer l’ampleur de la situation. Le Canada et les États-Unis réunis déversent chaque année 878 tonnes de microfibres dans les océans, et ce, malgré le fait qu’ils possèdent des systèmes de filtration efficaces. Ce chiffre inclut les fibres d’origine plastique et naturelle, mais il représente tout de même une quantité équivalente au poids de 10 baleines bleues.

Il est difficile de calculer ce phénomène à l’échelle planétaire. Une chose est sûre, la majorité des pays à travers le monde ne possède pas de systèmes de filtration aussi sophistiqués.

Cette étude a également mesuré plusieurs paramètres qui vont influer sur les résultats. En effet, la longueur des fibres textiles, les méthodes de tissage, les traitements mécaniques et chimiques subis par les tissus ont une influence notable sur la quantité de particules relâchées au moment des lavages. Par exemple, les tissus en nylon et en fibres naturelles sont ceux qui sont les plus résistants au lavage. Le premier lavage d’un vêtement neuf est également celui qui libérera la plus grande quantité de fibres.

Fast fashion | La catastrophe écologique de l’industrie textile

• Des marques qui renouvellent leurs collections trop souvent

Depuis le début du siècle, l’industrie du textile a pris un nouveau virage pendant lequel la production a doublé en 15 ans : c’est la fast fashion. Le principe est simple, créer des collections, non plus pour les saisons, mais pour apporter toujours plus de nouveautés. Certaines marques changent leurs collections tous les mois, voire toutes les semaines. Les conséquences sont immédiates : la durée de vie moyenne d’un vêtement a été réduite de moitié selon l’étude de McKinsey & Company de 2016.

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• Une production jetée aux poubelles

La mode vestimentaire n’est pas du tout une production en système circulaire. Le défi avec le recyclage des vêtements, c’est la revalorisation des matériaux. Les méthodes de déchiquetage font perdre 75 % de la valeur aux tissus. Plus précisément, les fibres finissent plus courtes et par conséquent de moindre qualité. Elles se retrouvent alors destinées à fabriquer des matériaux d’isolation ou encore à rembourrer des matelas. En ce qui concerne les fibres synthétiques, des méthodes de traitement chimique permettent de fabriquer de nouvelles fibres vierges, mais cette méthode n’est pas encore assez intéressante économiquement pour être appliquée largement.

Pour conclure, le marché du recyclage de vêtement n’est pas assez lucratif pour absorber l’immense volume d’invendus chaque année. Au final, ce sont 3 vêtements sur 5 qui finissent à la décharge ou sont incinérés, toujours selon le rapport d’étude de McKinsey & Company.

Les dangers pour la santé humaine

• Une contamination planétaire

Les microplastiques se retrouvent dans les océans jusqu’au fond des abysses et de la banquise au sommet des montagnes. Durant l’hiver 2017-2018, des chercheurs du CNRS et d’universités ont trouvé des microparticules de plastiques à 1500 mètres d’altitude dans les Pyrénées françaises. Selon les résultats de leur étude publiée dans le magazine Nature Géoscience, elles ont été transportées par la pluie, la neige et le vent. Par conséquent, elles se déplacent dans l’atmosphère et constituent un polluant que l’on respire au quotidien.

• Dans notre alimentation

En raison de leur petite taille, les microparticules sont biodisponibles pour de nombreuses espèces d’animaux. Elles sont facilement ingérables et on les retrouve par exemple dans les poissons, les crustacés ou encore les vers de terre.

Des particules microscopiques se retrouvent jusque dans l’eau du robinet. Il faut savoir que l’eau du robinet reste toujours la meilleure alternative, en comparaison de celle en bouteille, qui en contient des quantités beaucoup plus importantes.

Les microplastiques contiennent des stabilisants, des colorants et des additifs chimiques qui peuvent passer dans le système sanguin puis pénétrer au sein des cellules. Les conséquences de ces transferts sur la santé n’ont pas été mesurées.

Au passage, on se souviendra de produits agricoles issus de l’industrie chimique et des perturbateurs endocriniens dans les produits d’entretien. La science nous a déjà montré que respirer et ingérer des produits dérivés du pétrole n’est pas une cure de jouvence pour nos systèmes…

Limiter les impacts écologiques à notre échelle

Étant donné que les fleuves européens sont déjà tous contaminés, faut-il quand même jeter sa machine à laver ? Oui ! Ce serait le plus sage. Et si finalement vous décidez de la garder, voici quelques pistes pour avancer.

• La solution la plus efficace : acheter moins

Acheter des vêtements en moins grande quantité. Une étude publiée par le Service de recherche du Parlement européen, en 2019, évalue à 30 %, la part des vêtements qui n’ont pas été portés depuis plus d’une année dans nos penderies. Si 3 vêtements sur 5 sont fabriqués pour finir dans les poubelles et si presque un tiers de ceux achetés est déposé au fond de nos placards en attente de servir de repas aux mites… que peut-on en déduire ?

• Laver à basse température

Toujours selon l’étude de Ocean Wise, laver à 30 degrés ou moins limiterait les dégâts, en plus d’avoir un petit impact positif sur la consommation d’électricité. La perte de fibres textiles est réduite lorsqu’on lave à plus basse température ou à l’eau froide. Si vous comptez acheter une nouvelle machine à laver, pensez à la prendre avec chargement frontal et préférez étendre vos vêtements plutôt que de les passer au sèche-linge.

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• Acheter des vêtements de qualité

Faire attention à la qualité… pas facile de s’y retrouver s’il faut regarder au microscope la longueur de la fibre de chaque tissu et comprendre les procédés de teinture. Cependant, avec un peu d’esprit de déduction, il est facile d’identifier les marques de fast fashion. Si vos boutiques préférées changent de collections 6, 10, 12, 24 fois par année, c’est un indice fiable. Soyez conscient·e·s que ce roulement perpétuel est possible grâce à la production de vêtements réalisée avec des techniques et des matériaux peu coûteux. Sans parler des conditions de travail des employé·e·s, sujet qui mérite à lui seul un article.

Vous pouvez regarder du côté du mouvement de slow fashion, de plus en plus de fabricant·e·s éthiques ouvrent leurs portes en France et en Europe.

• Se tourner vers des textiles naturels

C’est en réalité une solution qui ne suffira pas à régler seule le problème. On sait qu’un quart des pesticides utilisés dans le monde sert à traiter les champs de coton. De plus, les méthodes de coloration des tissus peuvent être très polluantes. L’alternative des textiles naturels comporte elle aussi ses défis environnementaux. En parallèle, les investissements dans le coton biologique augmentent, cependant, tant que la production annuelle de vêtements continuera d’augmenter elle aussi, il sera rapidement impossible de satisfaire la demande.

La contamination des océans par les textiles en microfibre plastique n’est pas la seule source de pollution, mais elle fait définitivement partie du problème. Des solutions et des promesses de changements émergent progressivement, comme l’installation de filtres sur les machines ou des filets à linge, qui retiennent les fibres textiles en grande partie. En attendant LE nouveau maillot de bain naturel en écorce de bouleau ou LE legging en fibres d’osier, un moyen qui reste 100 % efficace c’est LA modération.

Méline Troussard

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