Mais d’où vient l’inspiration ?
Mais d’où vient l’inspiration ? D’après Platon, dans son Eloge de la folie, la folie poétique est un don des Muses qui permet au poète d’avoir une vision égale à celle des dieux. Qu’en pensent les auteurs eux-mêmes ? Se sentent-ils puissants comme des dieux, créant et manipulant leurs propres créatures ?

Les révélations d’une autrice
Pour ma part, passionnée de lecture et d’écriture, c’est un peu plus complexe que cela. Je n’ai pas demandé à une Muse de m’envoyer l’inspiration ; je n’ai pas attendu qu’une étincelle allume le brasier de l’inspiration. Et vous, qu’en pensez-vous ?
Replongez-vous devant votre feuille à grands carreaux, quand vous deviez écrire vos propres rédactions au collège. Vous avez bien dû créer des personnages, les faire penser et agir. Vous me direz que vous aviez la contrainte d’un sujet, et que ce n’est pas pareil. Je vous réponds que vous étiez déjà des écrivains en herbe. Vous avez tous écrit des histoires, vous avez tous cherché des idées, avec plus ou moins de réussites m’objecterez-vous. Et devant votre copie évaluée, vous vous êtes dit soit “j’étais bien inspiré(e)”, soit “je n’avais pas d’inspiration”.
Ecrire, pour moi, c’est partir d’un personnage et l’imaginer. Ensuite seulement, c’est chercher en quoi sa vie pourrait avoir un intérêt à être racontée. A partir de là, c’est l’installer dans un univers : policier, réel, historique, féérique… Et ensuite, c’est le regarder vivre : comment va-t-il se débrouiller dans telle ou telle situation ? Parce que le secret de l’écriture, c’est de laisser son personnage vivre sa vie, c’est de l’observer agir et prendre des décisions.
Un personnage qui mène sa propre vie
La vérité, c’est que l’histoire s’écrit quand le personnage s’échappe. L’auteur n’a plus qu’à écrire ce qu’il voit, comme s’il regardait un film et qu’il transcrivait l’histoire qui se déroule sous ses yeux.
Quand j’ai écrit D’un coup de baguette magique, publié aux Éditions Les 3 Colonnes, j’ai mis du temps à chercher le personnage principal, le plus banal et le plus improbable que je connaisse. Et quand je l’ai trouvé, je l’ai regardé se débattre dans son environnement, j’ai écouté les questions qu’il se posait. J’ai ajouté ici ou là un personnage pour l’aider dans ses aventures ou pour le retarder dans sa quête, mais j’ai surtout observé ses réactions et je les ai consignées par écrit.
Mais d’où vient l’inspiration ? Alors non, je ne me suis pas sentie l’égale d’un dieu. Mais il y a bien besoin de folie pour écrire, pour s’intéresser aux actions et aux pensées d’un personnage qui, de papier, semble pourtant devenir de chair pour celle ou celui qui lit son histoire. Appelez cela inspiration si vous voulez, pour moi, c’est de la magie !
Florence Hémon

