La fin du broyage des poussins : Paris et Berlin se mobilisent

Le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume avait annoncé sur France Inter, le 30 octobre 2019, la fin du broyage des poussins en France d’ici la fin de l’année 2021. Cette volonté dépasse désormais nos frontières puisqu’il travaille avec la ministre de l’Agriculture allemande, Julia Klöckner, à la fin de cette pratique si controversée. Paris et Berlin se mobilisent ainsi pour devenir les pionniers dans la reconnaissance du bien-être animal.

La fin du broyage des poussins - Le blog du hérisson
©Philipp Kleindienst

Le broyage des poussins : une pratique controversée

Qualifié par le ministre français comme une pratique n’étant « plus supportable », le broyage des poussins suscite une vive polémique depuis quelques années. Selon l’association de protection animale L214, 40 millions de poussins mâles seraient ainsi éliminés chaque année en France. Tandis que les femelles, appelées à devenir des poules pondeuses, sont nourries puis vendues aux éleveurs, les poussins mâles, eux, sont immédiatement tués. Après l’éclosion et une fois leur sexe déterminé, ils sont abattus – broyés plus précisément – pour des raisons économiques puisqu’ils n’ont pas d’utilité dans la production industrialisée des œufs. De même, plus de 40 millions de canetons femelles seraient éliminés chaque année, leur foie trop nervuré n’étant pas exploitable dans la filière du foie gras. Le ministre avait précisé que d’autres mesures « très fortes » en faveur du bien-être animal seraient annoncées rapidement, notamment sur la castration à vif des porcelets.

Ce changement des pratiques, très attendu, prend désormais une dimension européenne. Le 13 janvier 2020, Didier Guillaume et Julia Klöckner, la ministre de l’Agriculture allemande, se sont réunis à Berlin au sujet du broyage des poussins. Dans un communiqué de presse, le ministère français de l’Agriculture a indiqué travailler de concert avec l’Allemagne « afin de mettre rapidement fin à cette pratique inacceptable du point de vue de la protection animale et ainsi de répondre à cette attente forte de la part des consommateurs et des associations de protection animale ». Cette mesure concernerait, d’après le même communiqué, 90 millions de poussins en France et en Allemagne chaque année. Par ailleurs, les deux ministres appellent la Commission européenne à se pencher sur le sujet, espérant élargir le projet à toute l’Europe. Afin de tenir les délais annoncés, un partenariat bilatéral a été signé afin de réunir les différents acteurs des filières avicoles, des associations de protection animale et des organismes de recherche dans le but de partager leurs connaissances et d’aboutir à des solutions alternatives.

Quelles alternatives pour les éleveurs ?

Les représentants des associations de protection animale s’étaient montrés, en octobre, très critiques à l’égard du ministre français, notamment sur les réseaux sociaux : pourquoi ne pas mettre fin à cette pratique, jugée si barbare, plus tôt ? Didier Guillaume avait réagi aussitôt en expliquant que les mesures étudiées ne pouvaient être immédiates car à prendre en concertation avec les éleveurs, ces derniers devant adapter leur mode de production afin de conserver leur efficacité et leur rentabilité.

Les objectifs étant posés, il s’agit dorénavant de travailler sur les alternatives à adopter. L’option la plus évoquée pour l’instant est celle du sexage des poussins. Une première technique allemande permet d’identifier le sexe des poussins dans l’œuf : les œufs mâles sont alors retirés du couvoir tandis que les femelles y restent jusqu’à leur éclosion, douze jours plus tard. Cette pratique nécessite toutefois de percer la coquille, même si, d’après l’association Welfarm, qui milite pour le bien-être animal dans les fermes, elle ne présente pas d’incidence sur le développement du poussin. En France, l’entreprise Tronico, basée en Vendée, favorise pour sa part l’identification du sexe par spectroscopie, sans percer la coquille. La science devrait ainsi pouvoir répondre à cet enjeu éthique, encore faut-il adapter les solutions au modèle économique de la filière.

L’évolution dans la reconnaissance de la sensibilité animale et la préservation de leur bien-être poursuit son chemin. Ces enjeux éthiques doivent toutefois pouvoir être conciliés avec les enjeux économiques de la filière agricole, que ce soit en France ou ailleurs. Les prochaines mesures sont donc attendues avec impatience.

Camille Gauthier

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