Pourquoi la musique triste nous fait du bien ?

Ne vous est-il jamais arrivé de vous laisser aller à la mélancolie en écoutant de la musique triste un dimanche pluvieux de novembre ? Depuis une cinquantaine d’années, on observe un engouement de plus en plus marqué pour les chansons tristes dans la musique contemporaine. Ce comportement qui peut sembler paradoxal dans une époque où être heureux est devenu une injonction, nous aide pourtant à aller mieux. C’est en tout cas ce qu’ont démontré différentes études. On peut alors se demander pourquoi la musique triste nous fait du bien.

Pourquoi la musique triste nous fait du bien ? Le blog du hérisson

Les chansons tristes ont la côte

Des chercheurs de l’Université de Californie ont pu observer que les chansons qui font pleurer sont aussi celles qui ont le plus de succès. Nous serions, en effet, de plus en plus attirés par des chansons tristes et déprimantes.

Pour mesurer cette tendance, les scientifiques ont utilisé un outil d’intelligence artificielle (le Tone Analizer) qui a pu analyser 6 000 chansons populaires du Billboard entre 1951 et 2016. L’outil a été conçu pour prendre en compte la linguistique et analyser les émotions. L’enquête, publiée en décembre 2018 dans le Journal of Popular Music Studies, montre que les mélomanes apprécient de plus en plus les chansons aux paroles empreintes de colère et de mélancolie. Les résultats de l’étude sont bien sûr partiels, mais donnent un bon aperçu des goûts musicaux dominants dans la musique contemporaine.

Cette tendance au spleen dans la musique actuelle s’explique notamment par le fait que les chansons mélancoliques sont bonnes pour notre moral. Mais alors, pourquoi la musique triste nous fait-elle du bien ?

Comment la musique agit-elle sur nous ?

Avant de rentrer dans le vif du sujet, tentons d’abord de comprendre comment la musique influe sur notre humeur.

• Les effets physiques de la musique et des sons 

Écouter de la musique a une réelle influence sur notre cerveau. Lorsque nous écoutons une mélodie que nous apprécions, le circuit de la récompense est activé. Les hormones du bien-être que sont l’ocytocine, la sérotonine et les endorphines se diffusent dans notre corps, tandis que, la dopamine, le neurotransmetteur du plaisir, s’active. Ainsi, nous ressentons un bien-être comparable à celui que peut susciter un bon repas.

Par ailleurs, des scientifiques californiens ont démontré que le son avait un réel impact sur la matière, et donc sur nos cellules. En envoyant de puissants ultrasons dans de l’eau contenue dans une boule de verre, ils ont pu observer la formation de minuscules éclairs bleuâtres. Ce phénomène de sonoluminescence prouve que, bien que nous ne percevons à l’oreille que les sons à fréquence moyenne, nous sommes physiquement impactés par tous ceux qui nous entourent. Certains peuvent nous agacer, nous crisper ou, au contraire, nous apaiser grâce à la méthode ASMR.

• La musique, activatrice et régulatrice d’émotions

La musique a le pouvoir de faire remonter certains de nos souvenirs en activant les circuits de la mémoire. Notre cerveau a associé une musique à un événement donné et une simple chanson peut alors les faire ressurgir. Nous revivons ainsi les émotions qui ont pu nous traverser alors.

Par ailleurs, la musique agit comme un régulateur des émotions et de l’humeur. Si nous écoutons de la musique douce, notre taux d’adrénaline diminue et nous nous sentons apaiser. Au contraire, une musique rythmée nous procure de l’énergie. Nous pouvons aussi nous sentir stressés ou crispés à l’écoute d’une musique violente ou angoissante. Les cinéastes et publicitaires l’ont bien compris et savent parfaitement associer images et sons pour nous faire ressentir de la tristesse, de la peur ou encore de la joie.

Le plaisir d’être triste : le « paradoxe de la tragédie »

Le « paradoxe de la tragédie » ou « paradoxe du plaisir tragique » désigne le fait d’aimer se sentir triste. Les études menées dans différents pays confirment cette contradiction. Elles s’accordent sur le fait que, même si la musique triste provoque un sentiment de tristesse, voire de mélancolie chez l’auditeur, elle l’aide à se sentir mieux.

Le chercheur américain David Huron a pu donner une explication à ce phénomène. Il a en effet observé qu’un sentiment de tristesse provoque une augmentation de prolactine, l’hormone du réconfort. Cela nous permet de surmonter des événements difficiles. Si la tristesse que l’on ressent est induite par une musique triste, le taux de prolactine augmente, nous procurant une sensation de bien-être. 

La catharsis par la musique

Aristote est le premier à avoir décrit le phénomène de catharsis. Il avait observé que les spectateurs des tragédies grecques prenaient plaisir au spectacle tragique. Selon lui, le théâtre avait pour fonction « la purgation des passions ». 

Le principe est le même lorsque nous écoutons de la musique. On l’a dit, elle a le pouvoir de réactiver les circuits de la mémoire. Nous ravivons ainsi des souvenirs et replongeons dans l’émotion que nous ressentions sur le moment. Cela nous permettrait de se remémorer l’événement de manière indirecte et, par conséquent, de revivre les émotions qu’il a suscitées, sans avoir à les nier. On est ainsi « purgé » de notre tristesse et on se sent compris et soutenu, moins seuls dans la douleur.

Écouter de la musique triste est donc une réaction tout à fait saine qui nous apporte du réconfort et nous permet de nous libérer de certaines émotions. Alors en cas de baisse de moral, rien de tel qu’une bonne playlist de chansons qui font pleurer pour aller mieux !

Marion Fily

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