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Wokisme : ce n’est pas une insulte

Wokisme par-ci, wokisme par-là ; ce terme, de plus en plus présent dans le paysage politique, est souvent utilisé de façon péjorative, pourtant ce n’est pas une insulte. Que signifie vraiment l’expression woke ? C’est ce que nous allons découvrir au travers de ces lignes.

Wokisme : ce n’est pas une insulte - Le blog du hérisson

Wokisme : étymologie et histoire

Le mot woke est un mot anglais qui signifie littéralement éveillé ou réveillé. Le courant woke, pour faire court, est un courant qui dénonce les injustices sociales et qui appelle les populations à prendre conscience des privilèges et des oppressions qui régissent notre société au quotidien.
Ce mouvement est né au 20e siècle, sur le sol américain, lorsque les populations noires se sont battues pour leur reconnaissance et contre la suprématie blanche. De fil en aiguille, le wokisme a pris de l’ampleur et s’est penché sur les différentes oppressions sociales (racisme initialement, puis sexisme, LGBTQIA+phobie, handiphobie…).
C’est en 2013, avec la naissance de la mouvance Black Lives Matters que la mouvance prend un nouvel élan, puis vers 2017 avec le mouvement MeToo (qui permettra au mouvement de se pencher sur d’autres oppressions et marginalisation que la question raciale), l’affaire du meurtre de Georges Floyd dans le cadre de violences policières mettra également en avant cette mouvance de justice sociale. C’est pour toutes ces raisons que le mouvement s’est popularisé, le terme avec, et que tout le monde semble avoir son mot à dire à propos de ce fameux wokisme !
En somme, ce militantisme est avant tout un mouvement de justice sociale, œuvrant concrètement pour une société plus juste dans sa globalité, en prenant le mal à la racine.

Wokisme : prendre le mal à la racine

Le wokisme prend le mal à la racine, c’est à dire qu’il comprend que les oppressions et les privilèges s’axent de façon systémique, donc de façon général et non pas au cas par cas : c’est comme ça qu’on étudie un phénomène en sociologie, le courant woke s’ancre donc dans la sociologie.
C’est pour cela que cette ligne politique explique avec beaucoup de pertinence que le racisme anti-blanc n’existe pas, ou encore qu’il faut en finir avec le slogan not all men en terme de violences sexistes.
Le racisme anti-blanc (par exemple) n’existe pas car il n’est pas systémique, à l’échelle d’une société il n’est pas significatif, contrairement au racisme envers les minorités ethnique, pourquoi ? Car être blanc est un privilège social : aucune personnes blanche ne s’est déjà vue refuser plusieurs fois un appartement, un emploie, n’a été victime de préjugés à grande échelle au niveau institutionnel. Même si, à titre individuel, des personnes blanches ont pu être insulté pour leur couleur de peau, cela reste des actes isolés, et il faut que les personnes blanches prennent conscience qu’elles n’ont pas à se sentir attaqué, car elles ne vivent pas un dixième de ce que peuvent vivre en terme de racisme une personne racisée, et que les personnes appartenant à une minorité ethnique ont grandi toute leur vie avec cette absence de privilège en terme de couleur de peau.
Il en est de même pour les autres minorités : l’hétérophobie n’existe pas, la cisphobie n’existe pas, le sexisme anti-homme n’existe pas, la validophobie n’existe pas, car ce ne sont pas des discriminations systémique, contrairement à l’homophobie, à la transphobie, au sexisme, à l’handiphobie.
Lorsqu’une personne privilégiée se sent attaquée pour son privilège, dans le meilleur des cas car on la met tout simplement face à son privilège, ou dans le pire des cas si elle subit à titre exceptionnel une remarque déplacée sur son privilège (qui est donc une facilité dans 99 % de ses situations quotidiennes), elle fait preuve de fragilité, car elle s’effondre immédiatement justement par son manque de vécu oppressif, là où les personnes opprimées sont forcées de vivre des discriminations quotidiennes sans être écoutées.
C’est ainsi qu’on a pu théoriser la fragilité blanche (par la brillante auteure et sociologue) Robin di Angelo), on aurait pu également mettre en avant la fragilité hétérosexuelle, la fragilité cisgenre, la fragilité masculine…

Le wokisme a compris que si on veut faire évoluer notre paradigme social, il faut regarder la chose sous un angle systémique et non au cas par cas. Il est impératif d’en prendre conscience : il faut que chaque personne ait conscience de pourquoi elle est privilégiée et pourquoi elle est opprimée, le tout en ayant une action de solidarité envers les personnes opprimées.

Une frange conservatrice hostile

Le wokisme ne fait pas l’unanimité : c’est le moins que l’on puisse dire. Toute une frange médiatique le méprise ouvertement, notamment à droite et à l’extrême-droite du clivage politique. Pourquoi une telle animosité envers un courant qui ne cherche qu’à faire avancer la société en profondeur vers une égalité réelle ? Le wokisme a recours à ce que l’on appelle la cancel culture c’est à dire que les activistes blacklistent de leurs évènements les propos problématiques (raciste, sexiste, LGBTQIA+phobe, handiphobe…) et les personnes qui tiennent ce genre de discours. Rien de plus normal, de militer pour que les minorités et les personnes oppressées n’entendent plus l’inentendable, et puissent vivre dignement.

Pourtant l’extrême-droite et la droite politique en général ne l’entendent pas de cette oreille, et au lieu de remettre en question leurs privilèges, préfèrent s’enfermer dans une victimisation, en arguant qu’on porterait atteinte à leur liberté d’expression.
Ces personnes anti-wokes critiquent une supposée exagération de certains militants, qui aurait recours à la cancel culture (NDLR : c’est à dire à la censure de propos et personnes oppressives) au moindre propos maladroit ; pourtant pas besoin d’être opposé au wokisme pour critiquer un possible extrémisme chez certains militants: pensons notamment à la militante Victoria Defraigne, une femme transgenre militante pour la cause trans et pour nombreuses autres causes, qui s’inscrit clairement dans le courant woke, mais qui pourtant dénonce la pureté militante, c’est à dire ces activistes qui s’indignent au moindre propos maladroit sans chercher à comprendre l’intention qui peut se cacher derrière.

Pour faire bref, l’extrême-droite est égale à elle-même, toujours aussi hypocrite, dangereuse et fourbe, et arrive à utiliser comme insulte, un courant (à savoir le wokisme) qui prône l’égalité sociale : cela en dit long sur l’extrême-droite…

Le wokisme n’est pas une insulte, pour preuve il s’agit simplement d’un mouvement appelant simplement être conscient des enjeux sociaux, des privilèges et des oppressions qui rythment la vie sociale des uns et des autres, et qui souhaite une égalité de fond réelle ; contrairement à ce que prétendent les réactionnaires, l’expression woke évoque simplement un individu prêt à bâtir un monde meilleur pour demain !

Victoire Jouffre

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