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S’engager dans la vie d’un écolieu

Les habitats participatifs, tels que les écolieux, rencontrent un succès grandissant dans les sociétés occidentales. Si le concept devient presque à la mode, s’engager dans la vie d’un écolieu est un choix à faire en toute conscience et connaissance de cause. Car ce projet passionnant vous emmènera bien plus loin que vous ne pouvez l’imaginer !

S’engager dans la vie d’un écolieu - Le blog du hérisson
©Shane Rounce

Définir les notions d’habitat participatif et d’écolieu

► Les origines de l’habitat partagé

Si l’on peut remonter jusqu’au XIXe siècle pour trouver les premières traces d’habitats participatifs tels qu’on les connaît aujourd’hui, c’est au début des années 2000 que le concept prend forme concrètement. En effet, à cette époque-là, les sociétés occidentales traversent plusieurs crises, ayant des répercussions à l’échelle mondiale : crise du logement, crise financière, perte du pouvoir d’achat, crise écologique, individualisme croissant, expansion du précariat… Dans ce contexte, de nombreuses initiatives citoyennes naissent pour questionner les habitudes de consommation et repenser l’habitat en l’associant à la notion de collectif. Grâce à ce mouvement, l’État français promulgue la loi ALUR en mars 2014, reconnaissant officiellement cette forme d’habitation.
Habitat Participatif France, l’une des associations ayant œuvré pour ce texte législatif, en donne la définition suivante :

L’habitat participatif combine logements individuels et espaces communs. Il permet à des groupes de personnes de concevoir, créer et gérer leur habitat ensemble, un habitat qui répond au mieux à leurs besoins, leurs moyens et leurs aspirations.

L’habitat partagé recouvre donc un large éventail de lieux de vie collectifs : éco-villages, éco-hameaux, logements intergénérationnels, tiers-lieux, écolieux… C’est ce dernier concept que nous allons à présent détailler.

► Le cas de l’écolieu, habitat collectif en zone rurale

Alors, qu’est-ce qu’un écolieu concrètement ? Dans un premier temps, on constate que ce type d’habitat partagé est majoritairement implanté à la campagne. Il naît sous l’impulsion d’un groupe de personnes qui décident de vivre et/ou travailler ensemble. Elles sont réunies autour de valeurs telles que :

  • le respect des écosystèmes présents ;
  • l’autonomie alimentaire ;
  • le développement de l’intelligence collective ;
  • la sobriété énergétique ;
  • etc.

Un écolieu a également besoin d’une raison d’être et d’objectifs clairs, définis en accord avec chaque personne du groupe. Ces fondements assurent la stabilité et la pérennité du projet. D’un point de vue juridique, le foncier peut être acquis de différentes façons : indivision, société civile immobilière et coopérative d’habitants notamment. Quant au collectif de personnes (physiques ou morales), il se regroupe souvent en association ou en société coopérative de production (SCOP).
Quelle que soit la forme juridique choisie, la création d’un logement partagé émerge souvent suite à une remise en question profonde du fonctionnement capitaliste traditionnel. En ce sens, les écolieux sont de formidables laboratoires pour tester de nouveaux modèles économiques.

Transformer les habitudes de consommation et l’économie grâce à l’habitat participatif

► Le modèle économique de l’écolieu

L’écolieu représente un véritable atout pour la vie économique locale des campagnes, en proposant des services ou commerces de proximité manquants : boulangerie, cours de sport, ventes de fruits et légumes en direct, etc. Dans un éco-habitat, l’argent n’est pas une fin en soi, mais un moyen de faire vivre les projets. Au lieu de vouloir gagner de l’argent pour répondre à leurs besoins, les habitants cherchent d’abord à comprendre leurs besoins pour choisir leur activité professionnelle. Cette dernière peut participer ou non au fonctionnement de l’écolieu. On distingue deux grands types d’activité :

  • Les activités rémunérées extérieures : la personne exerce une activité en dehors du lieu de vie, ou travaille à distance depuis son domicile.
  • Les activités rémunératrices liées à l’éco-habitat : maraîchage, artisanat, élevage, animations sur place, etc.

Chaque structure étant unique, de nombreuses combinaisons sont possibles. Le lieu collectif et participatif de Chenèvre (Jura) est un exemple concret de ce type de modèle économique.
Il arrive que certaines personnes travaillent dans l’écolieu (maraîchers…) sans recevoir de contrepartie financière. En effet, le troc et l’échange sont des moyens courants de rémunération dans les habitats participatifs. Ces alternatives permettent une meilleure redistribution des richesses et l’exploration de nouveaux systèmes économiques.

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©Bernard Hermant

► La mise en pratique de l’économie circulaire

La plupart des écolieux adoptent naturellement les principes de l’économie circulaire. Selon l’ADEME :

Il s’agit d’un système économique d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits (biens et services), visent à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement, tout en développant le bien-être des individus.

En effet, les éco-habitants font en sorte de consommer « malin » : ils jettent moins pour limiter la production de déchets et la pollution. L’idée est de réparer, réutiliser ou réemployer un produit pour prolonger son utilisation au maximum. De même, lorsqu’ils fabriquent quelque chose de nouveau, ils choisissent des matériaux et des procédés respectueux de l’environnement : c’est ce qu’on appelle l’écoconstruction. Ainsi, mutualiser des ressources, apprendre à réparer soi-même, transmettre des compétences sont des pratiques habituelles dans les habitats participatifs.
L’économie circulaire comporte par conséquent une notion collaborative puisqu’elle priorise l’usage d’une ressource sur sa possession, ainsi que la gestion autonome de cet usage par la communauté. C’est le principe notamment des fablabs et des licences logicielles en open source. Le « faire ensemble » et l’aspect social sont donc les clés de voûte du fonctionnement des écolieux.

Vivre en écolieu pour apprendre à coexister et faire société autrement

► Le rôle social de l’écolieu

Outre sa fonction d’habitat, un écolieu porte souvent des valeurs humaines et met en place des projets sociaux comme :

  • lutte contre l’isolement ;
  • prévention des maladies liées à la vieillesse ;
  • partage de savoirs ;
  • solidarité envers les plus démunis ;
  • etc.

Notons que certaines structures collectives n’ont pas d’habitants permanents. Dans ce cas, le lieu physique sert de cadre aux activités proposées par les personnes (physiques ou morales) qui s’y impliquent. Cela peut être créer un jardin en permaculture, organiser des moments conviviaux, s’occuper d’animaux, proposer des ateliers de bricolage ou des formations, etc.
C’est ce qui se passe par exemple à l’écolieu fraternel de Claire Combe à Besançon (Doubs). En lien avec plusieurs associations et acteurs locaux, les personnes engagées dans ce lieu se donnent pour mission de « trouver des solutions concrètes aux crises climatiques, sociales, et aux enjeux démocratiques ». Ainsi, des individus marginalisés ou précaires (détenus, migrants, chômeurs de longue durée…) peuvent devenir parties prenantes dans un réseau social, regagner confiance en leurs capacités et développer des compétences utiles à leur (ré)insertion dans la société. Afin de faire avancer concrètement ces projets, l’utilisation d’outils d’intelligence collective s’avère indispensable pour prendre des décisions communes efficaces.

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Écolieu de Claire Combe à Besançon ©Marie Gauthier

► L’intelligence collective pour mieux faire société et se réapproprier son pouvoir politique

Parmi les concepts d’intelligence collective existants, la gouvernance partagée a le vent en poupe dans les écolieux. En rupture avec le modèle hiérarchique classique, elle vise à redistribuer les pouvoirs et les responsabilités à chaque partie prenante. Dans ce type d’organisation, une personne possède une voix, quel que soit son apport financier au projet. Les décisions concernant la vie communautaire ne sont généralement pas prises à la majorité, mais à l’unanimité.
Ce fonctionnement permet de renouer avec l’exercice de la politique. D’origine grecque, ce mot signifie en effet : « ce qui touche à la Cité, c’est-à-dire ce qui désigne le gouvernement du groupe ». En pratiquant la politique dans le contexte d’un écolieu, on se rend compte qu’elle commence dans la gestion du quotidien et n’est pas réservée à une élite. Par exemple, « la Ferme Légère » à Méracq (Pyrénées-Atlantiques) organise des réunions avec les élus locaux pour parler de résilience dans la commune. On peut donc dire que les habitats partagés, en proposant d’autres façons de faire société, favorisent l’apparition de nouveaux modèles démocratiques.

S’engager dans la vie d’un écolieu découle d’une remise en question de la vision capitaliste de notre monde. Vivre en habitat participatif implique un réel changement de paradigme sur l’ensemble de nos habitudes : consommation, alimentation, faire ensemble, pouvoir politique… Loin du cliché d’individus marginaux vivant de chasse sans infrastructures modernes, les éco-habitants cherchent à redéfinir les notions de richesse et de réussite afin d’accroître le mieux-être global de l’individu, du collectif et de la planète.

Marie Gauthier

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