Camp celtique de Bierre | Archéologie normande

En plein cœur des terres de Normandie, dans l’Orne, gît un ancien trésor historique. Une parcelle de notre passé exhumé vous attend afin de mieux comprendre nos ancêtres. Il s’agit du camp celtique de Bierre, haut lieu de l’archéologie normande. Les fouilles ont pu prouver leur présence et les constructions monumentales qu’ils ont laissées derrière eux prouvent leur détermination dans le but de s’installer durablement sinon en sécurité grâce à des murs colossaux. Sur ce massif entouré de vallons et de rivières, ce site désormais classé et préservé vous ouvre les portes de la protohistoire celtique de cette verte région.

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Camp celtique de Bierre

Un site protohistorique monumental en Normandie

Le camp celtique de Bierre est situé en Normandie, entre Falaise et Argentan. Il fait partie de la commune de Merri. Il s’agit d’un site d’une ampleur considérable qui s’étend sur 14 hectares et repose sur le Massif armoricain. L’éperon rocheux sur lequel a été construite cette structure est donc en grès armoricain, extrêmement dur, très différent du calcaire des plaines normandes.

La mise en œuvre a commencé il y a plus de 5000 ans pendant le Néolithique puis s’est poursuivie au long des époques. Il a connu un essor important lors de l’Âge de fer qui voit la majeure partie des murs d’enceinte être montés. C’est ensuite au Moyen-âge que cet oppidum est utilisé et une tour de guet rajoutée. Par la suite, il fut laissé à l’abandon et devint un pierrier.

Le camp était un « tri castrum », un fort à trois murailles de pierres et de fossés. Il protégeait sûrement un campement, un village à plusieurs niveaux, des terres arables pour survivre en cas de siège.

La construction en pierre sèche, donc sans aucun mortier, des murs d’enceinte est tout bonnement sidérante. Cet éperon rocheux est enserré par le Douit et surplombe aisément la vallée de Trun ce qui lui donnait un avantage stratégique évident pour la surveillance du territoire et du commerce.

De par ses dimensions peu communes, son état de conservation et son ancienneté il est un des sites archéologiques de la protohistoire les plus notables. Sans doute le plus important de l’ouest de la France.

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Tricastrum

Fouilles et découvertes

Il aura fallu attendre le XVIIIème siècle pour que les premières fouilles débutent. Mais ce n’est qu’en 1980 que des recherches archéologiques notables ont lieu. D’autres chantiers de restauration, comme celui de 2003, ont été lancés afin de rendre à l’enceinte son imposante prestance de jadis.

Plus récemment, en 2005, des sondages ont été faits afin de documenter davantage le rempart protohistorique et comprendre plus avant la structure de l’éperon rocheux.

Les fouilles ont pu donner de nombreuses informations concernant le site, les populations qui ont pu y séjourner ainsi que la technologie utilisée.

Voici quelques exemples marquants :

  • Les murs, surtout le barrage qui fermait le plateau, comportaient une armature en bois permettant d’assurer la stabilité et la solidité de l’ensemble. Cette technique, dite du poutrage interne, lui octroyait aussi la possibilité d’avoir une hauteur imposante : presque 12 mètres !
  • Ces murs d’enceinte faisaient près de 600 mètres de long et parfois jusqu’à 30 mètres de large.
  • Un puits d’environ 9 mètres fut creusée dans le fameux grès armoricain. Elle offrait aux habitants de l’eau grâce au ruissellement de la pluie lors de l’hiver.
  • Des outils en silex ont été retrouvés. Mais il n’existe pas à l’état naturel sur la zone ce qui implique que tout silex présent a obligatoirement été apporté par l’homme.
  • Des fossiles sont aisément identifiables dans certaines pierres des murs, on y voit l’empreinte d’un trilobite ou d’un bilobite. Le site du Vaudodin non loin en a d’ailleurs fait une légende.
  • C’était bien un lieu de vie, des cabanes en torchis ont été retrouvées, des ossements de caprins ainsi que de nombreux morceaux de meules, d’outils rudimentaires, des poteries et des métiers à tisser.
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Poutrage interne

Histoire moderne du camp

L’antique site de Bierre a subi un terrible coup du sort vers la fin de l’âge de fer. Une attaque ennemie, un incendie sans précédent ? Nous ne le savons toujours pas.

Toujours est-il que l’étude des murs, des enceintes et de leurs structures internes nous renseigne sur un brasier qui aurait ravagé les fameuses poutres en bois intérieures. Sans celles-ci la paroi s’est effondrée, les remparts imposants devenant de vastes champs de pierres que l’on peut arpenter.

C’est en 1239 que le territoire du camp celtique de Bierre fut offert à l’Abbaye Sainte-Marguerite de Vignats. Cette dernière les conserva jusqu’aux temps troublés de la Révolution française.

En 1802, ces terres furent vendues en tant que bien national et le site connut un important morcellement. Les terrains intérieurs du camp furent mis en culture et les murailles titanesques effondrées servirent de vulgaires pierriers.

Grâce aux fouilles archéologiques menées à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, le site a pu retrouver une certaine unité et un prestige reconnu. En 1908, le camp celtique de Bierre et ses vallons sont classés parmi les sites et monuments naturels. Puis c’est en 2000 que le site est intégré au sein des Espaces Naturels Sensibles du département de l’Orne.

À partir de 1981, le Conseil Général de l’Orne reprend à son compte des parcelles afin de reconstituer la cohésion du camp de Bierre.

Il est toujours possible de parcourir librement ce haut lieu archéologique normand. De la documentation est présente sur site au cas où vous ne profiteriez pas des visites guidées l’été.

Une liaison jusqu’au Vaubodin, et son fameux conte, est indiquée ainsi que deux petits itinéraires vous offrant d’explorer l’intérieur et l’extérieur du camp.

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Barrage

Fan d’histoire ou curieux des sites monumentaux, n’attendez plus pour aller découvrir cette vision du passé restaurée.

Nicolas Seguineau

2 pensées sur “Camp celtique de Bierre | Archéologie normande

  • 26 juillet 2020 à 13 h 42 min
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    Passionant! Je n’avais jamais entendu parler de ce site !!!! Pourtant j’habite la région… Un grand merci !!!!

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    • 26 juillet 2020 à 14 h 08 min
      Permalink

      Merci pour ton commentaire Michèle. Nicolas nous a, en effet, fait découvrir un lieu méconnu de la Normandie et de l’Orne. Ca te donnera peut être l’envie d’y aller.

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