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Château de Pierrefonds, forteresse fantastique

Le château de Pierrefonds, forteresse fantastique à la lisière de la forêt de Compiègne, fascine pour son histoire qui traverse le temps. Cet emblème de la ville va connaître la destruction puis la reconstruction. Son architecture, remaniée par le célèbre Viollet-le-Duc, fait voyager ses visiteurs à l’époque médiévale française.

Château de Pierrefonds, forteresse fantastique - Le blog du hérisson
©Rémi Certhoux

La démonstration du pouvoir de Louis d’Orléans

Depuis le XIe siècle, une forteresse existe sur les hauteurs de Pierrefonds. En 1397, celle-ci sera remplacée par l’actuel château. Louis d’Orléans, frère cadet de Charles VI, est à l’époque propriétaire du duché de Valois. Avec le château de Pierrefonds, il fait construire ceux de Coucy et de la Ferté-Milon. L’objectif est d’asseoir son pouvoir à travers ces œuvres architecturales. Les architectes de Pierrefonds sont Jean Aubelet et Jean Lenoir. Ils s’inscrivent dans le sillon de maître Raymond du Temple, architecte de Vincennes et La Bastille. La nouvelle forteresse est dotée de huit tours rondes à doubles couronnes, chacune représentant un preux. Elle contient aussi deux chemins de ronde ainsi que des mâchicoulis ininterrompus sur tout son pourtour. L’édifice est équipé de la dernière technologie des châteaux médiévaux pour être imprenable par l’ennemi. On s’imagine les batailles et les assaillants massacrés gisant dans les douves à la première entrevue de l’imposant monument. Malgré sa réputation de forteresse indestructible, le château finit par s’effondrer sous l’assaut de l’artillerie de France. En 1617, Richelieu envoie 3 000 hommes détruire la forteresse, afin d’affaiblir les places fortes des opposants au roi Louis XIII. Le château est attaqué par des boulets de canon de 16 kilogrammes, les tours et courtines sont en grande partie démolies. Le site en ruine le restera durant deux cent quarante ans. Le décor atypique devient un repère pour les artistes romantiques. En 1798, le château devient un bien national. En 1810, Napoléon Ier le rachète. En 1830, le service des monuments historiques est créé et le château y fait son entrée en 1848.

L’engouement pour Pierrefonds

Depuis l’Antiquité, Pierrefonds est réputé pour ses sources d’eau provenant des sept collines présentes sur le territoire. Ces sources d’eau sont considérées comme guérisseuses des maladies de peau, des reins ou des poumons. Des édifices voient le jour grâce à ces sources, comme l’église de Saint-Sulpice construite au XIe siècle. Le nom “Pierrefonds” vient du latin “petrae fontis” ce qui signifie sources qui s’écoulent de la roche. Au XIXe siècle, un parisien nommé Louis-Joseph Deflubé décide de valoriser ces sources d’eau aux multiples bienfaits. D’abord attiré par les ruines du château de Pierrefonds, il décide d’exploiter le potentiel du site en créant une activité thermale et en creusant un lac, toujours présent aujourd’hui. En 1850, Napoléon III et sa femme Eugénie, qui séjournent régulièrement à Compiègne, viennent visiter Pierrefonds et tombent sous le charme du site. L’architecte Eugène Viollet-le-Duc partage cet engouement, lui qui est passionné d’architecture médiévale. Il dédie au sujet un tome de son “Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle”. Prosper Mérimée, à l’époque inspecteur général des monuments historiques, mettra les deux hommes en lien et en 1857 Napoléon confie le chantier de restauration du château à Viollet-le-Duc. L’impératrice Eugénie aurait influencé le choix final de cette restauration, qui était en compétition avec le site du château de Coucy. L’histoire raconte qu’elle a noté deux fois le nom de Pierrefonds lors du tirage au sort pour assurer sa reconstruction.

La restauration atypique par Viollet-le-Duc

Fidèle à la base médiévale, Viollet-le-Duc vient apporter sa touche néo-gothique à la restauration du monument historique. L’édifice garde son aspect de château fort tout en arborant des mécanismes modernes comme l’utilisation d’acier pour les bras du pont-levis. Ce choc des époques et des styles inspire les réalisateurs de films, comme Walt Disney pour “la belle au bois dormant”.

Dès l’entrée dans la cour d’honneur, on est plongé dans une ambiance de légendes fantastiques par la présence d’animaux sculptés dans la pierre. Disposés le long des rampes d’escaliers, incrustés dans les façades ou faisant office de gargouilles, tous ces animaux, parfois hybrides, observent les visiteurs passant dans la cour pour rejoindre les différents corps de logis ou la chapelle.

En 1867, c’est l’année de l’exposition universelle. Napoléon III souhaite faire de Pierrefonds une vitrine du patrimoine français. Le château a vocation à devenir un musée. L’empereur fait don de sa collection d’armes et d’armures au musée. La collection impressionne les 150 000 visiteurs de la première année de l’ouverture du château-musée.

Plusieurs symboles rendent hommage aux figures emblématiques de l’histoire de Pierrefonds, comme la statue de Louis d’Orléans sur son cheval, devant l’escalier menant aux cuisines. Eugène Viollet-le-Duc est représenté en pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle à l’entrée de la chapelle. L’impératrice Eugénie est aussi présente par ses traits du visage reproduits sur la statue de la reine Sémiramis, ornant la cheminée de la salle des Preuses. Cette salle est entièrement dédiée aux guerrières de l’Antiquité. Elle est un des emblèmes du château.

Le château de Pierrefonds, forteresse fantastique en bordure de la forêt de Compiègne, est un monument très visité des Hauts-de-France. Marqué par des événements qui s’inscrivent dans sa pierre, il est aussi un témoignage d’une partie de l’histoire de France. Sa restauration, signée Viollet-le-Duc, crée un mélange des styles qui continue de fasciner les créatifs comme les amoureux du patrimoine.
Si vous souhaitez continuer votre séjour à la découverte du patrimoine des Hauts-de-France, vous pouvez aller visiter la cathédrale d’Amiens.

Mathilde Bouvachon

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