Harcèlement scolaire : comment le détecter et que faire ?

L’école a longtemps été considérée comme un lieu de socialisation et de protection. L’enfant est censé s’y sentir en sécurité et y trouver le soutien dont il a besoin. La notion de harcèlement scolaire a donc fait son apparition tardivement en France. Aujourd’hui, si un enfant endure des violences physiques et/ou psychologiques récurrentes de la part d’un ou plusieurs élèves, il est victime de harcèlement. L’école primaire et le collège sont les établissements les plus touchés. Avec le développement des réseaux sociaux, le cyberharcèlement a également vu le jour, et peut causer des ravages. Si vous craignez que votre enfant soit victime de harcèlement scolaire, nous vous expliquons comment détecter les symptômes pour agir au plus vite.

Harcèlement scolaire : comment le détecter et que faire ? - Le blog du hérisson

Quels symptômes peut-on repérer chez un enfant harcelé ?

Ne nous voilons pas la face, chaque enfant a son caractère. Il peut donc avoir des comportements différents s’il subit des violences. Si vous avez un adolescent, vous pouvez aussi considérer que les signes qu’il présente sont le reflet de la crise d’adolescence, et ne pas y accorder trop d’importance. Pour autant, certaines réactions, surtout si elles perdurent, ne doivent pas être prises à la légère. Ce n’est peut-être que du stress pour les examens… mais il faut s’en assurer.

• Il ne veut plus aller à l’école ou suivre les cours

Il fait tout pour arriver en retard, se dit malade, voire fait des crises violentes pour ne pas quitter la maison. 

Emma a été victime de harcèlement scolaire en CM1, mais n’a rien dit à ses parents. Tous les matins, elle faisait mine de ne pas réussir à mettre ses chaussures pour retarder le moment du départ. Au début, ses parents pensaient qu’elle faisait un caprice.

• Il présente des troubles physiques et/ou psychologiques qui le dérangent au quotidien

Votre enfant a toujours l’impression d’avoir mal quelque part. Il peut se plaindre de maux de ventre, nausées (il peut aller jusqu’à vomir), migraines… Tout autre signe inhabituel, et qui se prolonge, doit être pris en compte (eczéma, perte de poids…). 

Il est perturbé psychologiquement : il se renferme sur lui-même ou, au contraire, se montre agressif. Bien souvent, son sommeil et son appétit en pâtissent. Un enfant harcelé est épuisé, car en plus de mal dormir, il est constamment à l’affût du danger qui l’entoure à l’école. Les crises d’angoisse sont aussi fréquentes.

Avec l’apparition du cyberharcèlement, d’autres signes s’ajoutent : si vous sentez votre enfant perturbé quand il est sur son portable, s’il se cache pour lire ses messages… prêtez-y attention.

Emma a petit à petit commencé à avoir mal au ventre et envie de vomir. C’est son appétit qui a été vite perturbé, car elle refusait de manger. Elle a commencé à perdre du poids. Elle avait aussi de plus en plus de mal à sortir de la maison.

• Il a régulièrement des marques de coups

Autant certains signes de harcèlement scolaire sont compliqués à déceler, car ils peuvent être liés à d’autres facteurs, autant un enfant qui rentre souvent de l’école avec des marques de blessures physiques doit être pris en charge rapidement. C’est la preuve que d’autres s’acharnent sur lui. Si les élèves ne s’en prennent pas à lui directement, ils peuvent lui abîmer son matériel et ses vêtements.

Téo est rentré pendant quinze jours avec le pantalon déchiré et couvert de terre. Sa sœur, qui était dans la même école, s’est rendu compte que deux garçons le mettaient à terre à chaque récréation et lui marchaient dessus. Ses parents ont immédiatement alerté la directrice, qui a mis fin à ces actes. Cela ne s’est plus jamais reproduit.

• Ses notes sont en baisse

Subir la violence au quotidien fait peur et fatigue. Un enfant qui se retrouve dans cette situation ne peut plus se concentrer en classe. Il se retrouve en échec, car sa seule préoccupation est de fuir cet endroit.

Au bout de quelques mois, l’enseignante s’est mise à appeler fréquemment les parents d’Emma pour qu’ils viennent la récupérer, car elle ne se sentait pas bien physiquement. Ils ont commencé à comprendre qu’elle simulait pour pouvoir rentrer à la maison, car elle ne supportait plus de rester à l’école. Mais, murée dans le silence, il était difficile de comprendre ce qui lui arrivait. Même la psychologue avait du mal à cerner le problème.

Quelles mesures prendre si vous pensez que votre enfant est victime de harcèlement scolaire ?

Votre enfant peut finir par vous raconter ce qu’il endure à l’école. Ou alors, les signes sont tellement évidents que vous en avez la certitude. Mais que faire pour le sortir de ce cauchemar ?

• Discutez avec lui

Si votre enfant vous dit qu’il est harcelé, un grand pas est fait. Mais, bien souvent, ce n’est pas aussi simple, car beaucoup n’osent pas lâcher-prise. Plusieurs facteurs peuvent le pousser à refuser le dialogue :

  • il a honte de ne pas réussir à se défendre et a peur d’être jugé ;
  • son harceleur le menace d’exécuter certaines actions s’il se met à parler ;
  • il ne veut pas inquiéter sa famille…

Ce refus ne signifie en aucun cas qu’il ne vous fait pas confiance.

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Expliquez-lui que vous vous êtes rendu compte que quelque chose se passe, qu’il ne va pas bien, mais que vous allez tout mettre en œuvre pour le sortir de cette situation, que vous allez résoudre le problème.

Prenez le temps de discuter avec les autres parents, ses amis… Vous finirez par comprendre.

• Faites appel à des tiers pour régler le problème

Tenter de régler soi-même le problème est la plus mauvaise tactique. Si vous essayez de discuter avec les parents du harceleur, vous risquez d’être confrontés à un mur, voire à une réaction violente de leur part. La situation peut vite s’envenimer et les conséquences pourraient finir par jouer en votre défaveur. 

Si les parents vous présentent leurs excuses, cela ne vous assurera pas la fin des mauvais traitements.

• Contactez d’urgence la direction de l’établissement

Une fois informée, la direction doit prendre les mesures qui s’imposent en recueillant les propos de chacun et en proposant aux parents les solutions d’accompagnement adaptées à votre enfant. 

Vous avez aussi la possibilité de porter plainte auprès du commissariat de police ou de la gendarmerie.

Si l’enfant demande à changer d’école, il ne vaut mieux pas lui refuser, car ce sera trop difficile pour lui de rester dans un établissement dans lequel il se sent en danger. Faites une demande de dérogation en expliquant que celle-ci doit être traitée en urgence. 

Toutefois, Emmanuelle Piquet, spécialisée dans les thérapies brèves, a l’habitude de travailler avec les Apel, et tente de trouver des techniques permettant d’éviter le changement d’école. Son objectif : apprendre à la victime à s’affirmer devant son harceleur de façon à ce qu’il s’arrête.

Au bout de six mois, Emma a dit à ses parents qu’elle voulait changer d’école, et, à partir de ce jour, elle qui faisait des crises d’angoisse en permanence et ne se nourrissait quasiment plus, a recommencé à rire et à s’alimenter. Deux semaines après son changement d’établissement, elle a avoué à ses parents qu’elle n’avait pas pu leur parler de son harcèlement avant d’être partie de l’école, car son harceleur la menaçait de tuer sa maman.

• Utilisez les numéros verts mis en place pour les victimes de harcèlement

Certains établissements ont du mal à reconnaître le harcèlement, car cela nuit à leur image de marque. 

Dans ce cas, il est recommandé de contacter des inspecteurs formés pour prendre en charge les victimes, en composant le 3020 ou consultez le site dédié “Non au harcèlement.

S’il y a cyberharcèlement, contactez Net écoute au 0800 200 000.

Quand les parents d’Emma ont retiré leur fille de l’école et ont tenté d’expliquer au directeur qu’ils suspectaient des mauvais traitements, ce dernier a répondu qu’elle faisait un simple caprice. Pourtant, d’autres enfants commençaient à avoir les mêmes symptômes qu’elle au sein de l’école.

• Envisagez un suivi psychologique pour éviter les séquelles

Un enfant harcelé perd confiance, car son harceleur lui a fait croire qu’il était fragile et qu’il ne pouvait pas se défendre. Il subit une domination et se sent honteux de cette situation.

Afin qu’il puisse se sentir à nouveau sûr de lui et qu’il reprenne une vision positive de l’avenir, un suivi est souvent nécessaire. De nombreuses techniques efficaces existent, et lui permettront d’éviter des séquelles importantes. Psychologues, hypnothérapeutes, acupuncteurs… Le choix est large.

Malgré cette période extrêmement éprouvante, si vous faites preuve de vigilance et si votre enfant se sent soutenu, il pourra retrouver sa joie de vivre, et même en ressortir plus fort. 

Malgré les séances chez la psychologue, les angoisses et maux de ventre revenaient souvent chez Emma. Ses parents ont tenté l’hypnothérapie, et en 3 séances, les effets ont été spectaculaires. Emma a même dit à ses parents que, plus jamais, elle n’accepterait d’être violentée.

Harcèlement scolaire : comment le détecter et que faire ? - Le blog du hérisson

Une journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire a eu lieu le 7 novembre 2019 pour rappeler l’importance de la prévention et de la prise en charge des victimes. Dix nouvelles mesures ont été présentées et visent à mieux détecter les situations de harcèlement. Permettront-elles enfin de stopper ce fléau ?

Laurence Terroni

Pour respecter l’anonymat des enfants, les prénoms on été changés et les témoignages recueillis sont réels.

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