Le bambou, une alternative idéale au plastique ?

Halte au plastique ! Belzébuth des temps modernes, Judas de l’industrie, il faut l’enterrer ! Au sens propre, malheureusement… Tout le monde le crie : les Elmer Food Beat avaient tort ! Le plastique n’est pas fantastique ! Et même eux ont fait machine arrière en reprenant leur propre titre en 2019, le transformant en un moribond Le plastique c’est dramatique. Celui-ci voit pourtant sa production augmenter chaque année, face à des besoins toujours croissants d’emballages et d’objets du quotidien. La prise de conscience amène l’émergence d’autres matières, notamment le bambou, comme alternative idéale au plastique. Permettant de remplacer de nombreuses productions polluantes, ce végétal semble une réponse miraculeuse. Mais s’il recèle des propriétés utiles et étonnantes, il n’en reste pas moins dangereux pour notre planète. Explications.

Le bambou une alternative idéale au plastique - Le blog du hérisson

Le bambou : un matériau miracle ?

Il est probable que chacun d’entre nous possède au moins un objet en bambou. Une paille, une brosse à dent, un objet décoratif, ou autre. Mais le bambou, c’est quoi ?

Un truc qui pousse vite, et bien !

Le bambou est un végétal appartenant à la famille des graminées (herbes, plantes à fleurs) qui pousse principalement en… Stop ! Avant ces détails techniques dignes de Wikipédia, allons droit au but. Le bambou plaît à nos contemporains pour trois raisons principales : il pousse comme du chiendent (certaines espèces peuvent grandir d’un mètre par jour !), sa nature de végétal en fait un déchet « propre », et ses propriétés permettent de multiples utilisations. Nous y reviendrons juste après.

Donc oui vous avez bien lu, le bambou n’est pas un arbre. Il est invasif et peut conquérir rapidement de grandes étendues – prudence si vous en plantez chez vous, certaines espèces sont à éviter. Il n’a aucun besoin d’engrais ou d’irrigation pour produire des tiges pouvant atteindre 30 mètres de hauteur. Naturellement antimicrobien, aucun pesticide ne sera nécessaire à sa santé, et ses cultures vont se renouveler en cinq ans.

Côté physique, la tige est formée d’un chaume généralement creux, d’une rigidité remarquable, plus résistant que le bois ou même l’acier ! De fines mais grandes feuilles complètent sa silhouette élégante entrecoupée de cloisons qui en font autant de tubes fermés, caractéristique le rendant reconnaissable facilement.

Enfin, l’ami bambou va pousser en Asie principalement, et un peu en Amérique latine, sous des climats tropicaux voire tempérés. Il n’est pas présent naturellement en Europe : s’il y en a dans le jardin de votre grand-oncle, il n’est pas arrivé là tout seul.

Des vertus écologiques puissantes

C’est là que le bambou se démarque. Il se dégrade en quelques mois (neuf maximum), et sans nocivité puisqu’il s’agit d’un végétal : la parfaite matière biodégradable. Mais ce n’est pas le plus beau ! Le bambou fixe 30 % de CO² de plus que les arbres feuillus, et dégage davantage d’oxygène, effet amplifié par le nombre plus important de bambous qui pourront être plantés sur une parcelle par rapport aux essences d’arbres communes.

Également, ce végétal permet de lutter contre l’appauvrissement des sols, car il est peu gourmand en ressources. Il améliore l’infiltration de l’eau par son maillage de racines et la finesse de ses feuilles qui laissent passer davantage d’eau de pluie. Il constitue en outre un allié contre la dégradation des paysages car il limite l’érosion, une fois encore grâce à son emprise dans les 60 premiers centimètres du sol.

Ah ! Précisons que le panda ne souffre pas de notre passion pour le bambou : il déguste des variétés qui n’intéressent nullement l’humanité.

Le bambou en tant que plante, intervient positivement pour la préservation de l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique. Mais une fois coupé, les possibilités d’utilisation par l’homme sont très nombreuses et expliquent l’engouement de nos industries.

1, 2, 3… bambous ! Un matériau aux multiples usages

On ne sait même pas par où commencer. Par la salle de bains tiens, puisque nous y démarrons nos journées. Avez-vous remarqué que le bambou est en train de l’envahir ? Il s’est infiltré par la brosse à dents, et ressort par vos oreilles grâce à l’oriculi qui nous épargne la sévère pollution due aux cotons-tiges en plastique. Notez que vous pourrez conservez vos habitudes, car le bâtonnet plastique du coton-tige se voit progressivement remplacé dans nos magasins par un bâtonnet de… bambou ! Passons sur les récipients divers pouvant être constitués de ce végétal, vous pourrez enfin trouver du bambou dans vos tapis de bain, chiffons et même vos lingettes démaquillantes. Ce qui nous amène (habilement) au point suivant.

La fibre textile à base de bambou gagne ses lettres de noblesse, et en même temps de plus en plus de torchons, serviettes, taies d’oreiller, vêtements de toutes sortes, etc. Se présentant comme une alternative moins polluante et moins consommatrice en eau que le coton par exemple, ses productions multiples surfent sur la vague verte (publicitaire) de l’éco-responsabilité.

Un autre domaine dans lequel le bambou fait merveille est le bâtiment. Il commence à apparaître chez nous comme matériau à la mode sollicité par le design et l’architecture, plus décoratif qu’autre chose. Mais en Asie, il est à la base de nombreuses constructions. Au Bangladesh par exemple, 80 % des maisons sont en bambou. Ce dernier constitue aussi le matériau de nombreux ponts, échafaudages et autres édifices pouvant craindre les séismes. Car malgré sa rigidité, le bambou est un excellent matériau antisismique. Des gratte-ciels poussent notamment à Hong-Kong, cerclés de bambou. Des qualités qui s’exportent petit à petit dans un marché déjà devenu mondial !

Économiquement, une construction en bambou peut de plus revenir dix fois moins cher qu’un bâtiment en ciment ou en acier, car sa transformation est peu énergivore.

Enfin, vous trouverez du bambou dans votre décoration et vos meubles, parmi vos ustensiles de cuisine, sous forme de pailles, et même dans vos produits pour la peau ! Les applications n’ont de limite que l’imagination des concepteurs.

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Les revers du miracle bambou

Les yeux pétillants de reconnaissance pour la nature qui nous fournit une solution pour nous réconcilier avec elle, vous vous apprêtez à transformer tout ce qui vous entoure en bambou, tel le roi Midas des forêts. Pas si vite !

Le bambou vient de loin

On ne se rend plus compte du caractère étonnant de ce fait, mais plus de la moitié de ce que vous achetez vient probablement d’Asie. Concernant le bambou, cela ternit sérieusement l’avantage carbone que nous pensions obtenir grâce à cet aspirateur à CO² !

La majorité du bambou utilisé dans le monde vient donc de Chine, alors qu’il serait possible d’en cultiver localement. De la même façon que les usines de tous types sont délocalisées vers les pays à main d’œuvre bon marché ou aux avantages fiscaux attractifs, il semble que les bambouseraies n’aient pas vocation à se développer en Europe ou en Amérique du Nord.

Il est parfois empli de produits toxiques

Ensuite, à quoi bon acheter des savons solides, des lessives biologiques, si c’est pour dormir dans des draps en bambou ? Il faut savoir que la fibre de bambou n’a rien de naturelle lorsqu’elle se retrouve dans un produit textile.

En effet, le bambou est traité par le biais de multiples produits chimiques puissants et toxiques, comme le sulfure d’hydrogène, le sulfure de carbone ou la soude, afin d’obtenir ce que l’on appelle la viscose de bambou. Un produit transformé donc, qui ne peut plus se parer des appellations naturelles mais peut tout de même se vanter commercialement d’être issu du bambou. Sauf aux Etats-Unis, ou les étiquettes n’ont pas le droit d’appeler ce produit de la fibre de bambou, mais doivent indiquer la présence de fibre de rayonne.

Attention, notez qu’il existe des manières tout à fait respectables de produire de la fibre de bambou. Seulement, elles sont inapplicables à grande échelle et donc délaissées par nos industries.

Et il est cause de déforestations massives

On vous a gardé la plus triste claque pour la fin. L’huile de palme, cela vous parle ? Vous regardez probablement les étiquettes des produits afin de vous assurer de ne pas acheter ceux qui contiennent ce liquide. Ses propriétés sont excellentes mais sa production à grande échelle dévaste d’immenses surfaces naturelles en Indonésie. Eh bien, sachez que le bambou prend le même chemin catastrophique. Le monde occidental a besoin de bambou, alors on plante du bambou. Pas sur des zones inutilisées ou qui servaient avant à d’autres cultures. Pas que, du moins. Comme pour les palmiers à huile, l’Asie est en train d’arracher de la forêt vierge afin d’y installer toujours plus de bambouseraies.

Les forêts de bambous n’abritent que peu de biodiversité, comme toutes les monocultures. Et la demande est telle, que les proportions deviennent dramatiques, pour les pauvres animaux qui perdent leur habitat et pour la richesse de notre planète qui se transforme peu à peu (plutôt rapidement en fait) en usine à productions humaines. Aseptisée. Dénaturalisée. Désenchantée.

Développer le bambou : une fausse bonne idée ?

Introduction sympathique, pour toi lecteur

« Il tape sur des bambous et c’est numéro un ». Philippe Lavil n’avait pas tout à fait tort, le bambou peut mener au succès. Ses propriétés bénéfiques à la construction des bâtiments, à la production de multiples objets du quotidien, alliées à sa dégradabilité rapide, en font un matériau de choix. Il présente de nombreux atouts face aux autres solutions qui se développent, comme le recyclage du plastique, l’utilisation des algues ou encore de l’amidon de maïs.

En cultivant le bambou de manière raisonnée et localement, il est susceptible d’apporter un vrai plus tant dans la réduction indispensable de nos quantités de déchets non-biodégradables, que dans la lutte contre l’excédent de carbone dans l’atmosphère. Le principal frein à cela, c’est… nous !

Les exploitations de taille raisonnable et certifiées bio ne suffisent plus à répondre à la demande croissante des hommes d’affaires, qui fourmillent d’idées pour exploiter cette graminée à la mode. Que les consommateurs comme vous et moi nous empressons d’acheter, pensant effectuer un geste propre à sauver Flipper le dauphin et ses copains et à permettre l’harmonisation de la relation de l’humanité avec la nature. Oui ! Et non…

Oups… Le bambou n’est peut-être pas si génial

Malheureusement soumis aux travers de notre société de consommation, le bambou apparaît surtout comme un nouveau marché juteux, en phase d’industrialisation massive et donc de nuisances pour la planète. On estime à 60 milliards de dollars le marché du bambou à l’heure actuelle, pour des milliers d’usages possibles. Les pays d’Asie – notamment la Chine – en font état comme la solution écologique miracle leur conférant une auréole rédemptrice. Le phénomène est en train de s’étendre à l’Afrique.

Et c’est vrai ! Le bambou est biodégradable et en cela il remplace avantageusement le plastique. Cependant si nous détruisons les dernières forêts naturelles pour en planter, le jeu n’en vaut peut-être pas la chandelle ! Ce n’est pourtant pas une obligation. En réquisitionnant un faible pourcentage des surfaces agricoles (libérées par la pratique de la permaculture par exemple) pour produire du bambou, l’essentiel du mal serait évité.

De même, nous pourrions en limiter l’utilisation aux objets ne nécessitant pas de traitement chimique. D’autres matières plus adaptées existent. Comme le lin ou le coton biologique pour la fibre textile par exemple. Seulement la mode écologique est au bambou, et il se vend comme des petits coussins. Donc la viscose inonde le marché.

Enfin, une culture locale n’est pas à l’ordre du jour, car les pays asiatiques fournissent le bambou pour un tarif que nous ne pourrions égaler en le produisant en Europe. Même en comptant le coût du transport en sus. Il y a donc peu de chances de voir soudainement pousser des forêts de bambou dans le Limousin ou les Landes.

Ou alors à consommer responsablement

En résumé, le bambou pourquoi pas, mais en continuant à regarder les étiquettes. Comme pour tout finalement. Pour y voir plus clair, plusieurs labels sont apparus, parmi lesquels :

  • Le label FSC
  • Le label Rainforest Alliance

Ils vous rassureront sur plusieurs points cruciaux. D’abord sur la gestion durable des forêts et la préservation de la biodiversité. Ensuite sur les conditions de production, notamment les conditions de travail des employés. Sur l’âge de coupe, qui vous éclairera sur le sérieux du fabricant, car des bambous coupés trop tôt seront signe de moins bonne qualité. L’exigence de rentabilité amène souvent à de telles extrémités.

Veillez à vous renseigner enfin sur les étapes de transformation subies par ce que vous achetez pour vous indiquer la présence ou non de produits chimiques. Et sur la provenance des produits manufacturés : localisation de l’usine et des bambouseraies qui la fournissent.

Il ne vous reste plus qu’à faire vos choix en votre âme et conscience, car il vous faudra bien acheter les produits nécessaires, en bambou ou non.

Le bambou une alternative idéale au plastique - Le blog du hérisson

L’éternelle question reste la même, qu’il s’agisse de plastique, de bambou ou de toute autre alternative. A quel moment la sauvegarde de notre écosystème global primera enfin sur les intérêts économiques ? La guerre de l’argent, depuis longtemps gagnée par quelques-uns, se poursuit pourtant et ravage le futur de nos enfants. Chaque matière ou méthode de production présente des avantages et des inconvénients. Le véritable problème réside dans l’absence d’efficience environnementale de nos modes de production. Bâtir un monde durable consisterait à organiser dès aujourd’hui l’ensemble de l’activité humaine (en coopération planétaire) afin qu’elle prélève et renouvelle en continu les ressources disponibles, tout en assurant une gestion des déchets la moins impactante possible. Le bambou, lorsque nous y serons véritablement prêts, pourra nous y aider. Les réflexions en cours, émanant des citoyens mais aussi de chefs d’entreprises, sont encourageantes. Gardons espoir, nous tenons le bambou !

Guillaume Depaemelaere

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