Extraction du miel : de la ruche à votre tartine

Depuis qu’il est apparu, il y a 80 millions d’années, le miel attise les convoitises, aussi bien auprès des animaux que des êtres humains. Encore au XIXème siècle, l’extraction du miel à l’ancienne sacrifiait les abeilles en les noyant ou en les étouffant. Heureusement, les apiculteurs contemporains sont beaucoup plus respectueux. C’est devenu un métier d’une grande noblesse, surtout depuis 2019,où l’abeille a été déclarée “l’Être vivant le plus important sur la planète”. Aujourd’hui, c’est tout un art de récolter ce nectar jaune du rucher au pot de miel. Découvrez l’extraction du miel : de la ruche à votre tartine.

Extraction du miel : de la ruche à votre tartine - Le blog du hérisson
©Ulrike Leone

Quelle est la période la plus propice ?

Il existe deux périodes qui sont favorables à la récolte du miel. Elles ont lieu, selon un calendrier apicole, en juin, après la miellée du printemps et au mois d’août, après celle de l’été.

La miellée principale correspond au moment où la floraison est la plus importante. C’est à ce moment-là que la colonie prend de l’ampleur et que le nombre d’individus peut passer d’une moyenne de 10 000 en hivernation à plus de 50 000.

Si la disponibilité des fleurs mellifères est bonne, le rendement et les réserves, le seront également. Cela demeure crucial pour la pérennité de cette société miniature, puisque le stockage du miel est destiné à nourrir la colonie toute l’année.

Entre-temps, l’apiculteur a placé des hausses, en général deux, pour pouvoir accueillir tout ce petit monde sous le même toit. Les hausses servent à augmenter le volume de la ruche et contiennent les cadres dont l’apiculteur extrait le miel.

Suivant le type de miel que l’apiculteur veut obtenir, l’extraction n’aura pas forcément lieu au même moment. Il faut compter entre deux à quatre semaines après la miellée principale pour pouvoir récolter. Donc tout dépend de la saisonnalité des sécrétions nectarifères des fleurs sélectionnées.

Récolte du miel - Le blog du hérisson
©Fabio Grandis

Comment savoir que le moment est venu ?

Pour savoir s’il est temps de procéder à la récolte, l’apiculteur détient plusieurs indices qui le mettront sur la voie. 

L’observation reste l’une des qualités indispensables des meilleurs apiculteurs. Il s’enquiert de l’état de ses ruches régulièrement, ce qui lui permet de toujours anticiper la prochaine étape. Quand il aperçoit qu’au moins 80 % des cadres sont recouverts de cire par les abeilles, il sait que c’est le moment d’extraire le miel.

Pour les professionnels, il existe un appareil (le réfractomètre) qui permet de mesurer le taux d’humidité dans le miel qui doit être de 18 %. Ceci correspondant à l’observation faite précédemment. Si un miel est extrait avec un taux d’humidité trop élevé, il risque la fermentation.

Les différents procédés d’extractions

Il existe plusieurs techniques pour récolter le miel

• La récolte au souffleur

Elle est celle qui est la plus utilisée par les professionnels. Le principe consiste à souffler sur les abeilles pour les repousser vers le fond de la ruche. Elle permet de récupérer rapidement les hausses sans être gêné par ses hôtes. C’est la méthode la plus efficace et qui génère le moins de perte de miel.

• La récolte au chasse-abeilles

Ce procédé est très peu utilisée. Cependant, il reste celui où l’apiculteur prend le moins de risque. Le chasse-abeilles est une sorte de nasse qui permet de piéger les abeilles. La fumigation est modérée, et les coulées sont minimisées. Par contre, elle ne peut pas être mise en œuvre si le couvain se trouve dans la hausse.

• La récolte cadre à cadre

C’est la méthode traditionnelle la plus courante et la plus rapide. Elle se déploie à l’aide de la fumigation. L’apiculteur retire les cadres des hausses. Ces derniers seront immédiatement remplacés par des vides. Toutefois, cette méthode entraîne des coulées et donc des pertes de miel. C’est ce procédé que nous allons découvrir ici.

Comment se préparer à l’extraction ?

La décision est donc prise d’entreprendre la récolte. Cependant, l’apiculteur se doit d’apprêter le terrain. Suivant la situation géographique des ruches et donc, la distance entre ces dernières et la miellerie, les ruches peuvent être acheminées à proximité de la miellerie.

Effectivement, les cadres, une fois retirés de la ruche, ne doivent rester à l’air libre. Non seulement ils risquent d’attirer d’autres abeilles qui ne se gêneront pas pour « voler » le miel, mais en plus, ce dernier risque de durcir rapidement.

Quels équipements l’apiculteur utilise-t-il ?

La récolte du miel reste certainement l’un des moments les plus forts pour l’apiculteur. Il recueille là le résultat de ses efforts. L’apiculteur se munit donc :

  • d’une combinaison qui va du cou aux pieds ;
  • d’un chapeau d’apiculteur avec un voile ;
  • d’une paire de gants remontant jusqu’aux coudes ;
  • d’un enfumoir pour étourdir les insectes.
Extraction du miel : de la ruche à votre tartine - Le blog du hérisson
©Thomas Völcker

Quelles sont les différentes étapes de la récolte ?

Tout est prêt, à présent, pour entreprendre l’extraction du miel. Dans ce travail de récolte, tout est fait pour énerver le moins possible la colonie dans sa ruche. Même s’il est vrai que le fait de prendre le miel des abeilles représente pour elles un certain stress. Les abeilles domestiques ne sont habituellement pas agressives. Toutefois, il s’agit toujours de prendre ses précautions nécessaires afin de limiter les risques.

• Relever les cadres

Muni de ses équipements, l’apiculteur s’approche de la ruche. À l’aide d’un levier, il soulève le couvercle. Cela peut être relativement difficile, car les abeilles se sont appliquées à boucher tous les orifices avec la propolis présente partout dans la ruche. Et cette dernière est très résistante.

Une fois celui-ci écarté, il enfume doucement afin d’étourdir les abeilles. Cette action aura pour effet de faire descendre les reines dans la partie inférieure de la ruche. L’apiculteur pourra ainsi travailler en sécurité. Il retire les cadres des hausses, les uns après les autres. 

À l’aide d’une balayette, il écarte les abeilles récalcitrantes. Les cadres seront aussitôt remplacés par d’autres, vides. L’apiculteur laisse toujours une partie du miel dans la ruche afin que les abeilles puissent se nourrir. Il y préserve en général 20 kilos dans la partie basse de la ruche. Cette dernière est refermée avec ses nouveaux cadres vides et son couvercle.

La récolte reste un acte perturbateur pour les abeilles, et c’est la raison pour laquelle les apiculteurs et apicultrices s’appliquent à le réaliser le plus rapidement possible afin de rétablir le calme et l’équilibre essentiel au sein de la colonie.

• Désoperculer les rayons de miel 

Muni de ses cadres, l’apiculteur se rend dans sa miellerie afin de les entreposer. Puis il prend chacun de ses cadres et, à l’aide d’un couteau spécifique, il désopercule les rayons de miel de chaque cadre. C’est-à-dire qu’il va retirer la partie où les bouchons de cire occultent les alvéoles et couvrent la surface du cadre.  La cire sera ainsi récupérée pour réaliser de plaques de cire gaufrées qui serviront à refaire de nouveaux cadres, prêts à l’emploi. 

• Extraire le miel

Une fois les cadres désoperculés, ils passent à l’extraction. Il existe plusieurs façons de récupérer le miel :

  • les extracteurs de miel électriques ;
  • les extracteurs de miel manuels ;
  • la récolte manuelle. 

Dans les extracteurs électriques ou manuels, l’apiculteur place les cadres verticalement. Une vérification est effectuée sur le calage afin de ne pas endommager l’appareil ou les cadres en bois. Ces centrifugeuses ont remplacé avantageusement l’extraction du miel par pressage, avec moins de perte.

Le moteur est démarré ou la manivelle actionnée en la tournant de plus en plus rapidement. Grâce à la force centrifuge, le miel est éjecté sur les parois de la cuve de l’extracteur. Un orifice situé en bas de la cuve et muni d’un robinet permet de récupérer le miel. C’est l’un des moments les plus magiques pour l’apiculteur, car ce miel qui s’écoule de son extracteur est la récompense de plusieurs mois de travail.

Extraire du miel sans extracteur est tout à fait possible, c’est la récolte manuelle, les rayons de miel sont cassés dans un seau. Les rayons étant en cire, ils cèdent facilement. Une fois toute la récolte dans le seau, l’apiculteur écrase avec un gros presse-purée tous les rayons de miel, jusqu’à obtenir une bouillie. Il ne doit plus pouvoir attraper un morceau solide entre ses doigts.

Ensuite, plusieurs filtres étamines sont placés sur un deuxième seau, sur lesquels le miel en bouillie est versé. La patience est de mise, car ce genre d’extraction est très longue.

• Le maturateur

Le miel récupéré des extracteurs va passer d’abord par une passoire pour retirer les fragments et les plus gros résidus. Puis, il va rester dans le maturateur pendant environ une semaine. Les dernières impuretés, les résidus de cire et les différents débris vont remonter à la surface, formant une écume facile à ôter.

Que faire des cadres après extraction du miel ? L’apiculteur les replace à proximité de la ruche afin que les abeilles vident tous les recoins des cadres. Ainsi, rien ne se perd.

Récolte du miel - Le blog du hérisson
©Hans Braxmeier

• La mise en pot du miel récolté

Après maturation, il n’y a plus qu’à remplir les pots de miel (préalablement stérilisés) avec cet or jaune tellement apprécié. Il ne vous reste plus qu’à tartiner et apprécier chez vous ce délicieux nectar. 

Maintenant que vous savez comment récolter le miel d’une ruche, vous faites partie, en quelque sorte, des initiés et des privilégiés.

Cet aperçu d’une production apicole vous a-t-il plu ?  Si oui, laissez-nous vos avis dans les commentaires.

Nicolas Humez

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