Le combat de Rose Valland pour sauver l’art

Connaissez-vous Rose Valland ? Cette femme courageuse a sauvé 60 000 œuvres d’art au péril de sa vie pendant la Seconde Guerre mondiale ! Dès 1933, Hitler a imposé le modèle esthétique du IIIe Reich et a fait de l’art un réel enjeu politique. La jeune femme était bénévole au musée du Jeu de Paume lorsque celui-ci fut réquisitionné par les troupes allemandes. Alors que le site est devenu un lieu de transit des collections spoliées, elle a courageusement espionné les nazis afin de recueillir les informations nécessaires pour retrouver les œuvres. Le combat de Rose Valland pour sauver l’art en fait une figure incontournable de la résistance. Découvrez le portait d’une femme engagée pour la préservation du patrimoine sous l’Occupation !

Le combat de Rose Valland pour sauver l’art - Le blog du hérisson
©culture.gouv.fr

Le portait d’une femme engagée pour la préservation du patrimoine sous l’Occupation

• Un destin peu ordinaire

Rosa Antonia Valland dite Rose Valland est née en 1898 à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, une commune rurale proche de Grenoble. Son père, François Valland, était charron et maréchal-ferrant. Si rien ne laissait présager un destin hors du commun pour Rose Valland, c’est sans compter sur la persévérance de sa mère, Rosa Maria Viard, qui lui obtint une bourse d’études.

À l’époque où peu de femmes se lançaient dans un cursus universitaire, Rose Valland entre à l’École normale d’institutrices de Grenoble. Durant cette période, ses compétences en dessin la conduisent à l’École des Beaux-Arts de Lyon. S’en suit celle de Paris dès 1922, où elle commence en parallèle des cours à l’École du Louvre.

• Attachée de conservation bénévole

En 1932, Rose Valland devient attachée de conservation bénévole au musée des Écoles étrangères contemporaines, situé au Jeu de Paume dans le jardin des Tuileries. Fière de s’engager dans la préservation du patrimoine, elle assiste le conservateur André Dezarrois. Différentes missions lui sont confiées : organiser les rétrospectives, rédiger les catalogues, gérer les affaires administratives et logistiques, etc.

En 1937, Rose Valland réalise une exposition importante sur les femmes artistes en Europe. Passionnée, elle s’investit au sein d’un Paris alors foyer de l’avant-garde artistique avec Picasso, Braque ou encore Chagall. Pour gagner sa vie, Rose Valland enseigne dans une école d’art appliqué et écrit pour une revue culturelle.

Dix jours avant la déclaration de guerre à l’Allemagne nazie, le musée ferme. André Dezarrois est mobilisé, Rose Valland prend alors en charge la conservation des œuvres. Elle prépare les convois pour mettre à l’abri les collections au château de Chambord.

Musée des Écoles étrangères contemporaines - Le blog du hérisson
Musée des Écoles étrangères contemporaines, situé au jeu de paume

Le combat de Rose Valland pour sauver l’art pendant la Seconde Guerre mondiale

• L’art comme enjeu politique

Dès sa prise de pouvoir en 1933, Adolf Hitler impose le modèle artistique du IIIe Reich. Ancré dans une démarche politique, il dénonce l’art moderne qu’il retire des musées allemands. Les œuvres sont détruites ou vendues contre des devises étrangères pour alimenter les caisses du Parti. Les pays conquis par les troupes allemandes permettent d’enrichir la collection du Führer qui souhaite créer une gigantesque galerie des Beaux-arts à Linz, en Autriche.

Pour cela, les services culturels nazis sous les ordres de Goebbels rédigent un catalogue des réclamations connu sous le nom de rapport Kümmel. Les œuvres juives et franc-maçonnes sont pillées par le service dirigé par Alfred Rosenberg, théoricien du nazisme et responsable des biens confisqués. Ce dernier choisit le Jeu de Paume comme siège de ses opérations en 1940.

C’est donc par hasard que Rose Valland se retrouve au cœur de la spoliation du patrimoine pendant la Seconde Guerre mondiale. Le site est devenu le centre de tri des œuvres. Les collections sont conduites vers le musée d’Adolf Hitler, la collection personnelle d’Hermann Goering ou aux galeries allemandes.

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Rose valland

• Une espionne audacieuse

F°1. Disparition de 3 bagues. Nuit du vendredi 14/3. Basson, gardien de nuit. Emballage pendant la nuit de tableaux expédiés le samedi soir.

C’est ainsi que commencent les notes de Rose Valland.

Elle est très discrète donc les nazis ne se méfient pas et l’affectent au bureau du téléphone. Le combat de Rose Valland pour sauver l’art débute. Depuis ce poste, elle espionne les conversations pour retracer le parcours des œuvres dérobées. Elle récupère également les papiers dans les corbeilles pour les dupliquer chez elle avant de les rapporter le lendemain. Elle s’empare des négatifs des portraits du personnel, note et recense des informations, dont les dates d’enlèvement des œuvres et leurs destinations. Rose Valland, audacieuse, transmet toutes ses données au directeur des musées nationaux, Jacques Jaujard.

Un jour, elle fut surprise en train de relever des adresses. L’homme de main de Goering lui rappelle qu’elle pourrait être fusillée et une méfiance s’installe. Elle est régulièrement fouillée, suivie et chassée à quatre reprises de son poste. Sa déportation et son exécution sont même planifiées à la fin de sa mission. Elle échappe de justesse à cette condamnation tandis que les armées alliées découvrent le principal lieu de dépôt allemand, à savoir le château bavarois de Neuschwanstein.

Une héroïne du monde culturel vite oubliée

• Une figure de la résistance

En 1944 la Commission de récupération artistique (CRA) est créée sous l’impulsion de l’Éducation nationale pour retrouver les œuvres emportées en Allemagne. Rose Valland, figure de la résistance, est nommée secrétaire générale, et prend en charge de cette mission. Selon son estimation, 100 000 pièces auraient été acheminées en Allemagne entre 1940 et 1944.

En 1945, Rose Valland devient lieutenante puis capitaine dans l’Armée française et assure la liaison entre la CRA et le gouvernement français de la zone d’occupation en Allemagne. En 1949, un décret met fin aux activités de la Commission de récupération artistique. Le travail de Rose Valland et des Alliés aura permis de retrouver environ 60 000 œuvres d’art. En 1950, 45 000 avaient été restitués à leurs propriétaires.

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Rose Valland retrouve les collections spoliées durant la Seconde Guerre mondiale

• Quelle reconnaissance ?

Jacques Jaujard, frappé par le manque de reconnaissance de Rose Valland, a souhaité la promouvoir au poste de directrice du Mobilier national, mais sans succès. C’est seulement en 1952 que cette dernière est passée du statut de bénévole à conservatrice des musées nationaux de septième classe. Cet échelon étant le plus bas, elle avait un salaire minoré de 30 %. À contrario, son collègue à la Commission de récupération artistique, moins expérimenté, fut nommé conservateur de première classe avec une rémunération bien supérieure.

Ironie du sort, cette héroïne peu connue, décédée en 1980 est l’une des femmes les plus décorées de la nation : médaillée de la Résistance, chevalier de la Légion d’honneur et médaille de la Liberté par les États-Unis. Ces derniers lui ont rendu hommage à travers deux productions hollywoodiennes : Le Train en 1964 et Monuments Men en 2014. Mais, là encore, Rose Valland apparaît en second plan !

Rose Valland était une femme brillante et passionnée par le patrimoine culturel. Devenir bénévole au musée des Écoles étrangères contemporaines au Jeu de Paume était un réel bonheur. Mais son action prit une tournure particulière lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata. Le combat de Rose Valland pour sauver l’art fut héroïque. Elle a espionné l’ennemie et recueilli des informations au risque d’être exécutée. Après la guerre, elle a pu retrouver 60 000 œuvres ! Son engagement pour la France fut incroyable. Préservons à notre tour cette histoire et partageons là pour lui rendre honneur !

Francine Durand

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