Les bienfaits de l’écriture thérapeutique

Chaque vie est un roman, un poème en puissance. Chaque instant peut devenir récit, chaque émotion peut trouver ses mots : pas besoin d’être Homère, Proust ou Sagan pour s’emparer d’un stylo ou d’un clavier et coucher sur le papier, ne serait-ce qu’une phrase, sans but, comme ça vient, tout simplement parce qu’écrire, ça fait du bien ! Tour d’horizon donc, des vertus de l’écriture qui fait du bien, des bienfaits de l’écriture thérapeutique, multiples, insoupçonnables peut-être pour celui qui ne s’est pas encore lancé dans l’aventure.

Les bienfaits de l’écriture thérapeutique - Le blog du hérisson

Les bienfaits de l’écriture : partir à la découverte de soi

L’humain est un être de récits. Mais passer de la position de lecteur à celle d’écrivain ou d’« écrivant » ne coule pas de source. Cette démarche demande, en amont, un lâcher-prise, un courage certain : écrire, c’est accepter de partir à la découverte de soi, de se dévoiler à soi-même, d’envisager que ce « je » qui écrit est peut être un « autre », pour reprendre la célèbre formule d’Arthur Rimbaud dans sa Lettre du voyant, « Je est un autre ».

L’acte d’écrire comporte ainsi une prise de risque symbolique. « Écrire, c’est comme avoir un rendez-vous d’amour dangereux », disait Françoise Sagan, même si de nombreuses études montrent aujourd’hui qu’une fois dépassé l’inconfort de la page vierge, une fois posé le premier mot, écrire peut s’avérer extrêmement bénéfique.

• L’écriture de soi, jour après jour

C’est immédiat : mettre en mots des expériences vécues permet de prendre du recul. « Écrivez ! Noircir le papier est idéal pour s’éclaircir l’esprit » enjoignait Aldous Huxley. Le simple fait de raconter par écrit un événement établit une distance avec ce dernier et, ce faisant, facilite sa compréhension, son acceptation, a fortiori s’il s’agit d’un événement négatif.

Tout comme le rêve, l’écriture est un moyen de faire le point, de digérer symboliquement ce qui nous arrive jour après jour.

À une échelle temporelle plus ample, l’écriture de soi est une porte d’accès à son passé. Pour Annie Ernaux, qui a fait de l’autofiction son mode d’expression essentiel, « écrire c’est une activité du présent d’abord, qui essaie de sauver le passé, mais pas seulement, qui est aussi tournée vers l’avenir. Écrire, c’est en somme donner de l’avenir au passé. » Qu’elle prenne la forme d’un journal intime, de lettres, de poèmes, de nouvelles, l’écriture jette des ponts entre passé, présent et avenir, nous accompagne sur le chemin de l’existence.

• L’écriture, source de lucidité

L’écriture est également source de lucidité : elle éclaire le chaos, met de l’ordre dans le désordre, donne un cadre (la page, la ligne, les mots, la ponctuation) à la pensée. Elle est susceptible de débloquer des situations apparemment sans issue.

Intimement, écrire est une manière de sortir de la confusion, de se libérer de l’emprise d’émotions fortes, parfois handicapantes. « C’est ça l’écriture, confiait Marguerite Duras. C’est le train de l’écrit qui passe par votre corps. Le traverse. C’est de là qu’on part pour parler de ces émotions difficiles à dire, si étrangères et qui néanmoins, tout à coup, s’emparent de vous. »

• L’écriture cathartique, source d’apaisement et de libération

Autre bienfait corollaire de l’écriture : l’apaisement et la libération. Écrire est une façon de charger les mots d’un poids qui, jusque-là, alourdissait le cœur, de se délester d’un secret devenu trop envahissant ou simplement de laisser s’envoler une parole désireuse de s’exprimer. Pour le philosophe Jacques Derrida, « ce qu’on ne peut pas dire, il ne faut surtout pas le taire, mais l’écrire ».

Cette écriture libératrice et cathartique pourra rester intime ou être partagée. L’essentiel est qu’elle laisse parler le « moi », celui qui se cache, se tait ; celui qui ne demande qu’à vivre. « J’écris pour me parcourir, déclarait le poète Henri Michaux. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l’aventure d’être en vie. »

• L’écriture, source de créativité

Enfin, s’adonner à l’écriture est un formidable moyen de stimuler sa créativité : poser des mots sur une page blanche, c’est comme peindre un tableau. On commence par petites touches et puis surgit peu à peu une image, un récit. Que les mots soient confus, débridés, impressionnistes ou sagement ordonnés, peu importe. Il n’y a pas de lecteur pour en juger.

Au fil des mots, la parole se délie, conduit vers des territoires inconnus, sortis tout droit de l’imagination. Pour Stephen King, romancier prolifique, « l’acte d’écrire peut ouvrir tant de portes, comme si un stylo n’était pas vraiment une plume mais une étrange variété de passe-partout. »

• L’écriture, source d’acuité et de transformation

Ce « passe-partout » ouvre les portes de la fiction, mais aide aussi, tout simplement, à percevoir avec plus d’acuité le monde qui nous entoure. « Entre moi et le monde, une vitre. Écrire est une façon de la traverser sans la briser », formule ainsi poétiquement Christian Bobin.

Sur un plan plus spirituel, certains estiment qu’écrire sa vie ou plutôt s’écrire une vie est une rampe d’accès à la transformation, à la réalisation de rêves d’abord imaginés sur le papier. Écrire c’est devenir le héros de sa propre vie, prendre les rênes de son destin, amplifier son existence, gagner en vitalité : « L’écriture me donne le sentiment d’ajouter des jours à ma vie. », confie le prix Nobel de littérature J.M.G. Le Clézio. Pour le philosophe André Comte-Sponville encore, « partir, c’est mourir un peu. Écrire, c’est vivre davantage ».

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L’écriture thérapeutique : quand les mots soignent le corps et l’esprit

De nombreuses études démontrent aujourd’hui, scientifiquement, les bienfaits de l’écriture au quotidien. Plus étonnant, l’écriture thérapeutique, aussi appelée « graphothérapie », pratiquée sous le suivi de médecins spécialistes, s’est montrée efficace pour soigner certaines pathologies ou faire progresser des situations sociales et psychologiques complexes.

• La graphothérapie comme psychothérapie

Une étude américaine de 2018, rapportée dans le Journal of Experimental Psychology, suggère que noter une liste des choses à faire, juste avant de se coucher, contribue à pallier les problèmes d’endormissement, souvent liés à l’anxiété du lendemain et au flot continu des pensées.

Ce n’est là qu’un exemple parmi tant d’autres. Chez les enfants, la graphothérapie est très efficace quand surgissent des problèmes de dysgraphie. L’écriture thérapeutique peut aussi venir en aide à des jeunes en difficulté, favoriser leur intégration sociale, améliorer leur vie scolaire et professionnelle.

L’efficacité de la graphothérapie dans le cadre d’une psychothérapie a été en outre avérée pour atténuer, aussi bien chez les jeunes sujets que chez les adultes, les symptômes dépressifs ou certains troubles du comportement, comme les TOCS (troubles obsessionnels compulsifs) ou la dépendance aux drogues. La thérapie par l’écriture est enfin préconisée en psychiatrie, auprès de patients schizophrènes par exemple.

• La graphothérapie plutôt que les médicaments

L’écriture thérapeutique s’est révélée aussi performante que les médicaments pour soulager certaines maladies à composante psychosomatique.

Selon une étude publiée en 1999 dans le fameux Journal of the American Medical Association (JAMA), l’écriture aurait des effets sur l’asthme et l’arthrite rhumatoïde. Autre exemple étonnant : l’écriture aiderait aussi à la guérison des troubles coronariens survenant fréquemment à la suite de ruptures amoureuses traumatisantes.

• Cerveau gauche, cerveau droit : l’écriture comme voie d’accès à l’inconscient

S’il reste difficile d’expliquer scientifiquement l’efficacité de l’écriture thérapeutique, l’hypothèse qui prévaut est que cette pratique active de manière spécifique le fonctionnement de l’hémisphère droit du cerveau

Le langage humain et les processus sémantiques relèvent essentiellement de l’hémisphère gauche, associé à la rationalité. Mais il semble que le geste de l’écriture manuscrite recoure aussi à l’hémisphère droit, associé à l’intuition et à l’irrationnel. S’apparentant ainsi au dessin, au geste artistique, il entraînerait une foule de réflexes corporels et psychiques inconscients. Résultat : la voie de l’écriture manuscrite peut être empruntée pour accéder directement à notre inconscient ou à des parties refoulées de notre psyché.

La graphothérapeute Dominique Vaudoiset avance qu’habituellement, quand on écrit, « le geste va de la tête à la main. La graphothérapie [à l’inverse] va de la main à la tête. On commence l’exploration de soi-même, [on identifie] les blocages, les interdits, les transgressions inconscientes ». La graphothérapie ferait donc travailler différemment les deux hémisphères du cerveau. Elle établirait de nouvelles connexions entre le corps et l’esprit, ce qui expliquerait son efficacité thérapeutique.

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L’écriture thérapeutique : mode d’emploi

Aucune raison, donc, de se priver de l’écriture, comme simple hobby ou comme thérapie et pourquoi pas les deux à la fois ! Écrire est à la portée de tous et chacun dispose aujourd’hui de pléthore d’outils pour franchir le pas. 

• Écrire en solitaire

On peut écrire en solitaire, commencer à délier sa plume grâce à des exercices faciles, comme ceux proposés par Emma Scali, spécialiste en art-thérapie.

Il est aussi tout simplement possible de s’acheter un carnet que l’on griffonnera à l’envi. Et si le carnet devient trop petit, c’est qu’il sera temps de se choisir un joli cahier qui deviendra un journal intime. Aux États-Unis, la journal therapy a déjà fait de nombreux adeptes.

Établir une forme de ritualisation en prenant l’habitude d’écrire à heure fixe ou dans un cadre particulier peut aussi être une bonne idée. Il n’y a cependant aucune règle en la matière : certains préféreront écrire à l’aube, dans l’atmosphère calme et protectrice du foyer ; d’autres seront inspirés l’après-midi et aimeront se fondre dans les bruits chaleureux d’un café, entendre les cris des enfants jouant au parc ou se concentrer grâce au silence feutré d’une belle bibliothèque ; d’autres encore, attendront le soir et l’intimité tamisée de la chambre pour sortir le cahier d’un tiroir, comme Jo, l’héroïne du roman de Louisa May Alcott, Les Quatre filles du docteur March. À chacun son espace et son heure de prédilection.

• Écrire ensemble

Si vous ne trouvez pas l’envie d’écrire seul, pourquoi ne pas rejoindre un atelier d’écriture régulier ou profiter de vos vacances pour vous inscrire à un stage ? Mairies, associations, organismes privés proposent de nombreuses activités liées à l’écriture et animées par des professionnels de l’écriture créative, voire par des écrivains.

L’écriture que vous pratiquerez là n’aura pas forcément de visée thérapeutique, mais elle vous mettra le pied à l’étrier et peut-être vous conduira-t-elle à consulter un thérapeute. Même si la graphothérapie est une discipline encore assez marginale en France, il existe de nombreux graphothérapeutes, psychothérapeutes ou art-thérapeutes.

Quelle que soit la voie que vous choisirez, écrire ne pourra être que bénéfique et – cerise sur le gâteau – aucun « effet secondaire » n’est à déplorer à ce jour… Le seul risque sera peut-être de ne plus pouvoir lâcher sa plume, de se découvrir des talents littéraires, d’aboutir à l’écriture d’un roman, d’« intensifier sa vie » pour reprendre les mots de François Truffaut : « Qu’on écrive un roman ou un scénario, avait déclaré le cinéaste, on organise des rencontres, on vit avec des personnages ; c’est le même plaisir, le même travail, on intensifie la vie. »

Katia Sznicer

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