Pollution lumineuse : une menace pour l’écosystème

Reconnu patrimoine commun de l’humanité par l’ONU en 2010, le ciel étoilé devient rare. La cartographie de la pollution lumineuse est sans appel : 80 % des habitants de la planète ne peuvent plus admirer les étoiles. La cause : une pollution lumineuse insidieuse qui s’installe nuit après nuit. Au delà de la dégradation des conditions d’observation du ciel nocturne, la pollution lumineuse constitue une menace pour l’écosystème.

Pollution lumineuse : une menace pour l’écosystème - Le blog du hérisson

À l’origine de la pollution lumineuse

La pollution lumineuse se définit comme un excès de lumière artificielle générée par l’éclairage public des villes (voiries, parkings…). Les enseignes et les publicités des entreprises et des magasins localisés un peu partout en périphérie de nos agglomérations participent aussi à cette pollution. Autre source de nuisance lumineuse plus étonnante encore : la production de fruits et légumes sous serre pratiquée dans certaines régions. A l’entrée de la ville de Rennes, en Bretagne, pour produire des tomates en hiver, ce sont 17 hectares qui se trouvent baignés dans une lumière rose-violette toute la nuit.

Un éclairage nocturne qui met en péril des milliers d’espèces

L’éclairage quasi continu de territoires et d’espaces naturels modifie en profondeur le comportement des animaux et des insectes. Selon l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME), la lumière est la 2ème cause de mortalité des insectes après les pesticides. En effet, attirés par l’éclairage, ils deviennent des proies visibles très faciles pour les prédateurs ou bien ils meurent d’épuisement à force de tourner autour d’un point lumineux.

L’excès de luminosité en période nocturne impacte également le cycle de reproduction et désoriente les oiseaux migrateurs. En effet, plusieurs espèces d’oiseaux utilisent les étoiles pour se repérer lors de leurs migrations. Les stimulations lumineuses multiples les font dévier entraînant jusqu’à la mort des individus, épuisés à chercher leur chemin.

Enfin, chez les humains, l’horloge biologique est aussi très affectée par ces éclairages nocturnes qui bloquent la production de mélatonine (l’hormone du sommeil) et provoquent des troubles de l’endormissement. C’est ainsi tout notre cycle du sommeil qui s’en trouve perturbé.

L’éclairage nocturne source de gaspillage d’énergie

Selon l’ADEME, l’éclairage public en France, correspond à l’équivalent de la consommation électrique moyenne de 2 millions de ménages, soit 5,6 milliards de KWh. Pour les communes et collectivités locales, le budget lié à l’éclairage public équivaut à 50 % du budget électricité soit un coût très élevé. Mieux gérer l’éclairage public nocturne est donc un enjeu de taille en matière de réduction des consommations énergétiques.

Pour l’Association Française de l’Éclairage (AFE), deux problématiques principales se posent :

  • La durée de l’éclairage : dans les bâtiments tertiaires publics, qui représentent 12 % de la consommation totale d’électricité française, le temps de présence au travail est trop souvent bien inférieur aux durées d’éclairement des bureaux. Cela engendre des consommations d’énergie importantes et inutiles. Ce phénomène se vérifie également pour l’éclairage des espaces publics peu fréquentés la nuit qui peuvent être éclairés en continus ;
  • La vétusté du parc : le parc français de luminaire est vieillissant, entre  25 à 30 % des luminaires en service ont plus de 25 ans. Près d’un million de « ballons » fluos étaient encore en service en 2015. Ainsi, 4 millions de tonnes de CO2 sont rejetés inutilement par des dispositifs d’éclairage obsolètes dans le tertiaire.

Les moyens de lutter contre la pollution lumineuse

En France, la réglementation visant à lutter contre la pollution lumineuse est très récente. A la suite du Grenelle de l’environnement en 2009, plusieurs mesures ont été votées, elles concernent l’éclairage intérieur des bureaux, des vitrines, des publicités et des enseignes extérieures. Ce n’est que fin 2018, sous pression du Conseil d’Etat et des associations que de nouvelles avancées sous forme de décrets ont enfin été publiés.

L’extinction de nuit est rendue obligatoire pour certains lieux, comme les parkings ou les chantiers. Des mesures concernant l’orientation des éclairages, la puissance des flux lumineux et la protection des espaces naturels sont également mises en place.

Au-delà de la réglementation existante, la rénovation du parc et l’intérêt croissant pour les économies d’énergie motivent de nombreuses collectivités. Plusieurs se sont tournées vers les nouvelles technologies : le « smart lighting » ou l’éclairage intelligent. Celui-ci consiste à adapter l’éclairage d’un lieu aux besoins réels et de trouver des justes compromis entre la sécurité des personnes et l’impact sur la biodiversité.

Plus radicale, l’extinction totale la nuit reste encore limitée et peut faire débat. En effet, si les français sont globalement favorables aux baisses des dépenses d’éclairage et à la préservation de l’environnement, ils sont encore 90 % à considérer que l’éclairage public est un enjeu central de sécurité (source AFE). Du côté des collectivités, l’extinction totale n’est pas toujours considérée comme satisfaisante car les coûts liés à la maintenance et aux abonnements restent une charge fixe importante.

Sensibiliser et communiquer pour sauver la nuit

L’association pour la protection du ciel et de l’environnement  (ANPCEN), soutenue par le ministère a mis en place plusieurs dispositifs visant à valoriser les actions menées par les collectivités. Le label et le concours  « Villes et villages étoilés » ont pour objectifs de sensibiliser les élus et de récompenser les actions et initiatives intéressantes des collectivités en décernant des étoiles (jusqu’à 5 étoiles). 574 communes en France sont déjà labellisées.

L’association Agir pour l’Environnement engage également depuis 2009 des actions auprès des collectivités et des citoyens avec une campagne nationale « Le Jour de la Nuit ». Elle se donne pour mission de faire participer les citoyens et d’échanger sur le sujet  grâce à des ateliers, des conférences, des expositions.

4 réflexions sur “Pollution lumineuse : une menace pour l’écosystème

  • 21 avril 2020 à 11 h 09 min
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    Cet article est très intéressant et nous fait prendre conscience concrètement de la menace qui plane sur notre environnement. L’éclairage public, leur intensité à partir de certaines heures devrait être modulé et géré au mieux afin de protéger notre environnement.
    Corinne

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    • 21 avril 2020 à 13 h 35 min
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      Bonjour Corinne. Merci pour votre commentaire. Votre commune fait-elle quelque chose pour diminuer la pollution lumineuse ?
      Christophe

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  • 21 avril 2020 à 14 h 21 min
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    Bonjour Christophe pour répondre à votre question, il s’avère que je réside dans une petite ville de 54 000 habitants. La ville assure que l’éclairage public est en baisse avec 4000 h/an. Les enseignes lumineuses sont éteintes entre 1h et 6 heures du matin. L’intensité lumineuse des LED est abaissée à 50% à partir de 22h30, une réflexion porte sur 70%. Un lampadaire sur 2 reste allumé.
    Corinne

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