5 moyens éthiques de sécuriser son argent

Connaissez-vous l’histoire de ce vieux M. sans famille retrouvé mort dans une maison miteuse de montagne ? Sur son compte en banque, il possédait des millions et au fil des années passant, sa radinerie lui avait mis à dos tous ses proches. Sans en arriver à de telles extrémités, on oublie souvent que l’argent est un moyen, non une finalité. En même temps, que serait notre pouvoir d’agir en ce monde sans moyens, sans sérénité et sans temps libre, gracieusement offerts par quelques économies ?  Il doit bien y avoir un moyen d’épargner de façon déontologique pour que la richesse financière soit aussi une richesse morale ? Petit tour d’horizon sur les 5 moyens éthiques de sécuriser son argent. C’est parti !

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Trouver une banque éthique

Comment ça, une banque ? Revenons sur le principe de l’épargne si vous le voulez bien. Quand vous placez de l’argent dans une banque, une compagnie se charge de le faire travailler à votre place. La mise à disposition de votre argent effectif pour financer les projets choisis par un tiers justifie que votre placement ne vous coûte rien et dans certains cas, vous rapporte. Vous bénéficiez de tout un arsenal d’avantages proportionnel à votre épargne pour vous encourager à alimenter le contenu du coffre. Savez-vous qu’avec un couteau vous pouvez tuer quelqu’un ou couper des légumes pour savourer une délicieuse ratatouille entre amis ? Si si, c’est lié ! Avec le système bancaire c’est la même chose : il n’est pas mauvais en soi, ça dépend juste de la manière dont vous vous en servez.

L’épargne bancaire se justifie très bien dans nos types de sociétés dans la mesure où il permet à un écosystème social et économique de fonctionner de manière optimale. Il viabilise tout type de projet, les consommateurs peuvent disposer de leur épargne aisément et emprunter et les professionnels du métier se dégagent un salaire sur le service qu’ils fournissent. Jusque là tout va bien dans le meilleur des mondes possibles. Sauf… quand on trouve les failles et qu’on en abuse. Tout dépend par exemple des projets qui sont financés. Si votre argent contribue à délocaliser une entreprise qui exploite des enfants dans les mines de coltan en Afrique pour lancer une nouvelle gamme de téléphone chinois, peut-être la donne change-t-elle. Le consommateur peut donc exiger de connaître la philosophie de l’organisme auquel il confie ses finances.

Certaines banques ont des sociétaires et non pas des actionnaires, ce qui implique une supervision plus participative. Les liquidités sont utilisées à échelle locale et les membres votent en toute transparence les nouvelles orientations lors de l’assemblée générale annuelle. Ce moyen éthique pour sécuriser son argent n’empêche cependant pas des projets critiquables d’avoir lieu à l’échelle locale si la majorité des votants tranche pour. Mais tout comme en démocratie représentative, c’est le jeu de la minorité de se plier à la majorité. D’autres compagnies ont orienté leur politique économique sur la solidarité et l’entraide et financent des projets responsables qui doivent passer devant une commission. Le filtre du jugement engendrant nécessairement des désaccords, les résultats demeurent discutables et les délais sont plus longs. Les taux d’intérêts restent moins concurrentiels qu’ailleurs et les systèmes de maintenance plus lents. Ces contraintes qui ne conviennent pas à tous les consommateurs réduisent la masse des apports en circulation et donc les avantages réservés aux clients (le surplus des grands payant les avantages des petits). En gros, plus la banque est éthique, moins elle offre d’avantages immédiats.

Cependant, cette alternative reste bien plus saine que d’opter pour du low-cost où les intermédiaires s’engraissent sur la quantité au détriment de la qualité. Pour plus d’infos sur le sujet, vous pouvez consulter l’article « Les banques vertes : concilier économie et écologie ». Si les banques plus éthiques ont leurs défauts, on peut se ranger du côté d’Hanna Arendt en affirmant qu’agir accompagné de conscience, c’est déjà solutionner une partie du problème.

Sécuriser son argent avec les crypto-monnaies

Connaissez-vous le fameux bitcoin dont la valeur a flambé depuis quelques années, atteignant aujourd’hui plus de 50 000 euros ? Pour ceux qui pensent que dépasser les failles du système bancaire devient de plus en plus compliqué, la crypto-monnaie est un pari intéressant pour l’avenir. Qui peut garantir en effet qu’au lendemain d’un crack boursier, les banques ne couleront pas avec les économies de leurs clients. Les états ne disposant plus du droit de faire tourner la planche à billet, une faillite mondiale pourrait créer une panique générale sans précédent. Il deviendrait alors insensé d’avoir choisi le moyen bancaire pour sécuriser son argent de manière éthique.

Que sont les crypto-monnaies ? Des monnaies dématérialisées qui n’appartiennent ni aux états, ni à des élites politiques ou idéologiques et dont la valeur s’apprécie objectivement par le strict usage que les consommateurs en ont. La masse dématérialisée en circulation est limitée dès le départ, ce qui interdit l’inflation et elle est accessible de partout dans le monde, sans distinction de nationalité. Le stockage de ces unités est inédit, puisqu’il n’est pas centralisé mais dépend d’un système de blockchain. En gros, les données sont réparties chez des particuliers appelés des « mineurs » qui reçoivent des crédits en crypto-monnaies en fonction des services qu’ils rendent. Il n’y a donc pas de monopolisation hiérarchique de la valeur pour ceux qui gèrent le flux.

Certaines crypto-monnaies comme le bitcoin ont eu un succès tel que les multinationales de la finance s’y intéressent de près (Paypal, la Française des jeux, etc.). On comprend assez bien en quoi un mode de financement participatif sérieux peut-être une menace pour le pouvoir installé et l’urgence pour les gouvernants de maîtriser cette économie. Il existe déjà une coinbase (banque virtuelle) à laquelle est associée une gamme de cartes de crédit avantageuses. Ces dernières payent la plupart des frais courants traités par les cartes classiques. Certaines cartes se paient au départ et permettent de débloquer d’un seul coup jusqu’à 500 000 bitcoins sans engendrer le moindre frais annexe. D’autres génèrent des avantages en bitcoin sur certains produits de consommation courants ou certains services. Intéressant non ?

Si vous voulez sécuriser votre argent, les crypto-monnaies sont une option plutôt sage dans la mesure où le risque qu’elles descendent en dessous de leur valeur de lancement est quasi nul. Certains comptent encore sur le bitcoin pour atteindre plus de 100 000 euros dans les prochaines années. Il reste possible d’acheter des fragments appelés satoshis. Sinon, on peut parier sur le succès futur de crypto-monnaies encore méconnues qui pourront elles aussi avoir leur propre système de gestion si elles rencontrent leur public. On peut penser au VeChain au Cardano ou au Yota. Tout reste une question de perspectives et de croyances !

Investir dans le savoir-être et le savoir-faire

On fait une pause philosophique dans cette mer technique ? Matériellement et moralement, la valeur de l’argent n’est attribuée qu’au fait qu’il soit utilisé et qu’il circule. Moralement, l’argent n’a d’importance qu’en tant que moyen, le bout de papier qui le matérialise n’ayant aucun attrait en soi. Matériellement, plus l’argent sert à acheter de vraies choses utiles, plus sa valeur augmente. Tout ça pour dire que sécuriser son argent, c’est aussi garantir sa valeur en l’utilisant !

De plus, imaginons que la richesse qu’on possède ait été investie en savoir-être et en savoir-faire, autrement dit qu’elle soit à l’intérieur de nous et non à l’extérieur. Ne nous sentirions-nous pas nourris et grandis en permanence ? Comme l’affirme Bartabas, le célèbre écuyer de spectacle équestre génial et misanthrope « Tout ce qui n’est pas transmis est perdu ». En effet, à l’heure du grand départ, si on peut espérer transporter une valeur dans l’invisible, c’est bien ce qu’on aura été et ce qu’on aura fait. Utiliser l’argent pour faire ce qu’on aime, c’est le meilleur moyen de ne pas le perdre. Vous aurez l’assurance que ce qu’il adviendra après sera déjà gorgé de vos expériences passées et de nouveaux possibles.

De plus, sécuriser son argent, c’est aussi apprendre à optimiser sa valeur. 10 personnes pourront avoir des manières complètement opposées d’utiliser 1500 euros de salaire mensuel, du fait de la hiérarchie intrinsèque qu’elles accorderont aux frais quotidiens. C’est ce que Pierre Rabhi appelle la sobriété heureuse. Entendons-nous bien, les critères de satisfaction sont propres à chacun et personne n’a le droit de juger vos ambitions et vos objectifs. Simplement, savoir ralentir et apprécier les joies courantes est une manière gratuite et efficace de valoriser un donné et… de sécuriser son argent de manière éthique.

Connaissez-vous la fable que raconte Frédéric Lenoir dans l’âme du monde ? Un homme assis au bord d’une rivière contemple le courant. Un entrepreneur passe et lui affirme qu’il aurait beaucoup plus s’il se levait pour aller travailler. « Tu pourrais avoir une maison et une belle voiture », « Pourquoi faire ? », « Pour rencontrer quelqu’un et fonder une famille », « Pourquoi faire ? », « Pour cotiser pour ta retraite et pour profiter de la vie », « C’est déjà ce que je fais ! » Investir dans le savoir-faire et le savoir-être ne coûte rien et rapporte beaucoup.

Épargner dans du palpable pour sécuriser son argent

Connaissez-vous la différence entre le capital et la finance ? Le capital est une valeur qui se rapporte à quelque chose de réel tandis que la finance est une valeur ex nihilo qui peut varier considérablement en fonction de l’habileté à manipuler la rareté. C’est ce qu’on appelle la spéculation. Par exemple, des traders achètent des tonnes de gasoil qu’ils font disparaître de la circulation, les prix flambent et au moment où la demande est à son comble, ces mêmes traders revendent la marchandise à prix d’or. Ce système induit un dérèglement total de l’étalonnage de la valeur, ce qui a un impact catastrophique sur la vie concrète des gens (vous voyez ce qu’on veut dire par les temps qui courent ?). S’employer à faire coïncider la valeur de son argent avec quelque chose de nominal est donc un acte citoyen. La spéculation existe dans tous les cas, dans la mesure où une vente est toujours la rencontre entre le prix aléatoire d’un vendeur et les moyens d’un acheteur. Le fait qu’on cherche à faire correspondre ce prix à quelque chose de vrai est un garde-fou sans commune mesure avec la finance.

À ce moment-là, il s’agit de choisir un bien qui aura peu de chance de subir l’inflation ou alors, qui vous sera toujours utile si la valeur vient à baisser momentanément. Par exemple, une maison avec du terrain dans lequel vous pourrez faire un potager, faire grandir vos enfants et inviter des amis. Quel que soit le bien physique, il dépend toujours des fluctuations extérieures (dévaluation, vol, vice caché, etc.) ce qui est la contrainte inaliénable avec laquelle il faut composer. Qu’il s’agisse d’or ou de diamants, d’une œuvre d’art, d’une cave à vins, d’objet rares de collections comme des livres, d’appartements à la location ou à la vente, d’un cheval de sport, la valeur peut passer subitement à zéro pour des raisons imprévisibles. C’est pour cela qu’il vaut mieux connaître son sujet pour sécuriser son argent de manière éthique.

Pour être plus sûr de votre coup, vous pouvez aussi parier sur un projet réel qui vous tient à cœur et que vous pourrez faire fructifier sur le long-terme. On peut penser à toutes les auto-entreprises qui vont marcher à l’avenir. Là encore, même si épargner dans du palpable est pragmatique, vous ne pourrez jamais éliminer complètement la part d’incertitude. Mais à la fin, c’est vous qui vous chargez d’évaluer le bénéfice et le risque, pas une banque. Dans tous les cas, l’expérience de vivre ses convictions ou sa passion est une gratification qui dépasse de loin un bénéfice notoire.

Un des domaines sur lesquels on peut parier généreusement sont les biens virtuels comme les boutiques en ligne et les blogs. Ces biens entrent dans la catégorie du palpable puisqu’ils fournissent des informations, des contenus et des savoirs. Toutefois, plus on avancera dans le temps, plus la concurrence sera rude. À vous de trouver un domaine de niche où votre argent fera des petits en toute intégrité !

Devenir investisseur solidaire pour sécuriser son argent

Le meilleur pour la fin, bien sûr. Vous vous souvenez du couteau ? L’appréciation qu’on en a dépend de la manière dont on l’utilise. Avec le système bancaire, on n’est pas totalement libres d’utiliser son couteau à sa guise, puisqu’in fine, les décisions appartiennent à la banque. Et si c’était vous qui vous chargiez de trouver les projets qui vous inspirent profondément ? Car faire dormir son argent quelque part est un risque gratuit et sans panache. Devenir investisseur solidaire vous permet de sécuriser votre épargne en mensualités déductibles d’impôts, tout en sachant exactement quel projet vous faites vivre. Et ça c’est super gratifiant !

Comme toujours dans les projets solidaires, les contreparties sont aussi humaines. Sur un habitat participatif par exemple, vous avez la possibilité d’être logé gratuitement si vous voulez passer un séjour dans le secteur. Vous pouvez aussi participer aux comités d’actions pour en apprendre davantage sur les modes de gouvernance alternatifs et prendre part à des ateliers interactifs. Ce complément sous forme de troc est une autre façon de se réapproprier le vrai prix des choses. Il existe des sociétés qui se chargent de ficeler les contrats pour que les accords de prêt tiennent la route au long court et définissent clairement les attentes de chacun.

Une autre alternative a vu le jour il y a quelques années pour les créateurs d’entreprises. Il s’agit d’un autre type d’actionnariat qui donne le droit à des réductions sur les futurs biens et services qu’une entreprise va produire. Par exemple, parrainer une chèvre dans une laiterie donnera droit à un quota de fromages mensuel et la possibilité de venir voir comment le travail se passe. C’est toujours plus sain de connaître le circuit dans son intégralité et à la fin, on est gagnant sous toutes les coutures ! De plus en plus d’investisseurs éco-responsables optent pour cette solution avec des sites comme Terre de lien ou la Cigale.

Vous arrivez à la fin de cet article qui nous l’espérons vous a plu ! Vous connaissez l’actualité du sujet 5 moyens éthiques de sécuriser son argent et vous avez hâte d’avoir un argumentaire solide lors des interminables débats d’idées qu’il suscite. Voilà chose faite ! Sachez qu’il existe beaucoup d’associations et d’institutions qui travaillent chaque jour à élaborer les possibles de demain, grâce à une approche du droit et de l’administration plus humaine. Nous sommes convaincus que se donner des cadres financiers plus justes ouvrira les portes d’une nouvelle abondance, respectueuse de chacun.

Et vous ? Qu’en dites-vous ?

Charlotte Allinieu

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