80 ans de la Départementalisation de La Réunion
Le 19 mars 1946, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et la Réunion deviennent officiellement des départements français. Adoptée à l’unanimité, la loi est portée par quatre élus, Aimé Césaire (Martinique), Léopold Bissol (Martinique), Gaston Monnerville (Guyane) et Raymond Vergès (La Réunion). Depuis l’abolition de l’esclavage en 1848, les habitants des « vieilles colonies » réclamaient une véritable égalité avec ceux de la métropole. Cette année, nous célébrons les 80 ans de La Départementalisation de La Réunion, laquelle a marqué la fin du statut colonial et l’entrée de l’île dans le droit commun de la République.

Le texte de la loi du 19 mars 1946
LOI n° 46-451 du 19 mars 1946 tendant au classement comme départements français de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Réunion et de la Guyane française.
L’Assemblée nationale constituante a adopté, le Président du Gouvernement provisoire de la République promulgue la loi dont la teneur suit :
Art. 1er. – Les colonies de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Réunion et de la Guyane française sont érigées en départements français.
Art. 2. – Les lois et décrets actuellement en vigueur dans la France métropolitaine et qui ne sont pas encore appliqués à ces colonies feront, avant le 1er janvier 1947, l’objet de décrets d’application à ces nouveaux départements.
Art. 3. – Dès la promulgation de la présente loi, les lois nouvelles applicables à la métropole le seront dans ces départements, sur mention expresse insérée aux textes.
La présente loi, délibérée et adoptée par l’Assemblée nationale constituante, sera exécutée comme loi de l’Etat.
Fait à Paris, le 19 mars 1946
Félix GOUIN.
Par le Président du Gouvernement provisoire de la République : Le ministre de la France d’outre-mer, Marius MOUTET. Le ministre de l’intérieur, André LE TROQUER.
Les avancées de la départementalisation
► Désenclavement
La départementalisation de La Réunion entraîne un désenclavement, qui bouleverse le cadre de vie. Il se traduit par des investissements publics dans les routes, les réseaux d’eau potable, l’électrification et les équipements structurants qui assurent une meilleure liaison entre les territoires. Le chantier de basculement de l’eau, le développement des périmètres irrigués et le plan radier départemental s’inscrivent également dans cette optique de désenclavement. Si la culture traditionnelle de la canne à sucre est préservée, la diversification des productions agricoles crée les conditions de l’autonomie alimentaire. Enfin, les infrastructures portuaires et aéroportuaires, dont l’aéroport Roland-Garros, ouvrent La Réunion sur son environnement régional et international et renforcent son attractivité sur le plan économique.
► Logement
Durant la période précédant la départementalisation, la majeure partie de la population vit dans des logements précaires, souvent sans eau courante ni équipements sanitaires. À l’orée des années 1950, des politiques de résorption de l’habitat insalubre sont déployées. Les divers quartiers sont peu à peu restructurés, dotés de voiries, de réseaux d’eau et d’assainissement. Entre les années 1970 et 1990, le développement général du logement social améliore durablement les conditions de vie d’un nombre important de familles. Ces politiques d’aménagement sont mises en œuvre dans une volonté de cohésion sociale et territoriale.
► Santé
La départementalisation permet une évolution essentielle dans l’accès aux soins. La construction d’hôpitaux modernes dans les villes principales et la création de centres de santé dans les communes rurales transforment durablement le paysage médical. Les campagnes de vaccination endiguent les maladies infectieuses tandis que le taux de mortalité infantile baisse considérablement. Les investissements effectués améliorent la qualité de vie de la population et la santé publique sur le long terme. Les parcours de prévention et de sensibilisation, dont l’action des services de Protection maternelle et infantile, contribuent également à cette dynamique.
► Éducation
La départementalisation révolutionne un système éducatif autrefois réservé à une élite. La scolarisation se généralise, l’analphabétisme recule sensiblement, grâce à la construction de collèges et de lycées sur l’ensemble du territoire. Des filières professionnelles et techniques se développent pour répondre aux besoins locaux et de nombreux jeunes poursuivent leurs études à l’Université de La Réunion. Cet accès généralisé à l’éducation favorise l’insertion professionnelle des nouvelles générations et la réduction des inégalités territoriales.
► Culture et sport
La départementalisation rayonne enfin sur les plans culturel et sportif. L’édification de bibliothèques, médiathèques, théâtres, musées et salles de spectacle favorise un accès universel à la culture sur l’ensemble du territoire. En outre, la construction de stades, gymnases, piscines et équipements de proximité contribue à l’essor du sport, formidable outil d’éducation, de cohésion sociale et de santé publique.
Sous la Cinquième République, des élus portent la revendication de l’indépendance dans les « vieilles colonies ». En effet, le pouvoir central avance lentement sur le chemin de l’alignement des droits sur la législation hexagonale. Fruit de l’alternance politique de 1981, le gouvernement finit par consentir à donner davantage de pouvoirs aux exécutifs locaux. Les lois de décentralisation puis une succession de statuts ad hoc modifient en profondeur le paysage institutionnel de la France d’outre-mer. Néanmoins, 80 ans après la Départementalisation de La Réunion, la demande d’égalité demeure dans des territoires toujours marqués par les disparités issues de leur passé colonial.
Georges Latchimy
80 ans de la Départementalisation de La Réunion

