Addiction : quels mécanismes sont impliqués ?

Avec plusieurs millions de personnes concernées en France, la dépendance est un véritable enjeu de santé publique. Qu’il soit déclenché par une substance ou une activité, ce comportement compulsif a des conséquences désastreuses sur les personnes touchées. De nombreuses recherches tentent de mettre en lumière les éléments à l’origine de ce trouble psychologique. Aujourd’hui reconnue comme une maladie neurologique, quels mécanismes sont impliqués dans l’addiction ?

Addiction : quels mécanismes sont impliqués ? - Le blog du hérisson

L’addiction, un processus scindé en trois phases

Lors d’un usage ponctuel, une substance (ou activité) procure une satisfaction sur le court terme. Le comportement addictif se manifeste progressivement, si cette utilisation se révèle plus poussée.

1- La recherche de plaisir

L’attitude relative à une addiction ne se manifeste pas au premier contact avec l’objet déclencheur. La prise d’un produit dit addictif (drogue, alcool, etc.) ou une pratique donnée (dite addiction sans substance) active un « système de récompense » du cerveau, initialement indispensable à la survie de notre espèce. Il permet en effet la libération de dopamine dans l’organisme, une molécule distribuant des messages entre les neurones. Ce fonctionnement est très utile pour l’assouvissement de nos besoins vitaux.

Dans le cas d’une conduite compulsive, ce dispositif physiologique est perturbé et n’est plus régulé correctement. La sensation de plaisir est ainsi démultipliée, ce qui crée un mécanisme de « renforcement positif ». Les messages neuronaux transmis ainsi impactés vont développer une sorte de tolérance à cette stimulation.

Ainsi, les personnes addictes vont constamment rechercher ce plaisir par l’apport de la substance extérieure, en augmentant la fréquence et la quantité de leur consommation.

2- L’état émotionnel qui se dégrade

Le taux de DA libéré dans l’organisme, en réponse à l’action addictive, diminue progressivement. La sensibilité aux molécules impliquées étant moins importante, la satisfaction ressentie sera donc moins significative. Par ailleurs, certaines fonctions cérébrales subissent des modifications, entraînant du stress et des émotions négatives chez les personnes atteintes.

C’est alors un cercle vicieux qui se met en place, dans lequel le plaisir n’est trouvé que dans l’excès. En effet, seuls l’augmentation de la dose, ou du temps passé sur la pratique soulageront cette sensation de manque. L’intérêt initial de cette consommation, qui visait la recherche de bien-être, se résume désormais à retrouver un état normal.
La santé physique et mentale des individus « accros » est fortement impactée, conduisant dans les cas les plus graves à la dépression et des risques suicidaires.

Depuis 2019 les chiffres ont littéralement explosé avec plus de 126 % de passages aux urgences pour des idées suicidaires chez les 11-17 ans et une augmentation de 30 % des tentatives de suicide. (Charles-Édouard Notredame, pédopsychiatre au CHU de Lille)

3- L’incapacité à résister

À ce stade, les capacités d’autorégulation sont fortement altérées. Il est presque impossible pour les malades d’aller à l’encontre de leurs envies, même en étant conscients des conséquences.

Les scientifiques ont observé, par imagerie médicale du cerveau, un certain nombre de défaillances chez les personnes addictes. Sont constatées, en effet, une diminution des flux sanguins, une accélération de la partie située à l’avant du cerveau (cortex frontal) et une suractivation des régions induites dans la motivation, la mémoire, etc.

La faculté à prendre des décisions est erronée, poussant les victimes d’addiction à faire des choix incongrus. Ce phénomène s’illustre bien dans le cas des jeux d’argent. Le gain génère une émotion positive et devient la source du bonheur. Et même si les pertes se succèdent, le joueur garde espoir et retente sa chance en misant toujours plus, bien qu’il connaisse les dessous des lois de probabilité.

Une pathologie induite par plusieurs facteurs de risque

Les études démontrent que la dépendance est une maladie comportant des composantes variées.

D’une part, le potentiel addictif du produit ou de la pratique a un rôle clé. La sensation de manque peut se faire ressentir après seulement quelques prises (héroïne, cocaïne…), et parfois très lentement (alcool, sexe…). La nature et l’intensité de leur interaction avec les neurotransmetteurs sont déterminantes dans l’installation de ce désordre mental.

D’autre part, l’environnement dans lequel vit la personne va aussi avoir une influence (stress, cercle social, cadre familial…). Il s’avère, en effet, dans le cas de la nicotine, qu’un individu évoluant dans un foyer de fumeurs verra son risque de devenir addict à la cigarette fortement augmenté.

De la même façon si, durant l’adolescence, un contact existe avec certaines substances psychoactives, les chances d’en utiliser régulièrement à l’âge adulte sont alors plus fortes. Notons qu’en France, 15 % des 18-44 ans consomment, fréquemment et ensemble, alcool, tabac et cannabis.

Une inégalité réelle face aux mécanismes de l’addiction

Bien que l’accoutumance découle d’éléments externes, il semblerait que quelques susceptibilités génétiques individuelles soient également en cause. Pourquoi certaines personnes, face à une même situation, deviennent-elles « accros » ou pas ?

Il a déjà été démontré que des liens existent entre troubles mentaux et produits (psychose/cannabis, alcool/psychostimulants…). Des antécédents psychologiques favorisent potentiellement le développement d’addictions, et inversement, des cas de dépendance induisent des maladies psychiatriques.

En effet, l’activité des neurotransmetteurs, impliqués dans la production de dopamine, varie selon les personnes. Le circuit de la récompense du cerveau est hypertrophié, et accroît le sentiment de motivation ou encore de désinhibition, encourageant donc à renouveler l’expérience.

Par ailleurs, certains gènes seraient concernés dans le métabolisme des drogues, impactant alors positivement la disponibilité de ces substances dans l’organisme. Ces variabilités expliqueraient que des individus soient plus vulnérables aux comportements compulsifs vis-à-vis des psychotropes.

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Effet de la cocaïne au niveau d’une synapse (région de contact entre deux neurones) ©Maxicours.com

Si la science n’a pas fini de relever ce qui se cache derrière les mécanismes de l’addiction, plusieurs pistes semblent confirmées. Des études sont menées actuellement sur les modifications épigénétiques, qui pourraient aussi être à l’origine de ce trouble. Toutes ces recherches visent une meilleure compréhension de cette psychopathologie. Elles offrent des perspectives thérapeutiques encourageantes pour la prise en charge des patients.

Maëva Yvenat

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