Aquitaine : 3 siècles sous la couronne d’Angleterre

Vous connaissez tous la Gascogne, cette belle province dans le Sud-Ouest de la France. Comme toutes les régions de notre pays, elle a son histoire. L’influence anglaise y est toujours très marquée et le caractère des Gascons est là pour le rappeler. Découvrez l’histoire de l’Aquitaine et de ses 3 siècles sous la couronne d’Angleterre durant lesquels cette région, appelée autrefois la Guyenne, était très convoitée et comment elle fut à l’origine de la Guerre de Cent Ans.

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Il était une fois, un mariage…

L’Aquitaine devint anglaise en mai 1152, par le mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec le duc de Normandie et comte d’Anjou, qui devint roi d’Angleterre en 1154 sous le nom d’Henri II de Plantagenêt

La reine Aliénor d’Aquitaine, fille de Guillaume X duc d’Aquitaine ou Guillaume VIII comte de Poitou, n’en est pas à son premier mariage. Elle s’était effectivement mariée avec le roi de France Louis VII, le 1er août 1137, à Bordeaux, en la cathédrale Saint-André. Mais cette première union est dissoute 15 ans plus tard, le 21 mars 1152.

Elle est, au moyen-âge, l’un des personnages les plus influents de toute l’Europe.

Avec cette union, Aliénor et Henri II ont plus de possessions que le roi de France lui-même. Après avoir reçu la couronne d’Angleterre, Henri II fait venir sa cour à Bordeaux à la Noël 1156, pour y recevoir l’hommage de ses vassaux aquitains et gascons. C’est ainsi que débute une série de conflits qui durera plusieurs siècles entre les deux couronnes, avec Bordeaux et l’Aquitaine aux premières loges.

Les 3 siècles de présence anglaise

De cette union, naquit Richard Cœur de Lion, le 8 septembre 1157. Il fut le troisième fils du couple royal et n’était pas appelé à devenir roi. Mais le destin fit qu’il le devint suite à la mort de son frère aîné en 1183. Il devint alors comte d’Anjou, comte du Maine, comte de Poitiers, duc d’Aquitaine, duc de Normandie et roi d’Angleterre, de 1189 à sa mort en 1199. Il passe très peu de temps en Angleterre et n’apprit jamais l’anglais. Durant son trône, il prend part à la troisième croisade pour défendre ses territoires français face au roi de France Philippe-Auguste. Il fut toutefois considéré comme un héros en son temps et décrit comme tel dans la littérature. 

• Le 13e siècle

Au début du 13e siècle, durant l’été 1204, Philippe-Auguste est aux portes de Bordeaux, mais il ne franchit pas la Garonne

En 1206, Alphonse VIII de Castille, qui avait épousé Aliénor d’Angleterre, l’une de deux filles d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri II, revendique la Gascogne par cette alliance. Il mène alors une expédition aux portes de Bordeaux, où il détruit le faubourg Saint-Éloi. Il essaie de rentrer dans la ville, mais échoue. 

En 1224, les hostilités reprennent, mais les Aquitains de Bordeaux résistent aux assauts et aident le frère cadet du roi d’Angleterre, le prince Richard de Cornouailles, à reconquérir la Gascogne.

Mais les conflits sont aussi internes, entre les partisans des Coloms et des Solers, les grandes familles de négociants, qui se disputent le pouvoir de la ville de Bordeaux. Le prince Édouard modifie alors les institutions municipales en 1261, et le maire est désormais choisi par le prince lui-même ou son représentant.

• Le 14e siècle

Au début du 14e siècle, Bordeaux compte 30 000 habitants, malgré toutes les difficultés auxquelles elle a dû faire face.

Le 6 février 1340 un événement majeur donne un virage à ce conflit et déclenche la guerre de Cent Ans : le petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle, le roi d’Angleterre Édouard III, se proclame roi de France. Mais les hostilités sont mises entre parenthèses à cause de l’épidémie de la Peste Noire, qui décime un tiers de la population.

En septembre 1355, Édouard de Woodstock, surnommé le Prince noir, fils d’Édouard III, arrive à Bordeaux avec son armée. Il remporte alors la bataille de Poitiers le 19 septembre 1356 et capture le roi de France, Jean Le Bon, qui est emprisonné à Bordeaux. Avec le traité de Brétigny et la Paix de Calais, le duché d’Aquitaine s’enrichit du Poitou, l’Aunis, la Saintonge, l’Angoumois, le Limousin, le Périgord, le Quercy, le Rouergue et l’Agenais. Cette puissante principauté est confiée au Prince noir en 1362. Gravement malade, il meurt en 1376.

• Le 15e siècle

Les Bordelais restent fidèles à la couronne d’Angleterre, malgré une présence relativement discrète de cette dernière. Le 23 décembre 1406, ils attaquent une escadre française qui assiège Bourg en la détruisant. 

En 1415, Henri V d’Angleterre fait un retour triomphal avec la victoire de la bataille d’Azincourt sur les Français.

En 1438, Charles VII fait une première tentative avec une offensive sur Bordeaux. En 1442, dans une seconde tentative, il commence par investir la ville avec son armée, mais les Bordelais se défendent âprement. 

Le 1er novembre 1450, qui fera des centaines de victimes avec la “mala jornada”, est un vrai désastre. C’est finalement au printemps 1451 que Bordeaux doit capituler. Un traité est conclu le 12 juin 1451. Ce traité sera très favorable aux Bordelais. Mais la première levée d’une taxe pour entretenir l’armée française est un bon prétexte pour les nobles et bourgeois de rappeler les Anglais.

Le 22 octobre 1452, John Talbot, avec une armée de 4 000 hommes débarque à Bordeaux et fait une entrée triomphale le lendemain dans la ville. Son fils le rejoint en mars 1453, accompagnés de renforts.

La bataille de Castillon

Charles VII décide de la reconquête de la ville de Bordeaux en 1453. Il est aidé de Jean bureau et de son artillerie. Il remporte facilement plusieurs batailles et se donne comme objectif Castillon.

• L’armée du roi de France

Il envoie sur place le Grand Amiral de France Jean de Bueil et Jacques de Chabannes. Jean Bureau, qui connaît bien cette région, décide d’attirer Talbot à Castillon, dans la plaine de Colly qui se trouve au bord de la Dordogne. Il y aménage un camp fortifié qui est à 1 500 mètres à l’est de Castillon, au bord d’un affluent de la Dordogne, la Lidoire.

Au bord de cet affluent, il fait creuser rapidement un fossé et élever un mur de troncs d’arbres. Le camp fait 600 mètres de long et 200 à 300 mètres de large, mais fortement défendu par 300 “bouches à feu”, que jean Bureau a astucieusement ajusté à l’aide de son frère Gaspard.

• L’armée anglo-gascon

De son côté, Talbot arrive avec son armée composée d’Anglais et de Gascons. Il se dirige rapidement vers Castillon, espérant que l’effet de surprise et la crainte de sa renommée puissent mettre en déroute facilement l’armée du roi de France. Après avoir traversé la Dordogne à Libourne, il prend facilement Fronsac et arrive en vue de Castillon au petit matin du 17 juillet 1453. Il chasse rapidement une petite garnison d’archers français au prieuré de Saint-Florent qu’il suit jusqu’aux abords du camp français. Il ne va pas plus loin et retourne au prieuré pour attendre son armée qui est à pied et son artillerie.

Ses hommes l’attendent, il fait chaud et il les retrouve en train de boire à grande goulée le vin qu’ils ont trouvé.

Un Castillonnais vient lui annoncer qu’un nuage de poussière aperçu au-dessus du camp français pourrait signifier que ces derniers fuient de peur.

Malgré les mises en garde de certains de ses seigneurs de son entourage, Talbot décide de lancer l’assaut sans attendre le reste de ses troupes.

• Le mauvais choix de Talbot

Au bord de la Lidoire, il fait mettre ses cavaliers pied à terre et franchit l’affluent puis se lance bannière en tête, vers le camp français.

Mais ils ne sont pas accueillis par une armée en déroute rongée par la crainte comme l’espérait Talbot, mais par un formidable déchaînement de feu, celui des 300 “bouches à feu” installées par les frères Bureau.

Talbot parvient toutefois aux portes du camp, monté sur sa haquenée blanche. La bataille est terrible et très confuse. 

Mais une nouvelle surprise attend les Anglos-Gascons : une nouvelle attaque d’un allié du roi de France, le duc de Bretagne, qui était dissimulé sur la colline d’Horable, à quelques centaines de mètres du camp, avec ses cavaliers fait irruption sur leurs flancs.

• La défaite et la déroute des Anglais

D’un coup de Couleuvrine, sa monture meurt et Talbot est tué sur-le-champ par un archer français. C’est la déroute des Anglos-Gascons, qui s’enfuient vers la Dordogne où beaucoup se noient, ou vers le Saint-Emilion, poursuivis par les cavaliers bretons. Certains se réfugient à Castillon et se rendent le lendemain.

En cette fin de journée du 17 juillet 1453, la plaine est jonchée de soldats morts, de blessés et l’armée anglaise n’a plus de chef.

Il faudra attendre encore trois mois avant que Bordeaux ne tombe aux mains des Français. Mais cette bataille marque la fin de la guerre de Cent Ans.

• Le traité de Picquigny

Toutefois, malgré cette défaite, les hostilités reprendront, les Anglais n’ayant pas renoncé à la couronne de France. Il faudra attendre 1475 avec le traité de Picquigny pour qu’une trêve définitive s’instaure, et 1558 pour que les Anglais quittent Calais.

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La mort de Talbot à la bataille de Castillon, le 17 juillet 1453 ©Bibliothèque en ligne Gallica

La fraternité anglo-française

Aujourd’hui, l’amitié, qui unit les deux pays, ne sera plus jamais remise en cause, même si ces guerres et hostilités sont encore inscrites dans nos mémoires. 

Les dissensions et tensions qui peuvent encore exister entre les deux pays ne sont plus qu’un jeu ou l’humour reste l’arme la plus efficace. Cette arme reste certainement la meilleure manière de s’apprécier mutuellement. Elle en est presque charnelle. Connaître son histoire pour savoir d’où l’on vient est une chose capitale, essentielle, pour savoir où l’on va. L’histoire garde en elle le subconscient de notre passé qu’on ne pourrait savoir sans cette connaissance. La connaissance de notre passé nous permet de ne plus refaire les mêmes erreurs, à titre individuel ou collectivement.

Nicolas Humez

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J’espère que vous aurez apprécié cet article sur un fait de l’Histoire de France. Si vous avez une anecdote, un complément à y apporter ou pour toutes questions, vous pouvez nous laisser un commentaire.

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