Connaître l’histoire de la langue des signes

La langue des signes existe depuis longtemps. À l’Antiquité, les personnes sourdes formaient de petites communautés afin de pouvoir signer ensemble. Au fil du temps, de nombreuses têtes pensantes promeuvent cette forme de communication tels que Diderot ou Montaigne. C’est d’ailleurs le 23 septembre 2018 que la journée mondiale des langues des signes a été établie et célébrée. Pourtant, en France, cette langue vivante n’a pas toujours été reconnue. Vous voulez en savoir plus ? Alors poursuivez votre lecture, connaître l’histoire de la langue des signes en un article, c’est possible !

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L’enseignement de l’Abbé de l’Épée

C’est au XVIIIème siècle que Charles-Michel de l’Épée voit le jour. Il s’agit d’un prêtre français, plus connu sous le nom de l’Abbé de l’Épée. Il est l’une des premières personnes à avoir initié l’enseignement de la langue des signes aux personnes sourdes, en France.

L’Abbé de l’Épée découvre la langue des signes en observant deux sœurs jumelles sourdes qui communiquaient entre elles. C’est en s’inspirant de ce langage qu’il crée la première école pour jeunes sourds à Paris, en 1760. Il y établit une méthode d’apprentissage basée sur l’oral et la dactylologie.

De nombreux enfants apprennent à lire et à écrire dans cet institut. Par ailleurs, d’autres écoles se forment sur l’hexagone, prouvant que la langue des signes est de mieux en mieux reconnue. Grâce à l’éducation, les personnes sourdes ont accès à une vie meilleure sur plusieurs points :

  • socialisation avec le monde entendant ;
  • augmentation de la culture dans divers domaines : histoire, géographie, sciences, arts, etc. ;
  • accessibilité à de nouveaux corps de métiers tel que l’enseignement pour enfants sourds.

Peu après sa mort en 1789, l’Abbé de l’Épée est considéré comme un bienfaiteur de l’humanité. Grâce à lui et pendant un siècle entier, les droits linguistiques des personnes sourdes sont respectés. Mais cela ne va malheureusement pas durer.

Le congrès de Milan

À la fin du XIXème siècle, l’histoire de la langue des signes prend une autre tournure. Alors qu’elle était à son apogée, elle va finir par être interdite et bafouée.

Dans les premières décennies du XIXème siècle, les mentalités commencent à se transformer. L’enseignement donné dans l’école pour jeunes sourds est décrié : beaucoup veulent imposer l’oralisme. Les élèves se révoltent face à ce changement de pensée qui bafoue leurs droits mais aussi l’importance de la langue des signes. En effet, à cette époque et au cours des années qui suivent, les idéologies révolutionnaires régressent. L’idée que la majorité (soit les “blancs” sans handicap) est supérieure aux minorités fait son chemin. Ainsi, les personnes sourdes sont considérées comme une minorité inférieure qui n’a pas sa place parmi “l’élite” de la société.

Le sort de ces personnes semble donc tout tracé. En 1880, se tient le congrès de Milan. C’est à ce moment-là que la décision est votée : la langue des signes est supprimée au profit de l’oralisme. Pour s’intégrer à la société, les personnes sourdes doivent savoir parler mais signer leur est interdit.

Dès lors, les droits des sourds s’effondrent. Alors qu’ils étaient bien intégrés, ils sont désormais détestés et méprisés. Non seulement l’éducation et l’usage de leur langue naturelle est proscrite, mais sa transmission devient également impossible. Et cette situation va durer près d’un siècle.

Du Réveil Sourd à la reconnaissance de la langue des signes

Après 100 ans de mépris de la langue des signes, les personnes sourdes ont honte de la pratiquer. Ils se cachent pour ne pas être vus des entendants. Mais dès les années 1980, une prise de conscience collective s’effectue. Ce mouvement sera nommé le “Réveil Sourd”.

Le Réveil Sourd prône un retour à l’éducation des jeunes enfants. Mais cela va bien au-delà de l’enseignement ! En effet, la communauté revendique la reconnaissance officielle de la langue des signes mais aussi des droits des sourds. Ce mouvement est soutenu et la culture sourde mise en avant par de nombreux chercheurs et personnalités.

C’est le cas d’Emmanuelle Laborit, comédienne française sourde. En 1993, elle remporte le Molière de la Révélation théâtrale pour son rôle dans Les Enfants du silence. Elle est d’ailleurs considérée comme étant l’ambassadrice de la communauté sourde. Par la suite, de nombreuses associations se créent et transmettent la langue des signes. C’est de cette façon que les personnes entendantes la découvrent petit à petit.

La première avancée date de 1991. Une loi stipule que la langue des signes est (enfin) autorisée pour l’enseignement des enfants sourds. En 2005, une nouvelle loi est votée : la langue des signes française devient officiellement une langue à part entière.

Par la suite, de nombreuses recherches, formations et métiers se développent. La langue des signes intéresse de plus en plus d’entendants qui se mettent à l’apprendre. Dans le milieu éducatif, en 2008, elle devient une option facultative au baccalauréat (dans certains lycées). Dans le domaine professionnel, quelques formations d’interprètes en français/LSF se développent. La demande est importante et le métier en plein essor. Concernant les personnes sourdes, elles peuvent (re)devenir professeures de langue des signes auprès de jeunes enfants sourds, mais aussi formatrices auprès d’adultes entendants.

Maintenant que vous connaissez l’histoire de la langue des signes française, peut-être que vous aimeriez l’apprendre ! Attention, ce n’est pas une langue facile : elle a sa propre structure et son propre fonctionnement. Mais grâce à elle, vous plongerez dans une culture complètement différente et fascinante. Par ailleurs, n’hésitez pas à vous exprimer sur ce sujet en commentaire !

Laurie Fourniaudou

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