Et si écouter son souffle changeait tout ?
On ne s’effondre pas forcément quand le quotidien devient trop difficile. Souvent, la vie suit son cours, mais l’élan s’émousse. Et si écouter son souffle changeait tout ?

Quand le corps s’exprime en premier
Les premiers signes d’un essoufflement passent souvent par le corps : de petites tensions d’abord, dans la poitrine ou dans la nuque, suivies d’une fatigue inhabituelle et croissante. Et cette impression d’être essoufflé se traduit par une sourde oppression, ponctuée de soupirs fréquents.
Parfois, la fatigue se fait intense, et nous conduit à consulter : mais les examens et les médecins ne détectent rien de sérieux. Un peu de surmenage, peut-être. Quelques erreurs diététiques et trop de sédentarité.
Alors on rentre chez soi, guère plus avancé.
La perte de désir : un signal décisif
Au début, cette perte de souffle peut être assez faible : nos projets et nos activités ne nous nourrissent plus. Autrefois, nous étions impatients de nous y mettre. Aujourd’hui, cette perte de désir, c’est un vrai combat. Bien sûr, l’habitude nous soutient, et peut-être aussi un travail qui exige de nous créativité et esprit d’initiative. Il est possible, dès lors, de continuer, malgré la perte de désir. Mais même créer devient lourd, les projets s’enchaînent sans élan vital, de manière mécanique.
Est-ce de la paresse ? Non, ni une dépression franche. Simplement, l’envie n’est plus de la partie, et toute entreprise requiert de « tirer sur la corde ».
La colère et l’irritation
La saturation émotionnelle et la perte de souffle engendre certaines réactions. Une vague irritation, qui parfois se transforme en colère franche et disproportionnée. Les contrariétés, d’habitude encaissées avec philosophie, deviennent source de frustration, et cette frustration peut se muer en agacement, en colère. Ce patron qui nous en demande toujours plus, les attentes de notre famille, les enfants qui crient. Car le bruit est difficilement supporté, de même que les exigences venant d’autrui.
Cette émotion nous la connaissons tous, nous l’avons tous éprouvée. Elle n’est pas un défaut de caractère. Mais un essoufflement intérieur la rend plus constante, plus prompte à surgir. Dans ce cas, elle est souvent un signal de saturation émotionnelle.
Vouloir disparaître… pour aller mieux
Le fantasme de la disparition brutale est un signal indéniable de perte de souffle. Chez l’adulte, il peut se traduire par l’envie de déménager, de tout quitter, de disparaître totalement. Partir, un matin, sans prévenir. Tout laisser en plan pour changer radicalement de vie. Ou bien, de manière moins spectaculaire, s’abrutir de sommeil ou devant la télévision. Certaines personnes fixent les murs pendant des heures. Pas pour mourir, mais pour s’échapper.
Car l’essoufflement intérieur n’est souvent qu’une demande de respiration, pas de rupture brutale.
Reconnaître les signaux faibles de l’essoufflement intérieur ne mène pas forcément à des comportements extrêmes. Il n’est pas toujours question de tout quitter ou de modifier sa vie de fond en comble.
Parfois, il s’agit simplement de faire une pause, de s’écouter – enfin ! – et d’entreprendre des mesures nécessaires : quelques pages griffonnées dans un carnet, une musique qu’on aime bien et qui nous apaise, un refus ferme, mais poli, face à des demandes jugées excessives.
Il arrive que l’essoufflement représente un seuil plus marqué vers quelque chose qui nous tient à cœur : un déménagement, l’appel d’une carrière artistique trop longtemps étouffée, une remise à plat de nos priorités. Et si écouter son souffle changeait tout ?
Alexandra Ceccarelli

