Education nationale : changer sa perception

L’éducation est aujourd’hui quelque chose d’évident. Sa présence dans nos sociétés est presque devenue d’une banalité. Celle-ci ne peut être remise en cause et encore heureux, me direz-vous. Elle devrait être universelle, car c’est par l’enseignement que l’on éradique l’ignorance et son lot de bêtise inhumaine. En effet, il est important d’apprendre, de faire connaître, de partager au maximum la connaissance humaine. L’éducation permet, entre autres, le discernement et donne la faculté de perception. Mais cette dernière allégation peut être remise en doute. Pourquoi ? Parce qu’un mauvais apprentissage peut nous donner de fausses perceptions de certaines choses et nous enfermer dans des croyances nuisibles, voire fatales. Nous allons en développer une, ici, qui a un rapport direct avec l’éducation nationale et changer la perception que nous en avons ou, du moins, nous allons essayer.

L’éducation nationale ou comment changer la perception que nous en avons - Le blog du hérisson
Vieux bus de ramassage scolaire ©Rush4

Notre éducation nationale est formatée

Nous avons tous cette croyance erronée depuis notre plus tendre enfance. Nous l’avons et pour cause. Nos parents l’ont aussi, la société l’a, tout le monde l’a, ou presque. Il est donc tout à fait normal que nous l’ayons aussi. Alors, quelle est cette croyance ? C’est la croyance en un certain schéma, une structure à laquelle nous nous conformons tous.

Ce schéma est la façon dont nous sommes éduqués. Il est tellement ancré en nous, qu’il ne nous viendrait pas à l’esprit de le remettre en question.

Nous commençons notre longue période d’apprentissage, à l’âge de trois ans, généralement. La scolarisation étant obligatoire jusqu’à 16 ans, ceux qui continuent font, ce que l’on appelle, ‘’des études’’. Puis, après la scolarité et les études, nous poussons nos jeunes à trouver du travail, comme nous y avons tous été poussés dans notre adolescence par nos parents ou en tant que jeune adulte. Cela est donc le format que nous acceptons implicitement. Il est tellement acquit, qu’il est comme le droit à l’éducation, quelque chose de banal, normal. 

Pourtant, il n’en est rien, comme nous allons pouvoir l’observer dans le prochain paragraphe.

L’éducation nationale - Le blog du hérisson
Utilise ton cerveau ©Matthew Henry

Notre cerveau s’adapte à ce qu’on lui demande de faire

Si nous nous mettons à observer la nature, nous pouvons constater son évolution permanente. La nature ne supporte pas la stagnation. Une eau qui stagne devient vite répugnante.

Il en est de même avec notre corps. Qui n’a pas eu envie d’avoir une stature athlétique ? Qui n’a pas envie de rester en pleine forme ? Nous savons tous qu’il faut faire des efforts pour avoir un beau corps bien musclé. Mais une fois notre objectif atteint, si nous arrêtons nos entraînements sportifs, qu’adviendra-t-il de notre belle silhouette ? De nos beaux pectoraux ? De nos gros biceps ? Pas de secret, ils redeviendront ce qu’ils ont été avant que nous décidions de nous y mettre.

Pour notre cerveau, il en est de même. Pourquoi en serait-il autrement ? En fait, nous avons la réponse, nous le savons. Le cerveau, comme le corps, s’adapte à la demande

Si nous avons un muscle qui ne bouge jamais, il devient mou, flasque, il s’adapte quoi. On peut le constater chez les personnes d’un certain âge avec leurs triceps qui se balancent mollement.  

Un schéma hérité de Napoléon

Pour le cerveau, c’est exactement la même chose. Le cerveau s’adapte à la demande. Si vous ne l’utilisez pas, si vous ne le remplissez pas avec de nouvelles données qui formeront de nouvelles connexions, il va se vider de sa substance intellectuelle, de sa connaissance. Il va aussi se débarrasser de celles dont il n’a pas besoin. Toutes les connaissances que vous aviez apprises et que vous n’utilisez plus sont détruites, et pourquoi ? C’est le propre du travail du cerveau ! Il est en chantier en permanence, jusqu’au jour funeste. Il est toujours en train de se restructurer, de défragmenter en éliminant les anciennes connexions devenues inutiles ou obsolètes. Vous l’avez compris, votre corps, votre cerveau, comme la nature est en constante évolution. Si vous empêchez votre corps d’évoluer, vous êtes déjà à moitié mort.

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Napoléon Bonaparte ©Wikilmage

Pourquoi avons-nous ce schéma dans notre société ? Pour une raison toute simple. Si nous étudions un peu l’histoire de l’éducation en France, tout s’est accéléré sous Napoléon. Ce schéma correspondait très bien à la demande de l’époque de cet empereur. Il lui fallait de bons petits soldats, obéissant à souhait, mais avec seulement ce qu’il fallait en termes de connaissance. L’éducation servait aussi à repérer les surdoués pour en faire des chefs ou des ingénieurs. 

Aujourd’hui, les choses n’ont pas beaucoup évolué. Quand nous observons ce schéma, que nous enseigne-t-il ? Il nous dit les choses suivantes : étudie, aie de bonnes notes, fait des études (ou non), et ensuite travail toute ta vie et nous te promettons une retraite, pour que tu acceptes un travail que tu ne vas pas aimer, durant toute ta vie. Oui, c’est bien d’un piège dont je parle, mais pas le genre complotiste, car nous sommes nos propres victimes. Et quel est ce piège ? C’est simplement d’avaler tout cru une vérité sans la remettre en question.

Comment savoir si nous sommes tombés dedans ou non ? Il y a un test très simple à faire. Posez-vous cette seule et unique question : si demain vous gagnez une forte somme d’argent, arrêteriez-vous de travailler ? Pour une grande majorité, ce sera ‘’oui’’. Et dans ce cas précis, cela signifie que vous êtes pris au piège de ce schéma. Vous suivez un chemin que vous n’auriez pas emprunté si vous aviez eu les moyens de ne pas le faire. Vous avez accepté de travailler pour quelque chose que vous n’aimez pas. Si seulement vous aviez su, non ? Mais attention, il n’y a là aucun jugement d’aucune sorte. Effectivement, pour certains, ce schéma leur convient parfaitement et c’est tant mieux pour eux.

Notre devoir est de changer la perception que nous avons de l’éducation nationale

Alors que faire ? Une chose toute simple. Changer de paradigme ! Changer ce schéma délétère qui nous limite dans nos possibilités. 

Et comment se faire ? Simplement en comprenant que l’instruction, les connaissances, les formations, l’éducation, ne s’arrêtent jamais ! Il faut rester curieux tout au long de sa vie et surtout comprendre que c’est quelque chose de fondamental, d’essentiel pour notre bien-être et que c’est dans notre nature profonde. Apprendre ne s’arrête que lorsque le glas sonne. 

Il y a, dans cette nouvelle croyance, un épanouissement en profondeur. Comme je l’écrivais dans l’introduction, l’éducation nous apporte  une capacité de discernement et une faculté de perception. C’est essentiel, car cela nous permet de comprendre les choses en profondeur et de pouvoir prendre les bonnes décisions. Elle nous permet aussi de ne plus réagir comme on nous le dicte, mais d’agir comme nous le ressentons au fond de nous. En d’autres termes, je dirais qu’elle nous permet d’appréhender à quel moment on essaye de nous prendre pour des cons…

Alors, il existe des dispositifs mis en place par nos politiques pour pouvoir se former, faire des apprentissages, changer de métier et c’est une très bonne chose. Mais j’ai toujours ce sentiment que cela reste limiter et timide. Il est de la responsabilité de chacun de comprendre qu’il peut – et qu’il doit – lui-même s’éduquer pour évoluer. Il est de l’intérêt de tous de réaliser que nos vies ne se limitent pas aux structures que nous nous sommes imposées à travers notre société. 

Il ne s’agit pas ici, non plus, de fustiger ou de juger notre société, car c’est nous-mêmes qui l’avons créée, mais de savoir que nous pouvons sortir de ce carcan desservi par nos croyances limitantes.

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Mains tenant une plante ©Pexels

Notre avenir est entre nos mains, mais en serons-nous capable ?

J’aimerais partager avec vous un extrait d’une des réformes de l’éducation nationale. Il s’agit d’une réforme faite par le ministre de l’éducation de cette époque, Jean Berthoin. Il s’agit du Décret n°59-57 du 6 janvier 1959. 

La culture véritable est celle qui aide à vivre, non pas celle qui console d’avoir manqué sa vie. L’effort personnel de culture, s’il doit être la fin suprême, n’est vraiment possible que dans une certaine sécurité de l’être et de ses moyens d’existence. D’ailleurs, si la culture est une évasion, si elle constitue l’antidote nécessaire aux dangers de la civilisation mécanique et à ses tentatives matérialistes, si elle doit toujours pouvoir découvrir dans la poésie et dans l’art, dans la lecture et le spectacle, dans la méditation et le voyage, ses sources indispensables, une autre culture est également souhaitable, qui prend son élan dans l’activité quotidienne, la prolonge et la dépasse, s’organise autour d’elle pour retrouver, dans la réalité des choses ou dans leurs implications, les problèmes de l’homme et de sa vie sociale.

Nul ne songe à privilégier l’une ou l’autre forme de l’épanouissement de l’être. Notre enseignement continuera de contribuer à donner à chacun, selon la pente de son esprit, la qualité de son savoir et l’occupation de ses jours, les moyens de sa culture, et par-dessus tout, cette sûreté du jugement qui en constitue sans doute le meilleur fruit.

Ce qu’il faut retenir de ce texte est la chose suivante : nous sommes nous-mêmes tombés dans ce piège de ce schéma d’éducation actuel.

L’éducation ne doit plus rimer avec enfance et adolescence. 

L’éducation est l’épanouissement de notre bien-être général. Elle permet d’atteindre la sagesse et nous permet la transmission d’un savoir. Un savoir que nous avons perdu en chemin au nom du matérialisme et du consumérisme.

Nous pouvons être les enseignés, puis les enseignants. C’est d’ailleurs ce qui a prévalu à l’humanité, ce qui lui a permis une telle évolution.

Mais cette idée de s’éduquer tout au long de sa vie ne date d’hier. Déjà en 1794, Condorcet lançait le mouvement de l’éducation permanente qui devait permettre à tout citoyen de se former tout au long de sa vie.

Alors, aujourd’hui, en serez-vous capable ? Ou alors, le faites-vous déjà ?

Laissez-nous un commentaire pour nous dire ce que vous en avez pensé…

Nicolas Humez

Une pensée sur “Education nationale : changer sa perception

  • 22 mars 2020 à 23 h 22 min
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    Bravo pour ce texte ! Apprendre à réfléchir est tellement plus bénéfique que de retenir des données. Et c’est ça qui donne la soif d’apprendre. Ça me rappelle cette phrase sont j’ai oublié l’origine : « your imagination is like a muscle : use it or lose it ! »

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