Élection présidentielle : Où sont les femmes ?

L’élection présidentielle de 2022 approche à grands pas et une question se pose : Où sont les femmes ? Edith, Ségolène, Martine, Michèle, Christine, Anne ont rêvé ou rêvent encore de pouvoir et de destin, au moins politique, au mieux présidentiel. Étonnamment ou non, ce sont deux figures protestataires féminines, voire féministe pour la première, Arlette Laguiller à l’extrême gauche, puis Marine Le Pen à l’extrême droite, qui ont durablement imposé leur présence lors du grand rendez-vous démocratique national. Voulu par le général de Gaulle, il marque la rencontre entre un homme (jusqu’ici) et le peuple français sous la Cinquième République. Au pays des droits de l’homme politique, la révolution française des femmes par l’élection n’a toujours pas abouti.

Élection présidentielle : Où sont les femmes ? - Le blog du hérisson
Anne Hidalgo, maire de Paris ©Henri Garat / Ville de Paris

Edith Cresson, Sisyphe en Mitterrandie

Faute de présidente de la République française, Edith Cresson demeure à ce jour la seule femme à avoir occupé le poste de premier ministre en 1991. Son arrivée à la tête de l’exécutif est due à un étrange concours de circonstances et, surtout, aux manigances de François Mitterrand, président florentin. Volonté de promouvoir une femme, lui qui les aimait tant ? D’humilier Michel Rocard, premier ministre populaire mais honni en Mitterrandie ? De jouer avec les sensibilités et les susceptibilités des divers prétendants ? Sans doute un peu des trois. Après avoir dû cohabiter avec “des porcs” lorsqu’elle était ministre de l’Agriculture, Edith Cresson, véritable Sisyphe au féminin, se heurtera aux défenses et aux réticences des éléphants socialistes et cédera sa place au bout de dix mois seulement.

Ségolène et Martine au cimetière des éléphants

Ségolène Royal fut la première femme à même de remporter une élection présidentielle. Lors de la campagne de 2007 qui l’opposa à Nicolas Sarkozy, elle joua à fond la carte du renouveau et de la séduction, suscitant des Désirs d’Avenir chez les électeurs, puis le charme s’estompa, vint le temps des bourdes et de “la bravitude”. A l’instar d’Edith Cresson, Ségolène subira la morgue sexiste des éléphants, ceux-là même qu’elle envoya au cimetière, battant à plate couture Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn à l’issue de la primaire du parti socialiste. Le premier lâchera un inélégant : “Mais qui va garder les enfants ?” en cas de succès de Royal à la présidentielle. Le second sombrera définitivement dans la tristement célèbre affaire du Sofitel, au cours de laquelle Le Perv eut un “rapport sexuel précipité” avec Nafissatou Diallo.

DSK avait établi avec Martine Aubry le dénommé pacte de Marrakech en vue de l’élection présidentielle de 2011. Les deux candidats auraient ainsi convenu de ne pas se présenter l’un contre l’autre. Ségolène n’ayant cette fois pas convaincu les militants socialistes, c’est Martine qui affrontera François Hollande, l’ex-compagnon de la madone du Poitou, au second tour de la Primaire citoyenne. Puissante maire de Lille, première secrétaire du PS au moment de l’élection, la dame des 35 heures s’avance en présidentiable crédible mais s’inclinera nettement face à son adversaire, pur produit de la Mitterrandie, certes peu charismatique et guère encensé par la presse spécialisée mais faux Sisyphe et fin manœuvrier. Pourtant bardée d’expérience, Martine Aubry refusa de participer à l’aventure hollandaise et se retrancha dans son fief lillois.

Michèle et Christine, les prétendantes de Sarkozy

Michèle Alliot-Marie et Christine Lagarde sont, à droite de l’échiquier politique, deux personnalités de premier plan aux compétences reconnues, deux anciennes prétendantes aux plus hautes fonctions de l’État, très en vue sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Durant le second mandat de Jacques Chirac, puis celui de son successeur, Michèle Alliot-Marie occupa tour à tour les quatre portefeuilles ministériels régaliens : Défense, Intérieur, Justice et Affaires étrangères, établissant un record unique, hommes et femmes confondus. Le petit Nicolas eût été grandi et inspiré de nommer la fidèle Michèle au poste de Première ministre en lieu et place du sourcilleux Fillon afin de donner un second souffle à son quinquennat et d’envisager de poursuivre son épopée élyséenne.

Si la France était l’Allemagne, Christine Lagarde aurait possiblement (probablement ?) remporté un jour l’élection présidentielle et revêtu les habits de chancelière de la République. Autorité naturelle, élégance surannée, expertise des questions économiques, anglais parfait, la reine Christine coche toutes les cases de la dirigeante moderne au plus haut niveau. Néanmoins, les Gaulois réfractaires n’étant pas leurs Germains cousins et la France ne venant pas à elle, Lagarde s’en fut conquérir le monde au FMI, puis l’Europe à la BCE, promue par le président Sarkozy et, à son corps défendant (ou pas), par DSK à qui elle succéda à Washington. Capables de s’imposer sur la scène internationale, les femmes doivent désormais accéder à la magistrature suprême dans l’Hexagone.

Et si c’était Anne…

Et si c’était elle…” titrait le Nouvel Observateur à l’endroit de Ségolène Royal fin 2005. Cette couverture passée à la postérité fut l’esquisse d’un frémissement qui durera jusqu’à l’élection présidentielle de 2007. Et en 2022, où sont les femmes ? Le nom d’une socialiste bruisse à nouveau, celui d’Anne Hidalgo, brillamment réélue maire de Paris à l’issue d’une campagne parfois rocambolesque où Benjamin Griveaux se sera à son tour distingué par un penchant douteux. Avançant à tâtons, la candidate mystérieuse assume un positionnement social-écologiste à même de rassembler un large spectre d’électeurs de la gauche de la gauche au centre. Femme de caractère, charismatique et indépendante, Anne Hidalgo devra gommer son image parisienne pour aller à la rencontre du peuple de France et devenir – qui sait – notre première présidente de la République.

Georges Latchimy

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