La pieuvre et ses 8 pouvoirs extraordinaires

Connaissez-vous vraiment la pieuvre, cette créature mystérieuse objet de nos peurs les plus enfouies ? Savez-vous qu’avec ses 8 bras et ses 9 cerveaux, il est l’un des animaux marins les plus évolués sur Terre ? Jusqu’à ce jour vous pensiez peut-être que seul l’être humain pouvait manier des outils, bâtir des villes et rêver ? Laissez de côté vos certitudes ! Il est temps pour vous de plonger à la découverte des 8 pouvoirs extraordinaires de la pieuvre.

La pieuvre et ses 8 pouvoirs extraordinaires - Le blog du hérisson
©Andrea Izzoti

1. Un physique d’extraterrestre

Quelle est la différence entre une pieuvre et un poulpe ? Aucune ! Ces mots désignent le même animal : un mollusque marin appartenant à la famille des céphalopodes. L’appellation poulpe vient du grec ancien polupous, signifiant « pieds multiples ». Le terme de pieuvre, lui, est d’origine anglo-normande. Utilisé autrefois par les pêcheurs de Guernesey, Victor Hugo l’a rendu célèbre dans son roman Les travailleurs de la mer, paru en 1866.

Plus de 300 espèces de pieuvres sont actuellement connues. Sur les côtes européennes, la plus répandue est l’Octopus vulgaris ou poulpe commun, selon l’Inventaire national du patrimoine naturel (INPN). Cet animal marin est doté de caractéristiques physiques exceptionnelles qui recèlent encore bien des mystères.

Le corps de la pieuvre est entièrement souple et musculeux. Dépourvue de squelette, elle n’a ni os ni coquille, ce qui lui permet de se faufiler partout. La seule partie rigide de son anatomie est son bec, composé notamment de chitine et de carbonate de calcium. Là où son bec passe, tout son corps peut se glisser !

Elle possède 3 cœurs : l’un qui assure la circulation du sang jusqu’aux organes et les deux autres qui pompent le sang oxygéné par les branchies. Sa singularité : dépourvu d’hémoglobine, son sang est bleu !

Ses 8 bras, équipés chacun de deux rangées de ventouses, lui servent à se déplacer, au sol ou par propulsion dans l’eau, et à attraper ce dont elle a besoin. Et le plus incroyable est que chacun d’eux agit de manière autonome grâce aux 9 cerveaux que possède la pieuvre ! Son cerveau central, qui joue le rôle de tour de contrôle, est relié par des chaînes ganglionnaires à 8 cerveaux secondaires répartis dans chacun de ses tentacules. Les deux tiers des neurones de la pieuvre se trouvent donc… dans ses bras ! Tout en restant connecté à l’ensemble, chaque tentacule décide de ses mouvements. L’animal peut ainsi agir avec une grande rapidité et précision. Chacun des 8 bras détient aussi la capacité de toucher, sentir et goûter ce qui l’environne, comme un être à part entière. Incroyable, non ?

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©Dario Spagnolo

2. Le poulpe, maître incontesté du camouflage

Sans coquille ni squelette, le poulpe est très vulnérable. Son meilleur moyen de défense est donc de se cacher. Il choisit souvent de s’enfouir dans le sable ou de se couvrir de coquillages. Il peut également s’aménager un abri sous un rocher et disposer des pierres et des coquilles pour mieux en protéger l’accès. Il opte aussi parfois pour un abri mobile. C’est ainsi que la pieuvre noix de coco se déplace avec une demi-coque de ce fruit sous le bras afin de pouvoir s’y réfugier au premier danger !

Mais ce qui fait la force de la pieuvre est sa capacité de camouflage. En une fraction de seconde, elle passe d’une couleur à l’autre pour se fondre dans son environnement et devenir invisible aux yeux de ses prédateurs. La couleur et la texture de sa peau imitent parfaitement et instantanément ce qui l’entoure. Elle doit cette qualité aux millions de cellules pigmentées, appelées chromatophores, et aux nombreux muscles qui couvrent son épiderme.

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Le poulpe est le maître du camouflage

3. La pieuvre, un redoutable prédateur

Reine dans l’art de la chasse, la pieuvre adapte ses mécanismes d’attaque aux proies repérées. Coquillage, crustacé, poisson ou autre céphalopode : chaque mets est capturé selon une technique bien particulière, déterminée en fonction des caractéristiques de l’espèce et du contexte. Elle ne laisse rien au hasard ! Elle utilise sa vision, sa faculté de camouflage et ses bras, capables d’explorer, saisir et goûter ce qui l’entoure. Elle s’associe parfois à des poissons comme le mérou pour accéder à des proies bien cachées. Stratège et habile, la pieuvre sait aussi faire preuve de prudence. Lorsqu’un crabe porte sur lui une anémone urticante, elle réussit ainsi à le soumettre sans se faire piquer.

Pour ouvrir la coquille renfermant son repas, le poulpe a deux options :

  • Conjuguer la force et l’intelligence, en s’aidant d’un caillou comme outil pour empêcher la coquille de se refermer.
  • Allier l’inné et l’acquis, en injectant une toxine paralysante dans le muscle qui contrôle les mouvements de la coquille pour qu’elle s’ouvre facilement. Pour cela, il doit avoir retenu l’endroit exact où forer la coquille pour atteindre ce muscle.

4. Le poulpe, as de l’évasion

Il est très compliqué d’étudier une pieuvre en laboratoire, car elle met tous les moyens à sa disposition pour s’en échapper. Fine stratège et très curieuse, rien ne l’arrête dans sa quête de liberté. Une caméra étanche ? Elle use de sa force pour en ouvrir le boîtier. Une épuisette ? Elle l’attrape, ça peut toujours lui servir. Un défaut dans l’aquarium ? Son corps mou se faufile dans la moindre brèche pour quitter les lieux. Et si elle essayait de boucher les vannes de l’aquarium avec ses bras, ou d’en démonter le système d’évacuation d’eau ? Le résultat pourrait être prometteur.

Les scientifiques regorgent d’anecdotes mettant en avant l’ingéniosité du poulpe en matière de stratégie d’évasion. C’est ainsi qu’Inky, pensionnaire à l’aquarium national de Nouvelle-Zélande, a repéré une bouche d’évacuation au sommet de son bassin et s’est enfilé à l’intérieur pour rejoindre des canalisations le menant directement à la mer. Otto, lui, a tenté de faire diversion à l’aquarium de Cobourg, en Allemagne, pour se divertir ou, sait-on jamais, dans l’espoir que cela mène à sa libération ! La nuit venue, il s’amusait à cracher des jets d’eau sur une ampoule électrique voisine, ce qui faisait court-circuiter l’installation. Il se plaisait ainsi à observer les gardiens effectuer les réparations nécessaires. On s’ennuie vite la nuit dans un aquarium, alors pourquoi ne pas créer un peu d’animation !

Le poulpe, as de l'évasion - Le blog du hérisson

5. Une intelligence hors du commun

La pieuvre fait preuve d’une grande flexibilité pour obtenir, traiter, mémoriser et utiliser des informations. Cette faculté d’adaptation exceptionnelle est la preuve de ses capacités cognitives hors norme.

Premier signe d’intelligence, l’animal utilise des outils, pierres ou coquilles par exemple, pour se défendre, attaquer ou pour se construire un abri. L’une des expériences les plus souvent décrites concernant le poulpe est aussi sa capacité à ouvrir un bocal pour déguster le crabe qu’il contient. À force d’entraînement, il réussit l’épreuve avec plus de rapidité et de dextérité. Il est également doué pour manipuler et orienter avec précision des objets.

Le poulpe est aussi capable de reconnaître un objet en se fondant sur sa couleur, sa forme, sa texture ou son goût. Plus fort, non seulement il retient ces données pendant plusieurs mois mais il est capable de généralisation ! Cette opération intellectuelle complexe implique qu’il élargisse la règle apprise à de nouveaux éléments en se fondant sur leurs points communs. Le résultat est étonnant : un poulpe qui sait reconnaître et attaquer une balle saura ainsi reproduire le schéma sur écran pour attaquer… une balle virtuelle !

Reconnaître un individu qui n’est pas de son espèce ? La pieuvre n’y voit aucun problème. Au cours d’une expérience, deux personnes vêtues de manière identique ont été mises en contact avec l’animal. L’une le nourrissait tandis que l’autre le piquait avec un bâton. Rapidement, il a adopté un comportement différent envers l’un et l’autre des humains.

La pieuvre peut également modifier son attitude en fonction du contexte dans lequel elle évolue et possède une très bonne mémoire spatiale. Ses facultés d’apprentissage sont enfin surprenantes. La simple observation de l’un de ses congénères en train d’agir lui suffit à pouvoir reproduire son comportement.

Pour un mollusque, c’est certain, la pieuvre a une intelligence hors du commun. Avec de telles capacités de mémorisation, d’apprentissage, d’orientation et d’adaptation, elle égale bon nombre de vertébrés !

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Elle s’abrite dans un coquillage

6. Le poulpe, bâtisseur de cités sous-marines

La pieuvre, un animal solitaire ? La plupart du temps, oui. Mais une étonnante découverte a récemment mis en lumière sa capacité à vivre en communauté. Au large des côtes australiennes, ces mollusques ont édifié de véritables villes sous-marines. La première, Octopolis, a été construite autour d’un objet en métal de fabrication humaine par plusieurs pieuvres de l’espèce Octopus tetricus. Elles ont aménagé à cet endroit précis une série de nids permettant à seize d’entre elles d’y loger. La seconde cité de poulpes a été baptisée Octlantis, en référence à la légendaire île disparue. Une quinzaine d’habitants s’y répartissent dans des constructions assemblées en coquillages, sur une surface d’environ 18 mètres de long.

Dans ces cités sous-marines, les pieuvres adoptent des comportements sociaux complexes. De quoi nous surprendre et remettre en cause notre vision de cette espèce encore méconnue. Elles y bâtissent leur habitat, s’y rencontrent, communiquent. Elles chassent les congénères extérieurs qui tentent de pénétrer sur les lieux et décident parfois d’exclure l’une des résidentes de la cité. Comme l’indique le professeur David Scheel, qui a dirigé l’étude de ces communautés pour l’Alaska Pacific University :

Ces comportements pourraient être remarquablement similaires à ceux des vertébrés.

D’autres cités de pieuvres existent certainement ailleurs, qui révéleront sans doute des comportements sociaux propres à leurs occupants. Une chose est sûre, ces céphalopodes n’ont pas fini de nous surprendre !

7. Un animal marin qui rêve en couleur

Silence ! La pieuvre dort. Ses yeux sont fermés et ses bras l’entourent avec douceur, comme pour la bercer. Mais soudain, son corps grisâtre devient rouge orangé ! Ses yeux s’agitent et ses muscles se contractent. Que lui arrive-t-il ? La pieuvre est en train de rêver. Cet instant magique et coloré ne dure que quelques minutes. Quel plus doux spectacle au monde ! Puis la pieuvre redevient immobile et poursuit son repos.

Une équipe de chercheurs brésiliens a ainsi pu mettre en évidence l’existence de cycles de sommeil chez le poulpe, comme il en existe chez les mammifères, les oiseaux et certains reptiles. Sa phase de sommeil profond s’étend sur 30 à 40 minutes avant d’être interrompue par un épisode bref de sommeil paradoxal qui dure une à deux minutes. C’est alors qu’elle s’agite et reprend des couleurs. Ses mouvements oculaires très rapides sont identifiés par les scientifiques comme des REM (Rapid eye movements), caractéristiques des manifestations du sommeil paradoxal. Chez l’homme, les REM marquent le moment où ses rêves sont les plus intenses.

Alors à quoi rêvent les pieuvres ? Difficile de l’assurer. Il est probable que les rêves leur permettent de fixer leurs souvenirs et de consolider leurs acquis. En tout cas, une chose est sûre : leurs songes sont hauts en couleur !

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La pieuvre rêve en couleur, phénomène surprenant

8. La pieuvre, magicienne de la génétique

La pieuvre possède plus de 500 millions de neurones. Elle se hisse au rang des mammifères, au même niveau que le chien. En 2015, son génome a été identifié, portant à 33 000 le nombre de ses gènes codeurs de protéines, contre 25 000 pour l’Homme ! Les caractéristiques découvertes pourraient expliquer non seulement l’intelligence élevée du poulpe mais aussi la façon dont évoluent ses capacités cognitives. Selon la revue Nature, « le poulpe ne ressemble à aucune autre créature sur Terre ».

La pieuvre est en effet capable de se reprogrammer génétiquement ! Voilà son pouvoir le plus extraordinaire ! Ses possibilités d’évolution s’en trouvent multipliées et accélérées. Habituellement, l’ADN est converti en ARN (acide ribonucléique), ce messager chargé de créer les protéines nécessaires au vivant en suivant strictement les instructions fournies par les gènes. Toute mutation génétique a normalement lieu au niveau de l’ADN. Or, selon une récente étude israélo-américaine, la pieuvre est capable d’effectuer des modifications génétiques directement dans ses molécules d’ARN, sans que son ADN ne change. À partir d’une instruction stockée dans l’ADN, plusieurs versions d’une protéine sont alors produites, multipliant les possibilités pour le poulpe de s’adapter. Il évolue ainsi plus rapidement, sans devoir attendre les mutations lentes de son ADN. Une gestion unique du patrimoine génétique qui laisse à penser que la pieuvre nous réserve encore bien des surprises.

La pieuvre est un animal étonnant qui ne cesse de nous révéler ses mystères. Mieux la connaître nous encourage à mieux la protéger. À l’heure où le gouvernement britannique souhaite inclure le poulpe dans sa loi sur le bien-être animal, reconnaissant enfin sa sensibilité à la douleur, est venu le temps pour nous de lui accorder un traitement plus respectueux, à la hauteur de ses facultés exceptionnelles.

Découvrez maintenant le pouvoir des chiens qui détectent les maladies.

Christelle Desbordes

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