La statuaire publique occupe l’actualité

Alors que le déboulonnage de figures historiques suscite le débat en Europe et aux Etats-Unis, d’autres statues continuent d’être érigées partout dans le monde. Exposées au sein de l’espace public, elles sont souvent critiquées sur leur portée politique et artistique. Depuis des décennies, la statuaire publique occupe l’actualité.

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Statue se trouvant à l’intérieur de l’Arc de Triomphe à Paris ©Commons Wikimedia

La statuaire publique : à quoi servent les statues ?

Le 14 septembre la sculpture érigée en hommage à Johnny Hallyday a été dévoilée au public. Dressée devant l’Accor Arena, l’œuvre de 6 mètres de haut représente un manche de guitare au sommet duquel trône une Harley Davidson ayant appartenu à Johnny. Au lieu de la traditionnelle statue figurative, l’artiste Bertrand Lavier a créé une œuvre abstraite. Intitulée Quelque chose de… elle représente l’idole à travers son métier et sa passion.

Cette approche moderne irrite les Verts et divise les fans du chanteur. D’un côté, on s’interroge sur l’aspect écologique d’une telle œuvre – à une époque où la ville de Paris se revendique Smart City. De l’autre, on la rejette, la trouvant « affreuse » et « consternante ».

Si cette petite polémique autour de l’œuvre (désossée et donc dépourvue de pièces polluantes) n’incite pas à pousser plus loin le débat, elle met en lumière l’intérêt des citoyens pour l’art statuaire et son importance dans l’espace public. De tous temps, les statues ont fait l’objet de controverses et été les cibles d’actes de vandalisme. Également lieux de recueillements, elles demeurent par ailleurs un vecteur privilégié de messages.

• Les statues : socles d’actions et de revendications

Les Femen interpellant Marine Le Pen lors de son discours prononcé le 1er mai 2017 : la statue de Jeanne d’Arc porte alors une couronne de fleurs et une écharpe.

Jeanne la Femen pour te rappeler que non, elle n’appartient pas spécifiquement à ton parti, revendique une militante du mouvement féministe créé en 2008 en Ukraine.

Le 1er décembre 2018, lors d’une manifestation des Gilets Jaunes, l’Arc de Triomphe (actuellement empaqueté de tissu argent bleuté) est dégradé et tagué. En mars 2021, neuf personnes sont jugées pour vols et dégradations par le tribunal correctionnel de Paris et condamnées à suivre des stages de citoyenneté.

Au lendemain de la mort du citoyen américain George Floyd, tué par deux policiers le 25 mai 2020, les manifestations du Black Lives Matter, le mouvement de lutte antiracisme envers la communauté afro-américaine, se multiplient aux Etats-Unis mais aussi en Europe. En juin 2020 à Bristol, la statue de l’esclavagiste britannique Edward Colston est jetée à l’eau par des militants.

Un mois plus tard, à l’initiative de l’artiste plasticien Marc Quinn, une statue à l’effigie de Jen Reid – une jeune activiste ayant participé au déboulonnage d’Edward Colston – est érigée à la place du marchand d’esclaves. L’œuvre intitulée A Surge of Power est rapidement retirée par les autorités locales mais créé la controverse lors de sa brève exposition : artistes et citoyens noirs dénonçant l’accaparation de la cause par un artiste blanc.

Alors que les deux statues en hommage à George Floyd ont récemment été vandalisées aux Etats-Unis par un groupuscule d’extrême droite, la statue à l’effigie du négrier britannique refait surface à Bristol et est exposée au musée M Shed jusqu’en janvier 2022. Dans le cadre de cette exposition, la ville mène une enquête auprès des citoyens afin qu’ils se prononcent sur l’avenir de la statue, via un questionnaire.

Nous voulons savoir ce que vous pensez de ce qui s’est passé ce jour-là et ce qui, selon vous, devrait se passer ensuite, souligne M Shed.

• Pour ou contre le déboulonnage ?

Le déboulonnage, ou « Déposséder quelqu’un de son prestige » selon la définition, est un sujet qui occupe régulièrement l’actualité mondiale. En septembre dernier, l’immense statue du Général Lee, le chef des Etats esclavagistes durant la guerre de Sécession, avait été déboulonnée en Virginie.

En France c’est aujourd’hui une sculpture à l’effigie de Napoléon qui relance le débat : Nicolas Mayer-Rossignol, l’actuel maire de Rouen, a évoqué son souhait de féminiser l’espace public de la ville. Dans cette optique, il envisage de remplacer la statue de Napoléon par une œuvre érigée en hommage à l’avocate féministe Gisèle Halimi, décédée en 2020.

Depuis l’annonce, de nombreux internautes réagissent. Certains s’enthousiasment à cette perspective tandis que d’autres alertent sur le risque d’effacer la mémoire collective. Et c’est là tout le cœur du débat : faut-il faire disparaître des figures historiques dérangeantes de l’espace public ou, au contraire, les laisser exposées pour perpétuer l’Histoire, aussi violente soit-elle ?

• L’Art statuaire peut-il être abstrait ?

L’Art statuaire est également plébiscité par le monde sportif et plus particulièrement par le football qui rend régulièrement hommage à ses plus grands athlètes.

Si des statues sont quelques fois ratées et suscitent la raillerie, d’autres s’inscrivent dans une démarche artistique incomprise du grand public. En 2017, la sculptrice égyptienne Mai Abdallah avait proposé une caricature du footballeur Mohamed Salah – au centre de l’image. N’ayant pas été perçue comme telle, l’œuvre avait été vivement critiquée à cause de ses membres disproportionnés.

Au-delà des débats traditionnels qu’elle suscite, la statuaire publique questionne de plus en plus l’esthétique d’une œuvre ; une nouvelle donne complexe, avec laquelle il faudra désormais composer… À moins que l’émergence de l’Art invisible n’envahisse l’espace public et mette ainsi un terme aux débats : en juin dernier, la première statue invisible a été vendue 15 000 euros.

Audrey Denjean

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