L’histoire philatélique des boules de Moulins

L’histoire philatélique des boules de Moulins recouvre une période précise et particulière dans l’Histoire de France. Nous sommes le 19 Juillet 1870 : la France ressort abasourdie et meurtrie d’une défaite militaire contre la Prusse à Sedan. Cette date marque l’abolition du Second Empire de Napoléon III. Plus tard, la population parisienne se retrouve assiégée par les Prussiens. Coupés de l’extérieur, les Parisiens doivent contrer la répression des assaillants, en faisant preuve d’ingéniosité pour communiquer avec le monde extérieur. Des idées se mettent en place, dont les boules de Moulins.

L’histoire philatélique des boules de Moulins - Le blog du hérisson
Collection du musée Carnavalet ©Hélène Vonoven

Le mouvement précurseur des boules de Moulins

Les Prussiens entourent la ville de Paris et bloquent toutes les voies d’accès. Les Parisiens ne peuvent compter que sur eux-mêmes : ils s’informent comme ils peuvent mais le fait d’être à court de nouvelles met les habitants dans une situation très angoissante. Il ne faut pas oublier que la guerre est toujours présente et que des événements peuvent survenir, qu’ils soient d’intérêt national ou personnel.

Le quotidien des habitants de Paris est également bousculé à cause du manque de nourriture. Ils sont tenaillés par la faim et sont forcés de vivre en autarcie. Le moral est donc vital ! Il est crucial que les informations officielles et le courrier soient assurés pour les familles des personnes concernées.

Durant le siège de la capitale française, la population parisienne s’organise pour traverser le blocus. La poste aérienne voit le jour avec le décollage de 67 ballons à gaz, communément appelés “montgolfières”. Ces ballons sont chargés de lettres et de pigeons voyageurs qui transmettront, plus tard, des écrits et du contenu précieux pour les assiégés. Plusieurs ballons arrivent à bon port dans différentes provinces. Ils donnent enfin de l’espoir aux proches, après un contact rompu depuis plusieurs semaines.

L’histoire philatélique des boules de Moulins - Le blog du hérisson
Le Siège de Paris, huile sur toile, 1870-1884, Paris, collection musée d’Orsay ©Ernest Meissonier

Une invention postale prometteuse

Un groupe de 3 ingénieurs, M. Delors, M. Robert et M. Vonoven, prend la décision d’envoyer le courrier, en s’inspirant d’une méthode de contrebandiers : ils inventent alors les boules de Moulins. Elles se présentent sous la forme d’une sphère en zinc creuse avec de petites ailes, capable de contenir jusqu’à 2 kg de courrier. Soudées afin de les rendre étanches, elles doivent franchir les lignes de front sans attirer l’attention de l’ennemi.

L’expression “boules de Moulins” vient du fait que chaque boule, contenant ces lettres, ait été conçue dans la commune de Moulins-sur-Allier. La ville devient progressivement le centre névralgique des expéditions. Pour effectuer le voyage à Paris, les boules sont conduites à Montereau-Fault-Yonne, une ville en bordure de Seine, située en amont du blocus. Les sphères sont, ensuite, plongées dans le fleuve, entraînées par le courant et doivent être repêchées avec un filet, préalablement placé pour les agripper.

L’issue catastrophique des boules de Moulins

Dans cette entreprise, les ingénieurs lancent une petite révolution philatélique car les affranchissements de lettres sont uniquement réalisés avec un tampon spécial. Pour l’obtenir, chaque personne doit verser 1 franc, dont 80 centimes sont octroyés aux ingénieurs et le reste pour les frais d’affranchissements du courrier. Beaucoup de traces ont ainsi pu être identifiées et conservées pour témoigner de la tension régnante au cours de cette période. Cependant, cette invention prometteuse connaît l’issue la plus catastrophique dans l’histoire philatélique et postale de France.

Au total, 55 boules de Moulins sont envoyées depuis Montereau-Fault-Yonne mais aucune d’entre elles n’arrive dans les mains des Parisiens. C’est une cruelle désillusion pour les habitants. Les causes de cet échec sont dues, en partie, aux saisons automnale et hivernale. La baisse des températures et la décomposition organique des végétaux aurait favorisé la création de fonds vaseux, bloquant ainsi la progression des boules de Moulins. Dans une autre hypothèse, certaines d’entre elles seraient passées à travers les mailles des filets fragilisées par le gel.

L’histoire philatélique des boules de Moulins - Le blog du hérisson
Lettre retrouvée dans une boule avec les deux affranchissements (le rouge à 80 cts et le bleu à 20 cts), collection Roger Clarysse

L’intérêt historique et philatélique

Considérée comme une catastrophe postale majeure, l’invention suscite beaucoup d’intérêt sur le plan historique. Des boules de Moulins ont, en effet, été retrouvées progressivement d’année en année. La dernière en date est relevée en 1982, soit plus de 100 ans après !

Les différentes lettres, pour la plupart d’entre elles, sont dans un excellent état de conservation. À l’heure actuelle, il en reste très peu qui n’ont pas été découvertes. Toutefois, elles font l’objet d’une collection très rare car elles représentent un patrimoine historique et culturel très riche. Les services postaux sont aussi dans l’optique d’accomplir la mission de leurs prédécesseurs, en restituant le courrier aux descendants des familles.

Les boules de Moulins font encore l’objet de beaucoup de questions et d’hypothèses. L’issue de la guerre aurait pu être différente si les boules avaient été réceptionnées. Les Parisiens auraient-ils pu résister face aux envahisseurs avant de recourir à l’armistice ? La tournure des événements aurait-elle contraint les assiégés à rejoindre leurs proches ou à rester sur place ? Quel serait le récit de cette période si les boules de Moulins n’avaient pas existé ?

Pour terminer, les boules de Moulins représentent une curiosité historique mais aussi une énigme philatélique. Personne ne peut dire s’il existait une solution plus efficace pour adresser les nouvelles et les informations. Néanmoins, l’invention aura permis de recenser des centaines de témoignages qui prouvent la véracité des faits.

Yves-Marie Hameaux

Laisser un commentaire