One Ocean Summit 2022 : l’océan enfin protégé ?

Organisé sous l’impulsion du président E. Macron, dans le cadre de la présidence du Conseil de l’Union européenne, One Ocean Summit s’est tenu à Brest du 9 au 11 février 2022. L’initiative vise à prendre conscience de l’état des océans et du niveau d’urgence à s’engager pour le protéger. Les océans recouvrant majoritairement la surface du globe et leur pollution étant alarmante depuis de nombreuses années, ce sommet paraît à la fois incontournable et malheureusement, tout à fait tardif. L’océan va-t-il enfin être protégé grâce à One Ocean Summit 2022 qui a réuni chefs d’Etat, scientifiques et acteurs économiques ? Que faut-il retenir de ce premier évènement pour la protection des océans ? Quels engagements ont été pris ? Et sur quelles échéances nos dirigeants pensent-ils pouvoir agir ?

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Tortues dans les eaux turquoises du Pacifique proche de l’île d’Hawaï

Le premier évènement en faveur de la protection des océans

One Ocean Summit est le premier événement politique organisé en faveur de la protection des océans. Les problèmes liés à la pollution du monde marin ne datent pas d’hier et pourtant, il aura fallu attendre 2022 pour qu’un sommet soit consacré aux mers et océans qui couvrent 70 % du globe. D’autres évènements centrés sur la préservation de l’environnement sont prévus cette même année : COP15, COP27, la conférence des Nations Unis à Lisbonne en juin, dont l’attention se porte également sur la sauvegarde des océans.

Brest a donc accueilli le premier sommet sur la conservation de la biodiversité océanique en espérant que des mesures fortes s’en dégagent.

One Ocean Summit : Les engagements

• Pollution plastique des océans

La pollution plastique des mers et des océans représente un problème majeur. L’initiative Clean Oceans lancée en 2018 se voit renforcée de 4 milliards d’euros d’investissement d’ici 2025, en vue d’élargir ses actions pour la préservation des eaux dans le monde entier. Clean Oceans accompagne plusieurs pays en voie de développement dans le traitement de leurs déchets afin que les plastiques n’atterrissent plus dans les fleuves, qui naturellement alimentent les océans et les polluent.

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Plage de l’Océan Indien remplie de déchets plastiques

• Surpêche et pêche illégale

La surpêche et la pêche illégale sont de véritables fléaux pour la biodiversité marine. Environ 90 espèces menacées d’extinction continuent d’être pêchées et commercialisées sans que le consommateur soit suffisamment alerté.

14 pays ont promis d’améliorer leur lutte contre la pêche clandestine. Plusieurs membres de l’Union européenne se sont engagés à mobiliser leur marine d’État, pour surveiller la pêche illégale, en accord avec la réglementation européenne de 2008. Le président français a souhaité que les subventions encourageant la surpêche et la pêche illicite soient impossibles. Pour le moment rien n’a été acté, laissant le problème de la surpêche en suspens, au grand désarroi des ONG.

• Nouvelles zones maritimes protégées

La Polynésie française promet d’établir une zone maritime protégée de 500 000 km2 et la même surface dédiée à la pêche côtière. Pour autant, certaines associations relèvent que la pêche industrielle n’y sera pas interdite. Ces aires marines seront-elles vraiment protégées au sens strict ?

Du côté de la Méditerranée, la France, l’Italie, l’Espagne et Monaco souhaitent, par le biais de l’Organisation Maritime Internationale, la création d’une Zone Maritime Particulièrement Vulnérable. Le sanctuaire de Pelagos d’environ 87 000 km2 est une zone particulièrement critique dans laquelle vit une population importante de baleines, dans un flux intensif de ferrys et pétroliers. Les collisions avec des cétacés sont fréquentes et la question de la limitation de la vitesse dans ce type d’espace en préserverait la biodiversité.

Les Terres australes françaises voient leur réserve naturelle s’étendre encore pour devenir le deuxième plus grand espace marin protégé du monde avec une superficie de 1 662 000 km2.

Quels délais pour sauvegarder la biodiversité marine

Les engagements pris n’ont pas un effet immédiat, et requièrent souvent un temps de négociation puis d’adaptation des acteurs principaux. Certains enjeux ont pour horizon 2030, voire 2050. Clean Oceans, déjà sur le front, a permis à certaines villes du Sri Lanka d’améliorer leurs réseaux d’assainissement, et la création d’une nouvelle décharge pour la capitale du Togo. Nestlé promet 100 % de packaging recyclable d’ici 2025. Et la France s’est engagée à traiter, dès cette année, 3 décharges abandonnées, situées sur le littoral, présentant un risque élevé de pollution. L’échéance est portée à 10 ans pour les autres décharges.

Le Traité pour la Haute Mer, visant à protéger les zones maritimes sans aucune juridiction, soit les trois-quarts des océans, rassemble aujourd’hui tous les pays de l’Union européenne et une quinzaine d’autres États. La conclusion des négociations du traité est attendue cette année.

L’Europe se veut leader dans ce combat pour la faune et la flore marine et dévoile son projet d’une réplique numérique des océans : Digital Twin. Dans le même temps, l’UNESCO annonce la cartographie de 80 % des fonds marins d’ici 2030. Aujourd’hui seuls 20 % sont cartographiés.

L’enjeu majeur de ce sommet est la gouvernance des océans. Il s’agit de préserver une source de vie extraordinaire, mais pas inépuisable, et qui concerne le monde entier. Trouver des accords à l’échelle mondiale afin de progresser dans la protection de cette ressource est indispensable. Agir sur une seule partie des océans n’a pas de sens.

One Ocean Summit représente le début d’une mobilisation en matière de gestion durable des milieux marins. Plusieurs volontés se sont fait entendre et l’Union européenne cherche à prendre une place décisive dans un projet mondial. Toute initiative pour préserver les écosystèmes océaniques est évidemment saluée de bon cœur, mais les ONG restent sur leurs faims et alertes face aux coups de communication des politiciens. D’autres rencontres tout au long de l’année permettront en principe de faire avancer ce qui a été entamé à Brest en faveur des ressources marines. Rendez-vous à la conférence de l’ONU en juin pour en avoir le cœur net. D’ici là, suivez de près l’actualité de vos poissons préférés.

Maël Poullain

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