Doomscrolling : le piège numérique

Vous êtes parfois envoûté par votre smartphone, hypnotisé par le flux d’informations qui défilent sous vos yeux ? Si les actualités que vous lisez sont majoritairement négatives, vous êtes sans doute concerné par ce phénomène mystérieux qui s’empare des internautes depuis la pandémie. Le doomscrolling est l’association de deux termes anglais : « Doom » qui signifie la chute, la fin ou l’effondrement et le verbe « scroll » qui définit l’action de faire défiler son écran numérique. Sa particularité repose sur la recherche et l’exposition intensive de sujets tristes et sombres, amplifiés par le scroll infini. Ce nouveau comportement sur Internet donne lieu à une stratégie de communication très répandue sur le web dont certaines activités commerciales s’en réjouissent. Pour savoir si vous êtes concerné par le doomscrolling, identifions ensemble sa nature et son impact psychologique. Comment a-t-il vu le jour ? Pourquoi marche-t-il si bien sur notre cerveau ? Quelles sont les conséquences sur la santé ? Enfin, obtenez des conseils pour vous éloigner du doomscrolling, le piège numérique qui influence les internautes au quotidien.

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Comprendre le phénomène du doomscrolling

Bien que le scrolling ait été inventé il y a longtemps, le terme « doomscrolling » a été utilisé pour la première fois sur Twitter en 2018 et s’est amplifié depuis 2020. Au début du Covid-19 le monde entier a cherché des informations sur le Web, cette nouvelle habitude continue à se répandre. S’informer seul est une bonne initiative, cela signifie que l’internaute est moins influencé par les chaînes de télévision, car elles partagent uniquement les sujets qu’elle décide elle-même de diffuser. Il s’agit de prendre le contrôle des renseignements que l’on souhaite recevoir. Mais le cercle vicieux peut s’enclencher et faire succéder les mauvaises nouvelles, les événements démoralisants et les vidéos déprimantes à la pelle. C’est l’exposition intensive et la participation aux commentaires concernant des sujets angoissants qui détermine le doomscrolling. La société est ultra connectée, elle passe beaucoup de temps à naviguer sur les réseaux sociaux et le scroll infini nous empêche de quitter nos écrans des yeux. C’est un comportement addictif inventé par Aza Raskin. Il explique son idée à travers l’exemple du verre de vin :

Quand vous arrivez à la fin de votre verre, votre cerveau se réveille. Vous vous dites : je devrais peut-être m’arrêter ou en reprendre un autre ? Imaginez que votre verre se remplit seul quand vous ne le regardez pas… Vous allez boire beaucoup, beaucoup plus de vin. C’est exactement ce qu’il se passe ici.

Le défilement continu est devenu un geste naturel, il est donc facile de perdre la notion du temps et de surfer pendant des heures… Depuis un certain temps, nos comportements addictifs sont devenus une arme puissante pour les publicitaires, la presse et les générateurs de fake news. Pour des raisons économiques, leur fonctionnement est basé sur l’apport intensif d’informations flash et impactantes. Ils publient des titres et des scénarios frappant pour créer le sentiment d’urgence, c’est l’art d’émouvoir, de sensibiliser, de toucher… Et certains n’hésitent pas à avoir recours à la désinformation pour gagner plus d’argent.

L’impact du doomscrolling sur le cerveau et notre santé

Le cerveau humain mémorise plus facilement les événements négatifs, c’est une manifestation psychologique connue sous le nom de « biais de négativité ». La majorité des internautes ne réalise pas qu’ils sont exposés à un flux continu d’informations dramatiques. Les algorithmes des médias sociaux enregistrent les thématiques lues par l’utilisateur pour lui présenter un large choix de sujets similaires, cette méthode encourage le doomscrolling. Autrement dit, si vous regardez des vidéos de chats quotidiennement, le robot vous proposera plus de minous et certainement d’autres animaux mignons, si vous lisez des articles sur l’effondrement de la société, imaginez les thèmes suggérés sur votre fil d’actualité. Un adulte passe en moyenne 5h par jour sur un écran. L’exposition abusive à un appareil numérique interrompt la production de mélanine, l’hormone qui déclenche le sommeil et « 30 % des individus sondés affirment souffrir de troubles du sommeil » déclare Santé publique France. Le manque de repos provoque de graves répercussions sur l’état de santé générale : maladies cardiaques, hypertension artérielle, fatigue chronique, troubles de l’humeur… Le doomscrolling amplifie l’impact psychologique par son débordement d’annonces plus dramatiques les unes que les autres. Il nourrit les angoisses, renforce l’état dépressif et le stress. L’isolement est également une conséquence grave à prendre en compte. Le journal Abnormal Psychology, a révélé une augmentation des taux de suicide chez les jeunes adultes.

Comment éviter le piège numérique du doomscrolling

• Modifier sa relation avec les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux sont devenus un passe-temps pour de nombreuses personnes. Vous pouvez changer votre lien avec ces plateformes et occuper votre temps autrement : lecture, bricolage, jeux de société, moment en famille ou entre amis, jardinage, faire du bénévolat et toutes les activités qui permettent de décrocher. Pour s’éloigner davantage des médias sociaux, il est vivement conseillé de supprimer les notifications et de contrôler le temps de connexion.

• Gérer son temps d’exposition

Les smartphones d’aujourd’hui disposent d’une fonctionnalité qui permet d’évaluer le temps passé sur chaque application. Ainsi, vous pourrez consulter le nombre d’heures écoulées sur les réseaux et modifier vos habitudes. Les applications suivantes sont également disponibles : Social Fever et Freedom pour gérer la dépendance numérique.

• Développer un sens critique et apprendre à identifier la source exacte

Info ou intox ? Avec la multitude de choix qui défilent sous nos yeux, il est important d’acquérir une éducation sur l’utilisation du Web et des réseaux sociaux. Savoir identifier les sources des contenus lus, partagés et commentés. Cela consiste à obtenir les bonnes informations et d’avoir un sens critique.

• Choisir et contrôler la nature de ses contenus

Choisissez vous-même les contenus visionnés, ne vous laissez plus entraîner par les algorithmes. Le choix des comptes, des groupes, des influenceurs et des actualités que vous suivez est déterminant. Optez pour les bonnes sources, éloignez-vous des médias mainstream et rapprochez-vous des indépendants, libres et alternatifs, qui apportent des solutions, de l’espoir et du positif dans le négatif. Ils traitent les sujets avec plus de bons sens et de discernement, sans jouer sur la désinformation et l’hypnose par l’émotion. Tout comme Thinkerview, Mr Mondialisation, Reporterre, Arte, Le Média, La Relève et la Peste, MédiaPart. Privilégiez également les newsletters car les informations essentielles viennent directement à vous dans votre boîte mail, de cette façon, vous n’êtes plus en perpétuelle recherche.

Maintenant, vous êtes capable d’identifier le doomscrolling. Rappelez-vous qu’il est difficile d’être au courant de tout, Internet est une pépite, mais ne basculez pas dans l’infobésité. Il s’agit de se concentrer sur le positif et d’équilibrer la balance, car le monde n’est pas fait uniquement de bonnes nouvelles. Continuez à vous renseigner par vous-même mais faites-le avec plus de discernement et de vigilance.

Camille Vallois

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