Supporter le confinement : la leçon d’Anne Frank

Le 17 mars 2020, la France est entrée en confinement pour se protéger d’un fléau mondial : la pandémie de Covid-19. Retour sur le destin tragique d’une confinée célèbre : Anne Frank. Voilà 80 ans, elle s’enfermait volontairement avec sa famille pour échapper elle aussi à un fléau mondial mais autrement plus meurtrier : la barbarie nazie. Relisez le journal qu’elle a tenu pendant ces deux années d’isolement. Comment supporter le confinement : la leçon d’Anne Frank.

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Anne Frank à son bureau ©Ann Ronan / AFP

L’entrée en confinement

Tout commence le lundi 6 juillet 1942. Ce matin-là, à 7 heures 30, la famille Frank quitte discrètement son appartement d’Amsterdam pour rejoindre « l’Annexe ». Face au durcissement des lois anti-juives aux Pays-Bas, Otto Frank, qui avait fui l’Allemagne nazie en 1933, prend la décision d’installer sa famille dans la clandestinité en attendant la fin de l’occupation allemande

En effet, les arrestations et déportations de juifs s’intensifient dans toute la Hollande. Depuis plusieurs mois déjà, avec la complicité de quelques employés, il a aménagé une cachette dans des locaux inoccupés, au-dessus des bureaux de l’usine de conditionnement d’épices dont il était directeur. Ce confinement dans l’Annexe, devenue aujourd’hui le Musée Anne Frank, va durer deux ans et un mois.

Des conditions de vie éprouvantes

Les occupants de l’Annexe sont au nombre de huit. La famille Frank (Otto, sa femme Edith et leurs filles Margot, 16 ans, et Anne, 13 ans) sera bientôt rejointe par le couple Van Pels et leur fils Peter, âgé de 16 ans, puis par un dentiste, M. Pfeffer. Tous sont juifs et fuient la menace grandissante des rafles et de la déportation

Aussi planifiée qu’elle ait été, cette vie de confinés s’avère vite éprouvante, physiquement et moralement. Personne parmi le personnel de l’usine et le voisinage ne doit soupçonner que des occupants clandestins se cachent là. Tout le temps que l’usine est en activité, il faut parler bas et marcher sur la pointe des pieds. De jour comme de nuit, les fenêtres de l’Annexe doivent rester obstruées pour qu’aucun signe de vie ne soit visible de l’extérieur. 

Ces « emmurés vivants » survivent grâce à des provisions emmagasinées et à la visite régulière de leurs complices de l’extérieur. Ceux-ci les fournissent en nourriture et objets de première nécessité grâce à des tickets de rationnement achetés clandestinement et surtout grâce au marché noir. Mais l’approvisionnement est aléatoire car tout se fait rare dans le pays occupé. De plus, les visites de leurs protecteurs doivent s’entourer d’un luxe de précautions : il ne faut pas éveiller les soupçons sur ce qui n’est censé être que des entrepôts vides.

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Une page du journal d’Anne Frank

Une cohabitation difficile

Les semaines et les mois passent et l’enfermement pèse sur les confinés. Adolescente débordante d’énergie et de projets, Anne s’occupe tant bien que mal avec ce qu’elle a pu se procurer dans son confinement. Elle étudie ses leçons, apprend la sténo, lit énormément et écrit, son journal bien sûr, mais aussi des contes qui paraîtront en 1959. 

Mais ce confinement qui dure, sans perspective de fin, et la promiscuité subie génèrent des tensions entre les occupants de l’Annexe. Anne, qui a un caractère entier, n’y est pas pour rien, elle qui trouve Mme Van Pels « insupportable », considère sa mère « chaque jour avec plus de mépris » et s’impatiente de devoir toute la journée « supporter les gens qui [lui] portent sur les nerfs » ou qui [la] comprennent toujours de travers ». La peur, l’enfermement mais aussi l’espoir, les projets d’avenir sont autant de sujets qui remplissent les pages de son journal.

L’humeur générale chez les confinés fluctue au gré des nouvelles, bonnes ou mauvaises, que leur apportent leurs visiteurs ou Radio Orange (la radio du gouvernement en exil à Londres) : les débarquements successifs des Alliés ou la nouvelle des arrestations d’anciens amis soufflent tour à tour le chaud et le froid parmi eux.

Un dénouement tragique

Été 1944 : voilà maintenant deux ans que les trois familles sont confinées dans leur abri resté inviolé malgré quelques alertes. L’espoir s’installe parmi les reclus depuis la nouvelle du Débarquement en Normandie : leur libération devrait être une question de mois. Mais le destin en a décidé autrement.

Le 4 août 1944, à 10 heures du matin, une voiture s’arrête devant l’Annexe et quatre hommes en sortent : un officier SS et trois Néerlandais au service de la Gestapo. Ils se dirigent tout droit vers la cachette des huit clandestins. Tous sont arrêtés et déportés dans le dernier convoi pour Auschwitz où ils arrivent le 6 septembre. Un seul en reviendra vivant, Otto Frank. Une fois acquise la triste certitude que sa femme et ses filles sont mortes en déportation, il s’attache à la parution du journal de Anne que sa secrétaire, Miep Gies, a précieusement gardé dans l’espoir de leur retour.

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Le journal d’Anne Frank en Livre ©Le Livre de Poche

Le 5 avril 1944, Anne Frank écrivait dans son journal : 

Quand j’écris, je me débarrasse de tout, mon chagrin disparaît, mon courage renaît ! (…) Je ne veux pas, comme la plupart des gens, avoir vécu pour rien. (…) Je veux continuer à vivre, même après ma mort.

Voilà qui est fait.

Véronique Hamon

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