Bitcoin : le nouvel or numérique ?

A moins d’habiter dans une grotte, vous avez déjà sûrement entendu parler du Bitcoin, cette cryptomonnaie qui fait de plus en plus parler d’elle, en bien comme en mal. A l’heure d’Internet, et alors que presque tous les pans de la société se numérisent, le Bitcoin apparaît comme principal challenger dans le processus de digitalisation de la monnaie, certains le comparant même à de l’or numérique. Mais alors qu’est-ce que le Bitcoin ? Pourquoi est-il le roi des cryptomonnaies ? Quels sont les avantages et les inconvénients de cette technologie ? Multiples sont les interrogations qui permettent de répondre à cette fameuse question. Bitcoin : le nouvel or numérique ?

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La naissance de Bitcoin

Fin 2008, alors que le monde de la finance commence tout juste à se relever d’une crise financière que l’on surnommera la crise des subprimes, Satoshi Nakamoto, dans un total anonymat, pianote sur son ordinateur l’algorithme de Bitcoin. En réalité, Satoshi Nakamoto est un pseudonyme. A l’heure qu’il est, personne ne connaît l’identité de cet individu, ou ce groupe d’individus.
Toujours est-il que Satoshi Nakamoto, en décembre 2008, crée une mailing list dans laquelle se trouve principalement des cypherpunks, des geeks parfois célèbres (comme Hal Finney par exemple) adeptes de la cryptographie et fervents défenseurs de la vie privée. C’est comme ça que Satoshi Nakamoto présente à son public, aussi restreint soit-il pour le moment, la naissance de son bébé nommé Bitcoin. L’idée, résumée dans un document technique appelé “livre blanc”, séduit instantanément les membres de cette mailing list qui s’empressent de faire savoir au reste du monde la naissance de cette toute nouvelle cryptomonnaie révolutionnaire.
L’idée est simple. Bitcoin est une monnaie numérique, fonctionnant sans autorité centrale, et qui a pour but d’échanger de la valeur de pair à pair. Aussi basique soit-elle, cette idée est en réalité révolutionnaire. En effet, c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’une technologie permet à deux individus qui ne se connaissent pas d’échanger de la valeur de façon totalement sécurisée, sans avoir besoin d’un tiers de confiance (comme une banque par exemple).
Mais alors, si l’idée paraît si simple, quels sont les ingrédients magiques de la recette Bitcoin ?

Les trois ingrédients du Bitcoin

Bitcoin lui-même étant une révolution technologique, les ingrédients qui le composent existaient déjà bien avant son invention, certains depuis très longtemps. Le génie de Satoshi Nakamoto réside dans la recette elle-même, et non dans les ingrédients technologiques qui la composent. Voici les trois principales technologies présentes dans le Bitcoin :

• La blockchain

La blockchain, ou chaîne de blocs, est un réseau d’ordinateurs qui permet de sauvegarder des informations de façon décentralisée, transparente et sécurisée. Bitcoin se voulant être un système monétaire, les informations qui sont sauvegardées concernent les transactions effectuées sur la blockchain de Bitcoin.

Un bloc est un fichier dans lequel on inscrit le détail de toutes les transactions qui s’opère sur la blockchain. Par exemple, Robert à envoyé 1 Bitcoin à Françoise le 7 juillet 2021, Melissa a envoyé 0,1 Bitcoin à Kevin le 1er janvier 2022 etc…

Une fois que le bloc a été rempli de transactions et qu’il a atteint sa taille maximale (limitée aujourd’hui à 1 MO), il doit être sécurisé. C’est là que rentre en jeu la cryptographie.

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• La cryptographie

Comme vous l’aurez deviné, le préfix du mot cryptomonnaie tire son nom de la cryptographie. Née plusieurs siècles avant notre ère, la cryptographie est une technique qui permet d’échanger de l’information de façon confidentielle. Depuis toutes ces années, la cryptographie a considérablement évolué, donnant naissance à plusieurs catégories. Bitcoin utilise la cryptographie asymétrique qui permet à deux personnes d’échanger une information de manière chiffrée grâce à l’utilisation de clés publique et privée.

Sans trop rentrer dans les détails, reprenons notre exemple. Robert, avec son portefeuille qui a pour adresse R9FJRY7, souhaite envoyer 1 Bitcoin vers le portefeuille de Françoise qui a pour adresse FLCN08FU. La clé publique de Robert permet de chiffrer la transaction, tandis que la clé privée de Françoise permet de déchiffrer la transaction. Grâce à la clé privée de Françoise, celle-ci peut découvrir que le portefeuille de Robert lui a gracieusement envoyé 1 Bitcoin à 9h52 le 7 juillet 2021.

Vous vous dîtes que Robert et Françoise sont experts en informatique ? Pas du tout ! Ils sont tous les deux boulangers et n’y connaissent rien en cryptographie. Alors comment est-ce que Françoise peut être sûre que Robert lui a bien envoyé 1 Bitcoin ? Grâce à la preuve de travail.

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• La preuve de travail

La preuve de travail, ou proof of work, est le consensus officiel de la blockchain Bitcoin. Inscrite dans l’algorithme de Bitcoin, la preuve de travail est une technique utilisée pour sécuriser chaque bloc afin de prouver à tout le réseau qu’un bloc a bien été sécurisé et que les informations qui s’y trouvent sont correctes.

Imaginez qu’un hacker arrive à pirater un des blocs qui contient la transaction de Robert et Françoise. Pas de chance pour Robert, le pirate remplace l’adresse du portefeuille de Françoise par la sienne et, tant qu’il y est, remplace 1 Bitcoin par 100 Bitcoin, histoire d’être millionnaire jusqu’à la fin de ses jours. Robert se verrait dépouillé de tous ses Bitcoin. Heureusement, cela est impossible. En tout cas, jusqu’à preuve du contraire, personne n’a réussi à pirater la blockchain Bitcoin depuis sa création, et ce n’est pas faute d’avoir essayé.

Lorsqu’un bloc est rempli de transactions, tous les ordinateurs, (en réalité ce sont des groupes d’ordinateurs appelés nœuds) du réseau Bitcoin sont mis au courant. A présent, leur objectif est de sécuriser ce bloc en résolvant une équation cryptographique. On les appelle les mineurs, en hommage aux travailleurs qui allaient risquer leur vie dans les mines d’or. Or, la seule solution des mineurs pour résoudre cette équation mathématique est d’essayer toutes les possibilités jusqu’à trouver la bonne combinaison. Cette résolution cryptographique, définie par l’algorithme de Bitcoin, dure environ 10 minutes. Lorsqu’un des mineurs trouve la solution, les autres nœuds du réseau sont notifiés, permettant ainsi à l’entièreté du réseau de vérifier si la version du bloc est bien la même sur tous les nœuds de la blockchain. Si ce n’est pas le cas, le bloc se verra rejeté par l’ensemble du réseau, l’ordinateur du mineur mal intentionné ayant consommé du temps, de l’énergie et de l’électricité pour rien. En revanche, si le bloc est validé par le reste du réseau, le mineur est récompensé en Bitcoin. En effet, la résolution de cette équation cryptographique constitue la preuve que l’ordinateur en question a effectué un travail pour arriver à sécuriser ce bloc, et donc il doit être récompensé. C’est de cette façon que les Bitcoin sont créés.

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©Cryptoast

Les avantages de Bitcoin

Le premier avantage qui saute aux yeux lorsqu’on utilise Bitcoin pour la première fois est sa rapidité, et plus précisément son efficacité par rapport au système bancaire traditionnel. Sans parler du temps que l’ouverture d’un compte dans une banque traditionnelle peut prendre, aujourd’hui, si vous envoyez de l’argent à un ami, votre virement sera réalisé dans les 24 à 48 heures après son enregistrement par la banque. Avec Bitcoin, cela ne prend que quelques secondes seulement, peu importe la somme ou la destination.

Comme nous l’avons vu précédemment, l’émission des Bitcoins se fait de façon décentralisée, grâce au consensus de preuve de travail. L’algorithme prévoit que 21 millions de Bitcoin peuvent être créés, pas un de plus. Il n’y a donc pas d’entité centrale pouvant contrôler l’émission des Bitcoins, comme c’est le cas avec le système financier actuel. D’ailleurs, le Bitcoin a justement été créé pour éviter les abus auxquels les banques centrales se laissent aller lors des crises récentes, à savoir créer de l’argent à partir de rien pour relancer l’économie, ce qui a pour conséquence de dévaluer la monnaie, et donc de créer de l’inflation.

L’un des maîtres mots de Bitcoin est la décentralisation. A l’origine, Internet se voulait être un système décentralisé, mais, comme cela ne vous a pas échappé, les informations qui circulent sur Internet sont souvent centralisées sur quelques serveurs, posant des problèmes de sécurité. Si une entreprise se fait pirater, ou alors qu’une catastrophe naturelle endommage ses serveurs, les informations peuvent être perdues à tout jamais. A contrario, l’avantage de la blockchain permet une imperméabilité totale face à ce genre de phénomène dramatique. Les informations étant présentes sur chaque ordinateur du réseau, si l’un d’eux subit une attaque (d’origine humaine ou naturelle), ceci n’aura aucun impact sur les informations perdues, falsifiées ou dérobées, car les bonnes informations résideront toujours sur tous les autres ordinateurs, à savoir une majorité écrasante.

De plus, la centralisation actuelle des données pose des questions d’ordre moral. Les GAFAM possèdent nos données personnelles et en ont donc le contrôle total. Elles peuvent les revendre à d’autres tiers sans notre consentement. La décentralisation des blockchains vient donc poser les bases de ce que l’on appelle déjà le web 3.0.
Dans les années 1990, un jeune marché appelé Internet connaît un succès grandissant. Il permet de consulter des informations statiques sur un écran: c’est le web 1.0. Plus tard, à partir des années 2000, le web devient plus social et dynamique, laissant la possibilité aux utilisateurs de consulter la donnée, mais aussi de la créer, les réseaux sociaux étant l’exemple le plus flagrant: le web 2.0 est né. En étant encore à ses balbutiements, le web 3.0 commence à émerger grâce à l’apparition des cryptomonnaies et de la blockchain. Le but principal est de redonner le contrôle de la donnée à l’utilisateur, qu’il en soit le propriétaire, contrairement au système centralisé dans lequel Internet se trouve encore à l’heure actuelle.

Alors que tous ces avantages concernent principalement les pays développés, Bitcoin résout aussi des problèmes qui ne viendraient même pas à l’esprit d’un français ou d’un européen. Dans le monde, 30 % des gens n’ont pas de banque. Bitcoin permet de bancariser ces populations exclues du système bancaire d’une façon relativement simple. Pour cela, il suffit de posséder un téléphone et une connexion Internet. Ainsi, ces personnes se verront offrir la possibilité de recevoir, stocker et échanger de la valeur grâce à la technologie Bitcoin.

Les principaux avantages ayant été exposés, on pourrait encore en citer des dizaines d’autres. Malgré toutes les solutions que propose Bitcoin, la reine des cryptomonnaies n’a pas que des amis et subit parfois de vives critiques.

Les attaques contre Bitcoin

Malgré une longue liste de points positifs, le Bitcoin, depuis sa création, n’échappe pas aux critiques et aux attaques.

Bitcoin favorisant la liberté de chaque individu à disposer de son argent comme bon lui semble, il va de soi que cette liberté s’accompagne d’une certaine responsabilité. Pour le meilleur et pour le pire. L’un des principaux risques est de se tromper lors d’une transaction. Si l’utilisateur envoie un mauvais montant, ou pire, à une mauvaise adresse, son action est irréversible, et l’argent est perdu à tout jamais. La technologie de Bitcoin étant encore jeune à l’échelle de l’humanité, il faut parfois faire attention à des détails fastidieux, comme vérifier l’adresse du portefeuille à laquelle on envoie son argent; un peu comme au commencement d’Internet où il fallait être ingénieur pour envoyer un mail ou encore taper l’adresse IP d’un site Internet pour y accéder.

Le Bitcoin n’étant pas encore régulé ou garantie par une autorité centrale, les utilisateurs s’exposent à des risques qu’ils ne rencontreraient pas avec une banque traditionnelle. Attention, il n’est pas question ici de remettre en cause la sécurité de la blockchain Bitcoin qui, jusqu’à maintenant, à toujours été infaillible. Comme les utilisateurs de Bitcoin gèrent leur portefeuille, ils peuvent être sujet à des tentatives de piratage diverses et variées.
Il existe aujourd’hui deux principales façons de détenir de la cryptomonnaie : soit via un portefeuille physique (ou hardware wallet), soit via une plateforme centralisée; Coinbase, Binance ou encore Kraken étant les plus connues.
Le portefeuille physique correspond généralement à une clé USB que l’on branche sur un ordinateur pour accéder à ses cryptomonnaies. Dans ce cas, l’utilisateur possède ses clés privées qui sont stockées physiquement sur le hardware wallet. Mais si l’utilisateur perd sa clé, il perd aussi ses clés privées et donc l’accès à ses cryptomonnaies.
La deuxième solution consiste à acheter et vendre ses cryptomonnaies via des plateformes centralisées que l’on appelle des exchanges (les plateformes décentralisées existent également). Dans ce cas, les clés privées sont confiées aux plateformes et, si une d’elles fait faillite ou se fait pirater, l’utilisateur ne contrôlant pas totalement ses fonds peut se voir subtiliser son argent. En 2014, la plateforme MT. Gox, alors leader des exchanges de cryptomonnaies, se fait pirater plus de 700000 Bitcoins, se voyant dans l’obligation d’annoncer à ses utilisateurs que leur argent est définitivement perdu.

L’un des principaux arguments des détracteurs de Bitcoin concerne sa consommation d’énergie. Alors que d’autres cryptomonnaies ont opté pour des consensus moins énergivores que la preuve de travail, Bitcoin doit sa sécurité à une consommation non négligeable d’électricité pour sécuriser ses blocs de transaction. Mais, cette consommation d’énergie, appelée aussi hashrate, est-elle si conséquente que ça ?
En janvier 2022, le hashrate de Bitcoin s’élevait à 135 TWH par an, ce qui correspond à la consommation d’énergie d’un pays comme les Pays-Bas. Mais on oublie souvent de dire que la consommation énergétique du système monétaire traditionnel est cinquante fois supérieure à celle du Bitcoin. De plus, des d’entreprises de minages, comme BigLock Datacenter du français Sébastien Gouspillou, utilisent les surplus énergétiques des centrales hydroélectriques, favorisant ainsi une baisse considérable du gaspillage d’énergie. En résumé, remis dans son contexte, la consommation du Bitcoin n’est pas si importante que ça comparée à tout un tas d’autres secteurs d’activité, ce qui ne veut pas dire que l’industrie du Bitcoin doit arrêter ses efforts concernant l’optimisation de sa consommation d’énergie.

En conclusion, les avantages de Bitcoin sont plus nombreux que ses inconvénients, le rendant de plus en plus légitime aux yeux du grand public. Mais Bitcoin est-il vraiment le roi des cryptomonnaies ? A t-il des concurrents ? Qu’en est-il du reste de l’écosystème ?

Entreprise de minage à Rockdale au Texas - Le blog du hérisson
Vue aérienne d’une entreprise de minage à Rockdale au Texas ©Mark Felix / AFP

Le reste de l’écosystème

En août 2022, il existe approximativement 20000 cryptomonnaies, pour une capitalisation totale de mille milliards de dollars. Elles sont toutes répertoriées sur le site coinmarketcap. En novembre 2021, le Bitcoin a battu un nouveau record, atteignant les 69000 dollars l’unité, faisant de lui la cryptomonnaie la plus chère du marché. Entre-temps, plongé dans un contexte macroéconomique défavorable, la valeur du Bitcoin a chuté aux alentours de 20000 dollars, emportant avec lui le reste de l’écosystème des cryptomonnaies.
Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas la première fois que la valeur de Bitcoin explose à la hausse pendant plusieurs mois pour finalement redescendre d’une façon brutale. En réalité, ce phénomène se répète tous les quatre ans, forçant le marché des cryptomonnaies à s’auto réguler. Ainsi, alors que les projets les moins sérieux disparaissent, les cryptomonnaies les plus sérieuses survivent et prennent en valeur d’années en années. C’est le cas du Bitcoin qui ne cesse de prendre de la valeur depuis sa création. Certains optimistes le voient monter à un million de dollars dans les dix à quinze prochaines années. Malgré cette spéculation parfois extravagante, il reste vrai que le Bitcoin a connu une ascension vertigineuse depuis sa création en 2009. Les investisseurs de la première heure ont fait fortune, et il n’est donc pas étrange que certains comparent cette technologie à de l’or numérique.

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©Investopedia

La jeunesse et l’inconscience de l’écosystème des cryptomonnaies est un terreau fertile qui favorise l’émergence de nouveaux projets tous plus innovants les uns que les autres. On distingue ainsi plusieurs catégories de cryptomonnaies comme les NFT, la finance décentralisée, le gaming ou encore le Metaverse. Chaque cryptomonnaie se veut être la solution d’un problème, chacune ayant des différences parfois fondamentales. On pense à Ethereum, la cryptomonnaie la plus capitalisée après Bitcoin, qui a pour ambition de dépasser un jour le leader, même si les deux blockchains sont différentes et répondent à des besoins distincts. Il existe également des concurrents à Ethereum, comme Avalanche ou encore Solana.
Certaines autres cryptomonnaies se spécialisent dans l’interopérabilité des blockchains, comme Cosmos ou Polkadot, alors que d’autres comme AAVE ont pour ambition de décentraliser la finance traditionnelle.
La liste des projets de l’écosystème est longue, et il serait impossible de toutes les lister. Aussi passionnant soit-il, cet écosystème nous réserve encore bien des surprises, et les futurs GAFAM des cryptomonnaies ne sont peut-être même pas encore créés à l’heure où sont écrites ces lignes.
Même si la route est encore longue et que l’adoption massive de Bitcoin et des cryptomonnaies n’a pas encore démarrée, c’est un bien beau chemin que Bitcoin nous à ouvert il y a treize ans, lorsque Satoshi Nakamoto révélait au monde les quelques lignes de code qui allait bouleverser quelques années plus tard le système financier mondiale.

Fabien Bouvet

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