Écriture inclusive : un sujet qui divise

Parce qu’elle est bien plus qu’un signe typographique dans un groupe de mots, l’écriture inclusive soulève avec elle de vifs débats en France. Ne touche pas à la langue française qui veut ! Mais qu’est-ce que l’écriture inclusive exactement ? Pourquoi suscite-t-elle autant de polémique ? Deux camps ont l’habitude désormais de s’opposer sur ce sujet épineux : les défenseurs et les opposants. Tentons de comprendre pourquoi l’écriture inclusive est un sujet qui divise, après une présentation de ce qui pourrait être à l’avenir une nouvelle donne en matière de communication.

L’écriture inclusive : un sujet qui divise - Le blog du hérisson

Qu’est-ce que l’écriture inclusive ?

• Ses origines

Souvenez-vous de l’école élémentaire et de ses nombreuses règles d’orthographe et de grammaire. Il en est une que tout le monde connaît et utilise : le masculin l’emporte sur le féminin. Comme si c’était une course, un combat. Comme si l’un devait s’effacer devant l’autre. Pour comprendre cette règle, il faut remonter à ses origines, au XVIIème siècle : le grammairien Scipion Dupleix évoquait alors le masculin comme étant le genre le plus noble. Ça en dit long sur les mentalités d’autrefois…
C’est précisément sur ce point-là que l’écriture inclusive s’efforce d’agir, pour rétablir un équilibre.

Depuis de nombreuses années, elle s’immisce doucement dans le panorama de la langue française. Au fil du temps, elle trouve même d’autres qualificatifs : langage épicène, langage non-discriminant, écriture non-sexiste…

Les mots employés sont délibérément forts pour décrire une nouvelle forme d’écriture qui permet la mise au féminin systématique des mots quand cela est possible. Un double marquage des genres en quelque sorte pour mettre fin au règne tout puissant du masculin.

• Ses principes

Sous prétexte de rétablir presque une injustice, de remettre en question l’emploi du masculin comme étant la norme, l’écriture inclusive met en avant des grands principes :

  • L’accord de l’adjectif avec le sujet le plus proche et non forcément avec celui au masculin. Exemple : Les hommes et les femmes sont belles.
  • L’accord des grades, des fonctions, des métiers et des titres en fonction de leur genre. On n’écrira plus par exemple “George Sand est l’auteur de La Mare au diable” mais “George Sand est l’autrice de La Mare au diable”.
  • Le placement par ordre alphabétique de la marque du féminin et du masculin au pluriel : les candidates et les candidats. Ou bien le condensé des deux grâce à l’utilisation du point médian qui n’attribue plus au masculin sa supériorité, mais qui inclut désormais les deux sexes. On écrira ainsi : les salarié.e.s, les lecteur.rice.s, les maçon.ne.s.
  • La préférence pour des termes plus universels et plus neutres. On dira ainsi : Les droits humains au lieu de Les droits de l’Homme. On proscrit en plus au passage l’usage de la majuscule sur le mot masculin.

Depuis quelques années, on voit aussi la mention H/F, la création de nouveaux pronoms personnels inclusifs comme iel qui mixe les pronoms il et elle. Preuve que le mouvement est en marche, qu’il n’est pas anecdotique, de plus en plus de communications intègrent ces petites révolutions orthographiques et grammaticales. Mais ce n’est pas sans faire de vague.

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Quand l’écriture inclusive divise

Vous l’avez compris : l’écriture inclusive est une écriture “dégenrée”, qui part du postulat que le masculin n’a aucune raison de l’emporter sur le féminin. Grammaticalement parlant du moins. C’est ce qu’on croyait. Derrière ce principe, qui pourrait être interprété comme un caprice par certains, jaillit une vraie volonté de lutter contre les inégalités homme/femme.

Quand le langage devient un moyen d’affirmer haut et fort la place de la femme dans la société, quand il devient une arme de revendication, un vent de contestation ne tarde jamais à se lever. Mais qui en aurait douté ? En 2017, la parution d’un manuel pour les CE2, faisant la part belle au féminin dans ses pages, ne tarde pas à déchaîner les foules.
Deux camps s’affrontent désormais en France sur l’emploi de cette écriture.

• Les fervents défenseurs

Au-delà d’utiliser une grammaire égalitaire, ils mettent en avant deux arguments :

  • Plus de parité : ses défenseurs prônent une évolution logique de l’écriture, tout comme la société a elle-même évolué. Même si des efforts sont encore à faire dans certains domaines, le rôle et la place de la femme ont considérablement changé depuis le XVIIème siècle… Ce qui prévalait à cette époque ne peut plus s’appliquer de nos jours. On peut donc y voir une simple adaptation à nos vies modernes d’une pratique devenue totalement désuète.
  • Moins de sexisme : le langage fait partie de l’expression d’un stéréotype. Un docteur s’emploie majoritairement au masculin, car c’est l’image que l’on a de ce métier : ce sont les hommes qui l’exercent. A contrario, une secrétaire s’emploie surtout au féminin. Même explication pour le même constat.

Une conviction demeure chez ses militants et fervents défenseurs : pour changer les mentalités sur l’inégalité, le langage est un outil redoutable. À chaque phrase lue, à chaque mot écrit, son pouvoir de persuasion est énorme et son ancrage dans nos habitudes est facilité.

• Les réfractaires

Si de nombreux États européens font de l’écriture inclusive une préoccupation majeure, la France fait figure de résistante à côté. Là encore, ça n’étonnera personne. Dans le pays de la langue de Molière, gare à qui s’attaque aux sacro-saintes orthographe et grammaire.

Certains diront que c’est une agression, une aberration, voire une dénaturation de notre langue. Une vraie surenchère de qualificatifs ! D’autres diront que c’est totalement illisible et que certaines règles sont impossibles à transposer à l’oral. L ’Académie française va même jusqu’à utiliser l’expression redondante de “péril mortel”.

Notre langue serait-elle un patrimoine qu’il faut absolument protéger ? On entend même dire qu’employer l’écriture inclusive serait comme renier un peu de notre histoire !
Quoi qu’il en soit, les réfractaires ont du poids. Edouard Philippe en 2017 a d’ores et déjà interdit son usage dans les textes officiels. Et une proposition de loi vient d’être déposée, en février dernier, à l’Assemblée nationale dans le but de limiter son emploi dans les documents administratifs.

Et vous, dans quel camp êtes-vous ? Celui des partisans du changement, ceux qui sont pour cette évolution qui vise à atténuer la relative transparence des femmes dans la langue française ? Ou celui des opposants, ceux pour qui ces nouvelles règles à la fois de graphie et d’accord sont une stupidité de plus ? Citoyen.enne.s françai.se.s, exprimez-vous !

Sophie Quémard

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