La construction biosourcée | Un choix avisé

Face à l’épuisement des ressources fossiles et minérales, le secteur du bâtiment doit optimiser sa consommation de matières premières et réduire sa production de déchets. De plus, à l’heure de la transition énergétique et de la lutte contre le changement climatique, construire ou rénover sa maison doit être réalisée de façon écoresponsable pour limiter notre impact sur l’environnement. Cela nécessite la mise en œuvre de matériaux ayant un bilan écologique positif tout au long de leur cycle de vie. Longtemps reléguée au second plan, la construction biosourcée offre un choix avisé. Elle propose désormais des solutions techniques efficaces et des performances reconnues par les scientifiques. Alors qu’est-ce qu’un matériau de construction biosourcé ? Comment ces ressources issues de la biomasse répondent-elles aux enjeux du développement durable ? Oubliez le mythe des Trois Petits Cochons et découvrez tous les avantages de ce mode constructif en plein essor.

La construction biosourcée | Un choix avisé - Le blog du hérisson

Qu’est-ce qu’un matériau de construction biosourcé ?

De nombreux matériaux de construction sont issus de l’industrie et de la chimie. Leur fabrication provoque l’épuisement de certaines matières premières minérales (comme le sable) et nécessite des apports massifs de produits chimiques. Leur production et leur transport consomment énormément d’énergie fossile. Au cours de leur mise en œuvre, puis tout au long de leur vie, ils sont susceptibles d’émettre des substances nocives. Et leur retrait occasionne de nombreux déchets qu’il faut traiter.

Ces matériaux ont donc un impact négatif sur l’environnement et sur notre santé.

Face aux produits « conventionnels », les matériaux de construction biosourcés proposent désormais une alternative issue totalement ou partiellement de la matière organique d’origine végétale ou animale (ou biomasse). Ces ressources naturelles renouvelables sont fournies par l’agriculture, la sylviculture et le recyclage. Elles permettent de développer des écomatériaux performants, durables, recyclables et respectueux de l’environnement et de notre santé.La construction biosourcée | Un choix avisé - Le blog du hérisson

Depuis quelques années, les pouvoirs publics encouragent l’utilisation de ces agroressources pour la construction ou la rénovation des bâtiments.

Ainsi, en 2010, le Commissariat général au développement durable identifie les filières biosourcées permettant de « diminuer notre consommation de matière première d’origine fossile, limiter les émissions de gaz à effet de serre, créer de nouvelles retombées économiques en privilégiant la proximité et les échanges ». Cette reconnaissance est confirmée par la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte publiée en 2015.

Depuis 2014, une norme européenne (NF EN 16575) définit les biomatériaux tandis que le label privé Produit biosourcé permet de les valoriser. Plus récemment, la loi ÉLAN a mis en avant le recours à ces matériaux renouvelables.

Nota : La terre crue et la pierre, bien que d’origines naturelles, ne sont pas considérées comme des matériaux biosourcés, car elles ne sont pas issues du vivant.

Les principaux matériaux de construction biosourcés

Utilisés depuis des millénaires et tirés de ressources naturelles locales, les matériaux biosourcés sont particulièrement adaptés pour la rénovation du bâti ancien. Mais ils trouvent également de nombreuses applications dans la construction de maisons d’habitation contemporaines. Ils sont ainsi impliqués dans :

  • la structure du bâtiment ;
  • l’isolation des locaux ;
  • les enduits, les mortiers et les bétons ;
  • les revêtements et aménagements intérieurs et extérieurs ;
  • le mobilier et la décoration.

Ils entrent également dans la composition de produits issus de la chimie « verte » appliquée au bâtiment tels que les matériaux composites, les colles, les peintures, etc.

L’élaboration des matériaux de construction biosourcés s’appuie sur les qualités intrinsèques des différentes matières premières disponibles (résistance mécanique, isolation thermique ou acoustique, esthétique, etc.). Les associations sont également étudiées pour créer des matériaux innovants. Dans ce contexte, les filières biosourcées mises sur l’interaction de secteurs économiques aussi différents que l’agriculture, l’industrie et le bâtiment.

• Le bois

Le bois est certainement le plus vieux matériau naturel utilisé dans la construction. Il connaît actuellement un nouvel essor avec le développement des maisons à ossature bois contemporaines.

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Construction d’une maison à ossature bois

Les nombreuses qualités du bois sont utilisées pour de multiples applications telles que :

  • les structures porteuses (ossatures, planchers, charpentes, etc.) ;
  • la toiture (bardeaux et tavaillons appelés également tuiles en bois) ;
  • les menuiseries extérieures (portes, fenêtres, volets, etc.) ;
  • les menuiseries et des aménagements intérieurs (portes, escaliers, panneaux, etc.) ;
  • les revêtements extérieurs et intérieurs (bardages, lambris, parquets) ;
  • l’isolation (fibre et laine de bois) ;
  • le mobilier et la décoration.

• La paille

Depuis quelques années, la paille de céréales connaît un véritable essor en raison de ses nombreuses qualités. En effet, cette matière première est disponible sur la majeure partie du territoire français. De plus, c’est un matériau sain qui ne se décompose pas si les conditions de mise en œuvre sont optimales. Et, la paille permet d’obtenir des parois présentant d’excellentes performances thermiques et acoustiques.

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Construction d’une maison en paille et bois ©Colin Rose

Conditionnée sous forme de bottes, elle constitue l’enveloppe de la maison, seule ou associée à une ossature en bois. Les panneaux manufacturés composés d’un cœur en paille compressée et d’un revêtement en carton recyclé permettent de construire des cloisons et des plafonds. Et, elle entre dans la composition d’enduit et de torchis en mélange avec de la terre crue.

• Le chanvre

Le chanvre est également très utilisé dans l’écoconstruction en raison de sa croissance rapide ne nécessitant que peu d’engrais. De plus, il trouve de nombreux débouchés au sein d’une maison d’habitation, tels que :

  • les éléments de maçonnerie (blocs constitués de copeaux de chanvre et de chaux) ;
  • l’isolation sous forme de laine imputrescible, de panneaux ou en vrac ;
  • les mortiers, les enduits et les bétons (en mélange avec de la terre crue ou de la chaux).

• Le liège

Le liège provient de l’écorce du chêne-liège. Il est utilisé depuis des décennies pour ses qualités isolantes et sa résistance. Conditionné en rouleaux, en panneaux ou en granules, il sert principalement d’isolant (thermique et phonique) et de revêtement.

• La ouate de cellulose

La ouate de cellulose est issue du recyclage du papier journal. C’est un isolant particulièrement efficace pour le confort d’été. Utilisée en vrac ou en panneaux, elle permet de lutter contre la surchauffe des logements.

• La laine de coton

À l’image de la ouate de cellulose, la laine de coton provient du recyclage. Il s’agit majoritairement de vêtements usagés et de chutes de l’industrie textile dont les fibres naturelles (coton, laine) sont utilisées pour fabriquer des produits isolants.

• Les autres matériaux biosourcés

Selon les régions, d’autres matériaux biosourcés peuvent être mis en œuvre.

  • La laine de mouton est un sous-produit de la filière ovine. La laine impropre à la fabrication de textiles est conditionnée sous forme de produits isolants.
  • Les fibres du lin constituent un très bon isolant thermique et phonique. Elles entrent également dans la composition de mortiers et de bétons végétaux. Par ailleurs, l’huile de lin est un composant des peintures écologiques.
  • Le roseau et le chaume sont utilisés depuis des siècles pour la réalisation de toitures et pour l’isolation.
  • La paille de lavande provient des gerbes après leur distillation pour recueillir les huiles essentielles (isolant en vrac, en botte ou en brique).
  • Les tiges de tournesol sont issues de l’agriculture (panneaux isolants et granulats).
  • Les plumes de canards mélangées à d’autres matières premières constituent une laine isolante.
  • Le miscanthus est une graminée permettant de produire des matériaux isolants et des granulats pour les bétons végétaux.
  • La paille de riz présente des propriétés isolantes semblables à la paille de céréales. 
  • Le foin et les herbes de prairie peuvent entrer dans la composition de torchis et d’isolants.
  • Le colza est employé pour l’élaboration de bétons végétaux. Son huile entre dans la composition de revêtements de sol souples.
  • Le coco provenant de l’écorce des noix de coco, le sisal issu d’un cactus sud-américain et le jonc de mer fabriqué à partir d’une plante aquatique asiatique sont utilisés pour la production de revêtements de sol et muraux décoratifs.
  • Le bambou met sa croissance rapide et sa résistance mécanique au service de structures porteuses. Il sert également pour la confection de parquets et de mobilier.
  • Etc.
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Rénovation d’une toiture en chaume

Les atouts de la construction biosourcée

Grâce à leurs qualités intrinsèques, les matériaux biosourcés sont de mieux en mieux intégrés aux systèmes constructifs traditionnels et modernes. Et, dans le même temps, ils participent au confort et à la qualité de vie des habitants. La construction biosourcée présente donc de nombreux atouts sur les plans techniques, sanitaires et environnementaux tout en ayant un impact positif sur nos territoires.

• Des performances techniques reconnues

Si les matériaux biosourcés connaissent actuellement un grand succès, c’est en grande partie grâce à leurs qualités techniques reconnues.

Le bois et le bambou s’appuient ainsi sur leurs qualités structurelles indéniables. Quant aux isolants issus de la biomasse, ils rivalisent avec les performances des laines minérales et des mousses alvéolaires produites industriellement. Bon nombre d’entre eux cumulent les qualités d’isolants thermiques et acoustiques avec des propriétés telles que :

  • la régulation hygrothermique (ils sont capables d’absorber ou de restituer l’humidité selon les conditions climatiques) ;
  • la perspirance (ils permettent les transferts d’humidité de l’intérieur des logements vers l’extérieur) ;
  • le déphasage (ils limitent la surchauffe des habitations pendant les périodes de forte chaleur) ;
  • la durabilité ;
  • etc.

Les différentes filières mettent en place des programmes d’études destinés à valoriser l’ensemble de ces atouts. Des évaluations techniques et des essais permettent ainsi d’apprécier la valeur des matériaux biosourcés sur les mêmes bases que les matériaux conventionnels : durabilité, résistance mécanique, qualités isolantes, résistance au feu, aux champignons ou aux nuisibles.

Le bambou est utilisé pour ses qualités structurelles - Le blog du hérisson
Le bambou est utilisé pour ses qualités structurelles

Désormais, de nombreux matériaux de construction biosourcés répondent aux exigences du Code de la construction et des règlements constructifs en vigueur. Ils font l’objet de règles professionnelles, d’avis techniques, de certifications, de guides de mise en œuvre, etc. Ces documents permettent de garantir leur qualité et d’obtenir la qualification de ʺtechnique couranteʺ reconnue par les assurances et les professionnelles du bâtiment.

• Des qualités sanitaires primordiales

En régulant naturellement l’humidité et la température, les biomatériaux créent des logements sains et confortables et garantissent également une bonne qualité de vie aux habitants.

De plus, ils sont souvent peu transformés et ne contiennent pas ou peu d’additifs chimiques. Ils sont par conséquent très peu polluants et leur niveau d’émission de composés organiques volatils (C.O.V.) est très faible. La qualité de l’air intérieur de nos habitations est ainsi préservée. Dans le même temps, ils peuvent être manipulés sans risque.

• Un faible impact environnemental

Le troisième atout des matériaux de construction biosourcés est leur faible impact environnemental lisible à plusieurs niveaux :

  • Dans un premier temps, ils valorisent les ressources renouvelables d’un territoire et se substituent à des matières premières surexploitées (sables, graviers, etc.).
  • La grande vitalité des végétaux utilisés limite l’utilisation d’engrais chimiques et de traitements phytosanitaires (désherbant, insecticides, etc.) et, par conséquent, la pollution des sols et des eaux.
  • Ils valorisent des sous-produits de cultures existantes ainsi que des déchets de l’agriculture et des industries textile et papetière. Par exemple, les tiges de tournesol servent désormais à fabriquer des isolants alors qu’elles étaient jusque-là jetées après prélèvement des éléments destinés à l’alimentation humaine ou animale.
  • Peu transformés et produits en circuit court, les biomatériaux limitent l’emploi d’énergie fossile pour leur fabrication et leur transport.
  • Les matériaux issus de la biomasse végétale stockent le carbone pendant toute leur durée de vie. En effet, au cours de la photosynthèse, les végétaux absorbent le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère. Ils le transforment en carbone constitutif de la matière végétale.
  • Ils sont recyclables (voire biodégradables) facilitant le traitement des déchets en fin de cycle.

    La tige de tournesol est un sous-produit agricole valorisé comme isolant - Le blog du hérisson
    La tige de tournesol est un sous-produit agricole valorisé comme isolant

Lors de la fabrication, du transport et de la mise en œuvre des matériaux biosourcés, les émissions de gaz à effet de serre et la quantité d’énergie utilisée (énergie grise) sont limitées. De plus, leurs qualités isolantes permettent de réduire la consommation énergétique des bâtiments concernés.

Les matériaux biosourcés présentent donc un bilan carbone particulièrement intéressant tout en participant à la préservation des ressources naturelles.

• Un impact territorial positif

Les biomatériaux ont également un impact positif sur notre territoire. Ainsi, chaque région est susceptible de développer des spécificités en fonction de son climat et de la nature de ses sols.

L’exploitation des matières premières biosourcées contribue ainsi au développement de filières locales. Ces dernières créent une dynamique économique et des emplois tout en diversifiant les revenus des agriculteurs et des sylviculteurs. Elles mettent en valeur des savoir-faire locaux et ancestraux et, dans le même temps, elles créent de nouveaux métiers qualifiés.La construction biosourcée | Un choix avisé - Le blog du hérisson

Par ailleurs, les filières biosourcées créent des liens entre les différents acteurs locaux (producteurs, transformateurs, concepteurs, applicateurs) et les secteurs d’activités (agriculture, industrie et bâtiment). Le nombre d’intermédiaires est réduit et les circuits courts sont favorisés.

Elles contribuent également au développement d’une économie circulaire prônant un développement durable basé notamment sur la lutte contre les gaspillages, la réduction des déchets et la création de réseaux économiques et sociaux à l’échelle d’un territoire.

Ainsi, les filières biosourcées s’opposent directement au modèle économique linéaire actuel. Et elles répondent simultanément aux enjeux de la transition écologique et de l’aménagement du territoire.

Les limites actuelles des matériaux biosourcés

Les matériaux de construction biosourcés répondent complètement aux différents enjeux du développement durable : qualités techniques et sanitaires avérées, faible empreinte environnementale et impact favorable sur le développement économique des territoires concernés.

Mais, comme tout matériau, ils présentent des limites dont il faut tenir compte lors d’un projet de construction ou de rénovation.

Ainsi, s’ils portent la mention « biosourcés« , les matériaux concernés peuvent néanmoins être mélangés à d’autres matières premières ou contenir des adjuvants chimiques en proportions variables. D’autre part, certains produits nécessitent un traitement chimique pour répondre aux exigences de résistance au feu ou pour les préserver des moisissures et des attaques d’insectes.

Contrairement à la paille et au chanvre largement disponibles sur l’ensemble du territoire national, certains biomatériaux peuvent parcourir de longs trajets avant d’arriver sur votre chantier. Ainsi, la majeure partie du liège utilisée en France est importée. De même, la laine de mouton produite en France est lavée à l’étranger avant de revenir dans des usines de transformation françaises.

L'écorce du chêne-liège est utilisée comme biomatériau - Le blog du hérisson
L’écorce du chêne-liège est utilisée comme biomatériau

Le coût peut également être un frein à l’emploi de matériaux biosourcés. On constate effectivement un surcoût par rapport aux matériaux conventionnels.

Vous pourriez également être confrontés aux réticences de certains professionnels quant à l’utilisation de matériaux issus de la biomasse. Ces réserves sont néanmoins en net recul. Certaines entreprises ont, au contraire, fait le choix de se spécialiser dans la mise en œuvre d’écomatériaux.

10 conseils pour votre projet de construction biosourcée

Pour conclure, voici quelques points à vérifier pour vous lancer dans la construction biosourcée.

  • Identifiez les ressources naturelles disponibles localement, les filières susceptibles de vous approvisionner en biomatériaux et les entreprises compétentes.
  • Faites-vous conseiller par des professionnels spécialisés (architectes, entreprises, etc.).
  • Privilégiez les matériaux qui bénéficient d’un label de qualité (bois P.E.F.C., etc.).
  • Si elles existent, consultez les fiches de déclaration environnementale et sanitaire (F.D.E.S.) des matériaux afin de vérifier la nature des différents composants.
  • Vérifiez que les produits envisagés disposent des marquages et des certifications obligatoires (NF, CE). De plus, leur mise en œuvre doit relever de règles professionnelles et d’avis techniques valides (D.T.A., D.T.U.). Si certains matériaux font l’objet de savoir-faire ancestraux, ils ne sont pas toujours couverts par le cadre réglementaire moderne.
  • Assurez-vous que l’utilisation des matériaux entre dans le champ de la « technique courante » pour vous permettre de bénéficier de la garantie décennale sur les ouvrages concernés. À défaut, les professionnels devront solliciter une extension de garantie auprès des assureurs.
  • Demandez si le personnel des entreprises est formé aux techniques de mise en œuvre des matériaux choisis.
  • Assurez-vous que les matériaux soient parfaitement adaptés à leur destination (résistance mécanique, réaction au feu, sensibilité à l’humidité, etc.).
  • Choisissez un mode constructif en adéquation avec les matériaux biosourcés retenus (ossature bois + isolation en paille par exemple).
  • Partez du principe que la construction biosourcée fait partie d’une réflexion globale (conception bioclimatique, réglementation thermique, règlement d’urbanisme, etc.).

Frédéric Canet

2 réflexions sur “La construction biosourcée | Un choix avisé

    • 18 octobre 2021 à 12 h 38 min
      Permalien

      Merci pour ton commentaire Franck. Nous essayons de donner les meilleurs conseils possibles pour tout ce qui touche au domaine de la maison.
      Christophe

      Répondre

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