Fonctions exécutives, enfance et autonomie

Même si le terme fonctions exécutives paraît assez complexe voire barbare de prime abord, il devrait pourtant susciter l’intérêt et l’écoute de tout parent ou toute personne évoluant au contact d’un petit enfant. En effet, cette appellation regroupe un ensemble de compétences qui sont mobilisables très tôt dans la vie et fondamentales pour le développement. Ces facultés se construisent petit à petit et dépendent de l’environnement de l’enfant. Pourtant, la notion n’est pas facile à aborder car elle paraît d’emblée complexe et rédhibitoire. Dès lors que vous comprenez comment se développent ces fonctions si précieuses, vous aurez les outils pour permettre au jeune enfant de déployer un potentiel insoupçonné. Oui, la responsabilité semble assez immense, mais n’est-ce pas là une jolie mission ? Suivez le guide pour bien comprendre le lien si important qui unit fonctions exécutives, enfance et autonomie.

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Découverte et rôle des fonctions exécutives

• L’apport précieux des neurosciences

Les avancées fulgurantes sur la connaissance du cerveau et de son fonctionnement permettent désormais d’apporter des réponses à de multiples questionnements restés jusque-là en suspens. On dispose aujourd’hui d’une véritable cartographie de l’organisation cérébrale et même d’un atlas des connexions entre les neurones.

C’est grâce aux découvertes fondamentales des dernières décennies, et particulièrement à l’imagerie fonctionnelle, que l’on comprend mieux le rôle des fonctions exécutives. Ces compétences socles, qui soutiennent nos capacités de concentration et de planification, deviennent matures progressivement au fil des années.

Sans passer par un cours de neuroanatomie poussée, il faut retenir plusieurs notions essentielles :

  • Le cerveau du petit humain est comme un outil précâblé ultra-performant qui ne demande qu’à s’exprimer dès la petite enfance. Le cortex préfrontal est une région située à l’avant de notre cerveau.
  • Les fonctions exécutives sont gérées dans cette région et sont fondamentales dans notre fonctionnement global.
  • Ces facultés se mettent en place dès la 1ère année de vie et se développent de manière exponentielle entre 3 et 5 ans. 
  • Le câblage de la région préfrontale se poursuit tout au long de la croissance et s’achève vers l’âge de 25 ans.

En résumé, le potentiel de développement du tout-petit se révèle gigantesque et très précoce. Il possède des capacités innées et une puissance inouïe de déploiement des connexions neuronales, à condition qu’on l’y aide. Et pour cause : il est, pour cela, complètement tributaire d’un environnement stimulant et bienveillant.

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• Le rôle des fonctions exécutives expliqué de manière simple

Ces fonctions sont composées de 3 compétences principales :

  • la mémoire de travail : elle représente la capacité à garder une information en mémoire sur un temps court ;
  • le contrôle inhibiteur : c’est la capacité à se contrôler, à se concentrer et à inhiber les distractions ;
  • la flexibilité cognitive : elle sert à détecter ses erreurs mais aussi à faire preuve de créativité pour trouver une alternative et ajuster sa conduite.

Ces aptitudes clés permettent à l’être humain d’acquérir une bonne autonomie et d’atteindre des objectifs de manière organisée, contrôlée et planifiée. Elles nous amènent ainsi à être en capacité de trouver des solutions innovantes et de faire preuve de persévérance. Leur importance est donc cruciale dans tous les domaines de notre vie.

Adele Diamond, professeure de neurosciences cognitives du développement, met en avant à travers ses facultés la maîtrise de soi, l’autodiscipline et la capacité à tenir un raisonnement cohérent.

Les fonctions exécutives donnent également lieu à de meilleures relations sociales car elles sont à l’origine d’une bonne adaptabilité à l’environnement. Grâce à un meilleur contrôle des émotions, d’analyse des situations et de gestion du stress, elles permettent une réponse par des choix appropriés et justes, une prise de recul plus évidente.

La communauté scientifique spécialisée sur le sujet, notamment The Center of Developing Child de Harvard, affirme même que des capacités exécutives bien en place reflètent de manière plus prédictive la réussite, le bien être et l’épanouissement à l’âge adulte que le classique QI.

• Précâblage et prédisposition : l’importance de l’environnement des premières années de la vie

Parfaitement prédisposé à mettre en place très tôt des capacités fondamentales innées, le petit enfant n’en reste pas moins complètement dépendant d’un élément fondamental : la qualité de son environnement. En effet, toutes ces fonctions, qui ne demandent qu’à s’exprimer, sont très immatures et il ne peut les construire seul.

Parler, raisonner, imaginer, créer… sont autant de capacités qui sont directement influencées par l’environnement de l’enfant à travers les interactions, les évènements, les actions, les images….Toutes ces expériences du quotidien permettent à son cerveau de se structurer et il a un besoin irrépressible de s’en nourrir. Il emmagasine ainsi un nombre incroyable d’informations qui s’inscrivent au sein de ses fibres cérébrales.

Pour preuve, The Center of Developing Child a montré qu’entre la naissance et l’âge de 5 ans, 700 à 1000 connexions se créent chaque seconde ! Naturellement, un processus d’ élagage des connexions inutiles ou trop peu fréquentes a lieu au fil du temps.

Comment mettre en pratique fonctions exécutives, enfance et autonomie au quotidien ?

• Le fonctionnement du jeune enfant

L’enfant grandit et fait des acquisitions essentiellement de 3 façons :

  • l’imitation grâce à l’observation des actions de son environnement proche ;
  • l’expérimentation, c’est à dire en s’exerçant par lui-même, sous couvert d’étayage et de soutien ;
  • la répétition des actions pour les ancrer en nouvelles compétences.

Et pour cela, pas besoin d’une panoplie d’expériences extraordinaires, ni de sur-stimulation, et nul besoin de méthodes pédagogiques complexes. Un environnement aimant, stimulant et bienveillant apparaît comme l’ingrédient de base de la recette au quotidien.

Ce n’est pas tout à fait un hasard si le jeune enfant a soif d’explorer le monde : cela coïncide avec le fait que c’est à cette période précise que son cerveau est en capacité d’intégrer une multitude d’informations.

• Le petit enfant de moins de 3 ans

Même lorsque le langage n’est pas installé, il faut bien comprendre que cela n’empêche pas un tout-petit de recevoir et de faire passer un tas de messages à son interlocuteur car il est avide de toute forme de communication.

Ainsi, même s’il ne peut pas encore dialoguer, il peut manifester de nombreuses demandes d’interactions. Dès la naissance, il faut s’efforcer de parler au nouveau-né avec un langage correct et précis, le plus simplement possible.

Un peu plus tard, on peut nommer les objets qu’il désigne avec le doigt, parler et jouer à côté de lui pendant le bain, partager des comptines, lire des histoires appuyées avec les images, écouter de la musique, danser, faire de la peinture avec les doigts… Par ailleurs, dès lors qu’il peut se déplacer, il faut le laisser explorer en sécurité.

Il faut pour cela un peu de calme et de temps. Il va également de soi que respecter ses besoins physiologiques (alimentation, sommeil) apparaît essentiel, de même que le rassurer lorsqu’il est débordé par ses émotions.

Tous ces moments passés auprès de lui, dans l’échange, contribuent à lui offrir des fondations neurobiologiques indispensables qui le rendront plus facilement accessible aux apprentissages fondamentaux.

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• L’enfant entre 3 et 5 ans

N’avez-vous jamais entendu un petit enfant dire “moi tout seul !” ? À partir du moment où il le réclame, il faut, dans la mesure du possible, favoriser son activité spontanée. On pense bien sûr aux tâches du quotidien : manger, s’habiller, mettre ses chaussures, etc. Un enfant qui n’apprend pas à faire par lui-même ne peut pas devenir autonome.

Nous commettons sans le vouloir certaines erreurs, notamment parce que nous avons certaines croyances. Notre réaction naturelle de parent est plutôt de chercher à aider voire de faire à sa place. En agissant de la sorte, sans le vouloir, on le réfrène car on a tendance à considérer qu’il est trop petit pour faire seul, qu’il est tributaire de notre intervention.

Par ailleurs, notre train de vie souvent à grande vitesse ne laisse pas la place à l’enfant pour utiliser le temps dont il a besoin pour faire de nouvelles acquisitions. Or, il faut prévoir une petite dose de patience et de disponibilité pour qu’il puisse expérimenter par lui-même et à son rythme.

Notre rôle de parent est d’encourager, d’accompagner et de soutenir dans ce qu’il entreprend en étant présent pour lui et sur des temps exclusifs (sans téléphone portable à la main…). Petit à petit, vous vous effacerez pour le laisser faire en parfaite autonomie certaines actions et ce temps investi vous sera rendu pour longtemps. Ce cocktail, finalement simple et bien dosé, permet daider sa progéniture à s’autonomiser dans d’excellentes conditions.

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• Attention aux écrans

Le temps que nous passons sur nos écrans n’est pas un excellent modèle d’imitation pour notre progéniture.

Les signaux d’alerte ne cessent d’être émis par une communauté scientifique de pédiatres inquiète de constater l’addiction des enfants aux écrans et le décalage de leurs acquisitions au fil des dernières années. 

Il est un leurre de tenter de se raccrocher à l’effet positif des écrans via des jeux d’éveil et d’apprentissages. Car la réalité est tout autre : le temps qui n’est pas passé à expérimenter, à chercher à faire par soi-même, à manipuler, à observer l’environnement, est perdu. Être sans cesse stimulé passivement représente de grands manquements aux besoins d’un jeune cerveau en développement.

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Vous l’aurez compris, les fonctions exécutives sont des aptitudes cognitives essentielles.  L’acquisition de l’autonomie passe essentiellement par leur bon développement. Elles constituent le socle de tout ce qui permet à un être humain de vivre en adéquation et en harmonie durable avec son environnement tout en étant adapté émotionnellement.

Géraldine Dubois

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