Super-aliments : un concept marketing ?

Açaï, baies de goji, aloe vera, spiruline ou encore graines de chia : peut-être avez-vous déjà entendu parler d’eux ? Il s’agit de super-aliments, qualifiés ainsi pour leur richesse nutritionnelle jugée exceptionnelle. Synonymes d’une alimentation saine et healthy, leur consommation est notamment encouragée par la naturopathie en raison de leurs vertus thérapeutiques. Certains super-aliments comme la grenade ou le thé vert seraient même anti-cancer. Pourtant, cette appellation n’a rien d’un label officiel et l’Union Européenne interdit aux industriels toute allégation alimentaire sans preuve scientifique. Alors, super-aliments : un concept marketing ou d’extraordinaires bénéfices pour la santé ?

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Super-aliments : quels sont-ils ?

Il n’existe aucune définition officielle et scientifique de ce terme apparu dans les années 1990. Toutefois, l’Oxford English Dictionary qualifie de super-aliment (superfood en anglais) tout “aliment riche en nutriments et considéré comme étant bénéfique pour la santé et le bien-être”.

Peut-on trouver une liste complète et exhaustive des super-aliments ? La réponse est clairement non. Si vous faites vos propres recherches sur Internet, vous tomberez sur un “top 10 des super-aliments” ou sur une liste des “50 meilleurs super-aliments”. Par ailleurs, comparez les listes qui se proclament comme étant “complètes” : aucune d’entre elles n’est identique.

En réalité, la liste des super-aliments évolue au fur et à mesure des tendances. S’il y a quelques années on parlait beaucoup des incroyables propriétés de la grenade, aujourd’hui, on ne jure plus que par le moringa et le baobab. Une seule constante : les médias et les industriels parlent davantage de produits exotiques issus d’Amérique du Sud, d’Asie ou d’Afrique. Ginseng, graines de rocou, maca, klamath ou encore guarana étaient jusque-là peu connus en Europe.

Algues, fruits, légumes, céréales, herbes, graines, champignons, épices ou écorces : ils ont tous l’avantage d’être à 100 % naturels. S’ils sont mis en avant, c’est parce qu’ils sont censés avoir une teneur exceptionnelle en nutriments. Ainsi, les super-aliments sont réputés pour contenir plus d’antioxydants, de vitamines, de calcium, de magnésium, de zinc, de fer ou encore des taux records de protéines. Cette remarquable concentration en vitamines et en minéraux aurait donc une incidence bénéfique sur la santé de ceux qui consomment quotidiennement de la superfood.

Chaque super-aliment a sa super-propriété

Perdre du poids, vaincre son stress, détoxifier son organisme, lutter contre la fatigue, augmenter sa libido, soigner son hypertension ou son diabète… Que l’effet soit préventif ou curatif, chaque super-aliment a son super-pouvoir sur la santé.

Voici quelques exemples des mérites vantés par les amateurs de superfood :

  • la baie de goji stimulerait le système immunitaire et développerait l’acuité visuelle ;
  • le cacao cru ferait baisser le taux de cholestérol et serait un excellent antidépresseur ;
  • le curcuma permettrait de lutter contre le cancer du côlon, les troubles gastro-intestinaux et la maladie d’Alzheimer ;
  • la graine de courge serait énergisante et protégerait le système cardio-vasculaire ;
  • le guarana contribuerait à la perte de poids et améliorerait la performance physique et intellectuelle ;
  • la spiruline serait anti-anémique et anti-cholestérol ;
  • le gingembre soulagerait les douleurs articulaires ;
  • la myrtille permettrait de lutter contre le vieillissement et l’hypertension ;
  • le thé réduirait les risques d’AVC et de diabète.

Tous ces super-aliments sont donc érigés comme de véritables panacées. Ils sont censés avoir d’incroyables qualités nutritionnelles et même des propriétés médicales.

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Les super-aliments à l’épreuve de la science

Finalement, que dit la science ? En matière d’épidémiologie, il s’avère difficile d’identifier les liens entre la consommation d’un aliment et le risque de développer une maladie. Prenons le cas du curcuma. Des études expérimentales sur les rongeurs à qui l’on a administré de fortes doses de curcumine ont permis de montrer des effets bénéfiques contre le cancer. Néanmoins, le curcuma est composé à seulement 5 % de curcumine. Même si nous en consommons une centaine de grammes par jour, son absorption par notre organisme serait limitée. En 2017, l’analyse de milliers d’articles scientifiques publiée dans le Journal of Medicinal Chemistry a ainsi conclu que le curcuma ne possédait aucun bénéfice thérapeutique spécifique.

Par ailleurs, certains super-aliments pourraient présenter un danger en matière de sécurité alimentaire. Une étude publiée en 2019 dans la revue Environmental Research montre que le curcuma en provenance du Bangladesh (l’une des régions qui en produit le plus) contient parfois du plomb. Les algues, quant à elles, ont tendance à concentrer les pesticides et les métaux. La consommation quotidienne de thé a également été remise en cause par une étude de 60 Millions de Consommateurs en 2017. Celle-ci démontre la présence de pesticides chimiques, d’arsenic et de mercure dans les thés vendus en France, même ceux issus de l’agriculture biologique.

Enfin, si des études démontrent que les super-aliments sont plus riches en antioxydants que certains aliments classiques, les spécialistes de la nutrition mettent en garde sur leur apport calorique. Quand on sait que 100 grammes de baies de goji séchées correspond à avaler environ 80 grammes de sucre (contre 10 grammes pour la même quantité de pomme), on relativise tout de suite son envie d’en manger à longueur de journée !

Un concept marketing qui a un prix

Si à l’origine les super-aliments sont des produits naturels, nous sommes désormais encouragés par les industriels à les intégrer dans notre alimentation sous diverses formes. Chips d’algues, mélanges de graines en poudre ou encore boissons à base d’eau de coco abondent sur les étagères des magasins bios. Un vrai bonheur pour ceux qui se réclament spécialistes de la diététique ! Il convient toutefois de se demander si une fois transformés par l’industrie agroalimentaire, les super-aliments gardent toujours leurs propriétés naturelles.

Végétariens, végétaliens et végans sont aussi encouragés à consommer quotidiennement de la superfood pour compenser un manque de protéines ou de vitamine B12 par exemple. Il est maintenant possible de les ingérer sous forme de gélules, d’ampoules ou de comprimés. Pourtant, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) déconseille fortement la consommation de spiruline sous forme de complément alimentaire et souligne le fait qu’il ne s’agit pas d’une source fiable de vitamine B12 pour les personnes végétaliennes.

Enfin, il faut reconnaître que tout ce qui est exotique nous paraît attrayant. Le marketing mise sur la bonne image des fruits tropicaux pour en faire des super-fruits : ils seraient plus sains et plus riches en vitamines. Cet argument de vente fait mouche lorsqu’il s’agit de vanter les mérites d’élixirs de santé, de jus spécial détox ou de shots anti-fatigue à base de fruits exotiques et d’épices pour lesquels nous sommes prêts à payer 1 € le centilitre.

Ainsi, la mode des super-aliments se nourrit des nouvelles habitudes alimentaires des français et de la tendance healthy qui fait fureur dans les restaurants branchés. Tout cela a un coût. Quand on sait qu’un paquet de pâtes à la spiruline n’en contient que 2 % et coûte tout de même six fois plus cher que la même quantité de pâtes classiques, on espère que le plat sera plus facile à avaler que la facture ! Des prix exorbitants qui varient fortement d’un site Internet à un autre, avec très peu de transparence.

La baie d'açaï - Le blog du hérisson

Super-aliments et écologie

Au-delà de l’aspect financier, la consommation de super-aliments produits dans des pays éloignés a également un fort impact écologique. Les conséquences sociales et environnementales pour les pays producteurs sont assez désastreuses :

  • le passage d’une production artisanale à une production industrielle déséquilibre l’économie locale et génère des trafics illégaux ;
  • la demande croissante d’un super-aliment participe à la monoculture et à la déforestation dans les pays producteurs ;
  • les populations locales n’ont elles-mêmes plus accès à leurs denrées car les prix explosent sous la demande ;
  • l’intérêt économique autour de la superfood encourage le travail des enfants et dégrade les conditions de travail des locaux ;
  • le transport et la conservation de ces super-aliments jusqu’en Europe fait exploser leur empreinte carbone.

Ainsi, plus la popularité des super-aliments accroît, plus la pression commerciale sur ces ressources naturelles se renforce. Pourtant, il y a un véritable paradoxe à tout cela. Le public cible du marché des super-aliments se compose essentiellement de consommateurs qui souhaitent manger bio, réduire leur consommation de viande pour le bien de l’environnement et encourager le zéro-déchet. La tendance healthy s’oppose-t-elle alors forcément au bien de l’environnement et au droit du travail ?

Bien heureusement : non. Il est possible de manger sainement en optant pour des alternatives plus économiques, plus responsables et durables. Pour ce faire, il faudrait une fois pour toute se détacher du concept marketing de “super-aliments. Celui-ci hiérarchise les aliments entre eux, au profit de produits miraculeux qui proviennent de l’autre bout du monde.

La solution est assez simple : adopter une démarche locavore et respecter la saisonnalité des produits. Les pommes, la betterave, les carottes, le chou blanc ou encore les épinards : ils apportent tous de nombreux bénéfices pour la santé ! Inutile de chercher une solution anti-cancer de l’autre côté du globe. Aucune nourriture n’a de propriété miracle. Les aliments fonctionnent en synergie : à vous de miser sur les bonnes associations alimentaires.

Si toutefois vous souhaitez consommer de temps en temps des produits importés, différents labels existent pour encourager la consommation de produits issus du commerce équitable ou de l’agriculture biologique. Le cahier des charges n’est pas le même et il convient de se renseigner sur chacun d’entre eux car ils présentent des avantages et des inconvénients. Cependant, le simple fait de vous intéresser aux conditions de production de votre nourriture vous permettra de choisir soigneusement ce que vous mettez dans votre assiette.

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En définitive, le terme de super-aliments n’est ni scientifique, ni médical, mais bien un concept marketing. Il ne s’agit pas de réfuter leur vertus nutritionnelles, mais de cesser de les élever au rang de produits miracles. Attribuer une vertu thérapeutique à chaque super-aliment, c’est renforcer l’idée qu’une alimentation saine repose sur la consommation spécifique d’un produit en fonction d’une carence ou d’une pathologie. Or, tous les médecins nutritionnistes et diététiciens vous le diront : c’est une alimentation diversifiée et équilibrée qui est bénéfique pour la santé. Éviter les aliments transformés qui sont souvent gras et sucrés et privilégier les fruits et les légumes frais de saison : il s’agit des meilleurs gestes à adopter pour prendre soin de sa santé et protéger l’environnement.

N’hésitez pas à nous dire si vous consommer des super-aliments, lesquels et pourquoi ?

Amirah Vavoda

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